
Au Centre du Jeune Diabétique de Djibouti, la prise en charge dépasse largement les murs du cabinet médical. Depuis 2022, plus de 550 enfants et jeunes de moins de 25 ans y bénéficient gratuitement de soins, de traitements et d’un accompagnement personnalisé. Mais derrière les chiffres et les consultations se dessine un combat quotidien : apprendre à vivre avec la maladie, poursuivre sa scolarité, accéder aux traitements et faire face aux difficultés familiales et sociales. Progrès médicaux, soutien des partenaires et défis encore nombreux, le centre s’efforce de donner aux jeunes diabétiques les moyens de vivre pleinement leur avenir.

Situé au PK12, dans la commune de Balbala, le Centre du Jeune Diabétique de Djibouti (CJDD) constitue une structure de référence nationale dans la prise en charge des jeunes diabétiques âgés de 0 à 25 ans. Opérationnel depuis le 1er janvier 2022, le centre accueille aujourd’hui plus de 550 enfants et jeunes patients.
Sa particularité réside également dans l’accès gratuit aux soins et aux traitements. La prise en charge est ouverte à une population diverse, composée de Djiboutiens, mais également d’expatriés, de réfugiés et de migrants.

Au CJDD, la prise en charge ne se limite pas à la prescription d’un traitement. Chaque patient bénéficie d’une évaluation complète de son état de santé. La consultation permet notamment de mesurer la glycémie, le poids et la tension artérielle, tout en prenant en compte les antécédents médicaux. L’objectif est d’établir un diagnostic précis, d’identifier le type de diabète et d’adapter le traitement aux besoins de chaque jeune patient.
Une attention particulière est également accordée à l’évaluation métabolique. Celle-ci vise à prévenir et à dépister les complications aiguës et chroniques liées au diabète.

Un suivi régulier et personnalisé
Le suivi médical constitue l’un des piliers du travail du centre. Plusieurs consultations sont programmées chaque année afin d’établir un bilan complet, d’évaluer l’équilibre glycémique et de rechercher les facteurs pouvant expliquer les variations de la glycémie. Le traitement peut ensuite être ajusté en fonction de l’évolution de l’état de santé du patient. En dehors de ces rendez-vous, le centre propose également des consultations sans rendez-vous, notamment pour les ajustements de doses ou les situations nécessitant une intervention rapide. Cette organisation permet de répondre aux besoins des jeunes patients et d’assurer une continuité dans leur prise en charge.
L’éducation thérapeutique occupe également une place importante. Le jeune patient apprend progressivement à devenir autonome dans la gestion de sa maladie : utilisation et adaptation des doses d’insuline, reconnaