
Historique ou inédit, Ali-Sabieh-Ville, chef lieu de la région de même nom a accueilli durant trois jours consécutifs, de jeudi au samedi dernier, la retraite politique du Rassemblement Populaire pour le Progrès (RPP), le doyen des partis politiques du pays. Une première depuis sa création dans la ville de l’unité, Dikhil le 4 mars 1979. Les assises ont rassemblées, le vice-président du parti et premier du gouvernement, Abdoulkader Kamil Mohamed, le secrétaire général et ministre de l’économie et des finances, Ilyas Moussa Dawaleh, les membres du bureau politique, des membres des comités locaux de tous ses annexes un peu partout dans les pays et des militants actifs issus de la capitale et de toutes les régions de l’intérieur du pays. Sans oublier des responsables des partis affiliés au RPP dans la coalition de l’UMP.

Cette retraite politique s’est déroulée dans le nouveau siège flambant neuf à l’architecture moderne et au grand standing. Les lieux possèdent un large espace polyvalent construit à la manière d’un amphithéâtre, une salle de réunion et une autre équipée avec des ordinateurs derniers cris pour les apprentissages numériques de l’informatique.
Elle intervient juste après la rentrée politique illustrée par le dernier conseil de ministres de mardi dernier présidée par le chef de l’état, son excellence, Ismaïl Omar Guelleh.

La Corne de l’Afrique connaît aujourd’hui de profondes recompositions géopolitiques. Dans le même temps, la société djiboutienne évolue, portée par de nouvelles attentes citoyennes, une jeunesse davantage connectée et une circulation de l’information toujours plus rapide. C’est dans ce contexte que le Rassemblement Populaire pour le Progrès (RPP) a choisi d’ouvrir une réflexion sur son avenir politique.
Réunis depuis ce jeudi dans la nouvelle annexe du RPP à Ali-Sabieh, les membres du Comité exécutif, les ministres et les parlementaires issus du Parti ont entamé trois journées de réflexion autour d’une ambition qui va au-delà du seul fonctionnement interne de l’organisation : penser le Parti de demain. La question est simple, mais elle est essentielle : comment un parti qui accompagne l’histoire politique du pays depuis plusieurs décennies peut-il évoluer avec son époque sans rompre avec l’héritage sur lequel il s’est construit ? C’est tout l’enjeu de cette première retraite politique du RPP, organisée autour du thème : « Cinq questions pour le Parti de demain ».

Une exigence s’est dégagée dès les premières interventions : préserver l’héritage tout en préparant l’avenir. La journée s’est ouverte dans une atmosphère solennelle, avec la lecture de versets du Saint Coran, suivie de l’exécution de l’Hymne national. Les travaux ont ensuite pris une dimension politique avec les interventions du Vice-président du RPP et Premier ministre, S.E. Abdoulkader Kamil Mohamed, puis du Secrétaire général du Parti, S.E. Ilyas Moussa Dawaleh.
« Ce qui s’ouvre devant nous dépasse largement la logique électorale ».

Dans une intervention qui a donné le ton de la retraite, Abdoulkader Kamil Mohamed a d’emblée écarté l’idée d’une rencontre politique ordinaire. « Nous ne sommes pas réunis pour faire un séminaire de plus, ni pour une succession d’exposés que l’on écoute poliment avant de reprendre le cours normal des choses », a-t-il déclaré.
Pour le Vice-président du RPP, l’année 2026 ouvre une nouvelle séquence pour le Parti et ses alliés de la majorité présidentielle.
« Ce qui s’ouvre devant nous dépasse largement la logique électorale », a-t-il insisté.

Derrière cette formule se trouve l’ambition centrale de la retraite : faire évoluer le Parti d’une organisation essentiellement mobilisée lors des grands rendez-vous politiques vers une structure capable d’entretenir un dialogue régulier avec les citoyens, d’accompagner dans la durée l’action publique et de préparer les générations qui auront demain la responsabilité de poursuivre le travail engagé.
Abdoulkader Kamil Mohamed a, à cet égard, identifié quatre transformations qui rendent cette évolution nécessaire.
Le premier est géopolitique. La Corne de l’Afrique traverse une période de recompositions profondes, avec une intensification des compétitions stratégiques, économiques et sécuritaires.

La deuxième concerne la société elle-même : « Notre société change plus vite que nos organisations politiques», a observé le Vice-président du Parti, en évoquant notamment les attentes de la jeunesse, les nouveaux modes d’accès à l’information et l’évolution des formes d’engagement.
Pour le RPP, l’enjeu est donc moins de subir ces transformations que de les comprendre et d’y répondre.
La troisième évolution touche à la relation entre le politique et le citoyen. L’écoute est devenue, selon Abdoulkader Kamil Mohamed, une condition essentielle de la confiance. « Recueillir une préoccupation ne suffit pas. Il faut l’orienter, la traiter, la suivre et en rendre compte », a-t-il affirmé.

Autrement dit, il s’agit de passer de l’écoute à l’action et de permettre aux citoyens de mieux comprendre la manière dont leurs préoccupations sont prises en compte.
Reste enfin la question de la transmission, qui touche directement les organisations politiques inscrites dans la durée. « La transmission n’est plus automatique », a averti le Vice-président du RPP.
L’expérience, les valeurs et la culture politique accumulées au fil des décennies doivent désormais être organisées et transmises pour préparer les responsables de demain.

Abdoulkader Kamil Mohamed a ainsi appelé à faire de cette retraite le point de départ d’une méthode appelée à s’inscrire dans la durée : écouter, confronter les idées, décider, agir, évaluer, puis recommencer.
Cette évolution doit également aller de pair avec une meilleure articulation entre les différentes institutions. Le Premier ministre a insisté sur la nécessité de rendre « plus lisible et plus efficace » la relation entre le Parti, le Gouvernement, l’administration et le Parlement. Avec, en ligne de mire, un objectif concret : améliorer l’efficacité de l’action publique au bénéfice des citoyens.
Après cinquante ans, quelle République transmettre ?
L’intervention du Secrétaire général du RPP, Ilyas Moussa Dawaleh, a donné à la réflexion une profondeur davantage historique. Son point de départ est l’un des principaux acquis que le Parti place au cœur de son bilan : la stabilité, la paix et l’unité nationale. « Nous avons la chose la plus chère et la plus désirée de quiconque dans ce monde : la stabilité, la paix et l’unité », a-t-il déclaré.
Dans une région régulièrement confrontée aux crises et aux tensions, le Secrétaire général a rappelé combien la trajectoire nationale djiboutienne avait, à ses débuts, été considérée comme incertaine.
« Personne ne nous donnait une chance, même pas pour quelques mois ou quelques semaines. Nous sommes là, nous tenons bon, nous tenons debout et nous tenons solidement après cinquante ans », a-t-il poursuivi.
Mais atteindre ce cap historique pose aussi une nouvelle question : que construire après cinquante ans ?
Quelle République transmettre ? Quel Djibouti laisser aux générations qui prendront demain le relais ?
« Quel Djibouti devons-nous construire aux côtés de notre leader ? Quel Djibouti, au nom du RPP et de la majorité présidentielle, devons-nous offrir à nos enfants ? Quelle République souhaitons-nous voir ? Quel héritage laisser pour ce pays ? », a interrogé Ilyas Moussa Dawaleh.
Le Secrétaire général a, dans le même temps, mis en garde contre le risque de transformer la retraite en exercice de célébration ou d’autosatisfaction.
« On n’est pas venu pour faire du tourisme, ni pour s’auto-congratuler, ni pour s’auto-applaudir », a-t-il lancé aux participants.
Le ton est donné : les échanges devront privilégier la participation, la liberté de parole et un débat sincère et constructif. Il s’agit de regarder les réalités en face, d’identifier les défis et de réfléchir collectivement aux réponses à apporter.
Trois journées pour dessiner le Parti de demain.
Une deuxième journée consacrée à l’écoute, à l’action et au renforcement de la coordination
Les travaux de la retraite politique 2026 du Rassemblement Populaire pour le Progrès (RPP), réunie à Ali-Sabieh autour du thème « Cinq questions pour le Parti de demain », se sont poursuivis ce vendredi avec une deuxième journée particulièrement dense.
Dès les premières heures de la matinée, les membres du Gouvernement, le Comité exécutif du Parti ainsi que les directeurs généraux des institutions des services publics se sont retrouvés pour une session spéciale consacrée à plusieurs questions portant sur l’efficacité de l’action publique.
Présidés par le Premier ministre et vice-président du RPP, M. Abdoulkader Kamil Mohamed, en présence du secrétaire général du Parti, M. Ilyas Moussa Dawaleh, les travaux ont été marqués par des échanges directs et sans détour. Les discussions ont parfois été animées, mais sont restées constructives, permettant aux participants de mettre sur la table les difficultés rencontrées et les améliorations à envisager dans la conduite de l’action publique.
À l’approche du cinquantième anniversaire du pays, cette deuxième journée s’est principalement articulée autour des troisième et quatrième questions inscrites au programme de la retraite. La première, portant sur les moyens d’instaurer un dialogue citoyen permanent, tandis que la seconde interrogeant le rôle du Parti dans l’explication et l’accompagnement de l’action gouvernementale.
Par ailleurs, une large place a ainsi été accordée à la relation avec la population. Dans les échanges, la nécessité de renforcer la présence et la proximité du Parti sur le terrain est revenue à plusieurs reprises, avec l’objectif de mieux prendre en compte les préoccupations exprimées par les citoyens, aussi bien dans les centres urbains que dans les zones rurales.
Les participants ont notamment formulé des recommandations sur l’amélioration de l’écoute, la remontée des préoccupations du terrain, le traitement des doléances et, surtout, le suivi des réponses apportées. Autrement dit, il ne s’agit plus seulement de recueillir la parole des citoyens, mais de mieux assurer le lien entre cette parole et les réponses qui lui sont apportées. Les discussions ont également permis d’examiner plusieurs points faibles relevés dans la mise en œuvre de l’action gouvernementale. Là encore, les échanges ne se sont pas limités au constat. Les participants ont cherché à comprendre les causes des insuffisances et à dégager des pistes permettant d’y remédier, avec une préoccupation centrale : rendre l’action publique plus efficace et plus proche des attentes de la population.
La question de la coordination entre le Parti, le Gouvernement et l’Administration a occupé une place importante dans cette réflexion.
Les participants ont insisté sur la nécessité d’améliorer la circulation de l’information, la nécessité de mieux faire remonter les réalités du terrain et de renforcer les liens entre responsables politiques, comité exécutif, membres du Gouvernement, et cadres de l’administration ainsi que les différentes instances du Parti.
Une coordination plus étroite doit permettre au RPP de jouer pleinement son rôle de proximité, tout en accompagnant plus efficacement l’action gouvernementale et en contribuant à une meilleure compréhension des politiques publiques par les citoyens.
Au fil des échanges, plusieurs recommandations et propositions concrètes ont ainsi émergé. Elles ont été examinées collectivement puis retenues au terme des discussions. Ces conclusions viennent nourrir la réflexion engagée à Ali-Sabieh et serviront de base à la poursuite des travaux de la retraite.
À travers cette démarche, le RPP cherche à tirer les enseignements de son expérience, à regarder avec lucidité ses acquis comme ses insuffisances et à identifier les évolutions nécessaires à l’approche de son cinquantième anniversaire.
La retraite se veut ainsi un temps de dialogue interne, mais aussi d’écoute et de remise en question. L’enjeu est de préparer un Parti davantage en phase avec les aspirations de la population et mieux armé pour répondre aux défis à venir.
Ainsi, cette deuxième journée s’est achevée à midi. Rendez-vous est pris pour le lendemain, samedi 5 septembre, pour la troisième et dernière étape de cette retraite, consacrée notamment à la transmission de l’histoire du Parti, au diagnostic des lacunes de la pratique politique, à la priorisation des recommandations et à la prise de décisions.
Au terme de ces trois journées de réflexion, le RPP devra dégager des orientations claires et des priorités concrètes pour renforcer son organisation, sa proximité avec les citoyens et son efficacité politique au service de la population.
Ali Ladieh et H A










































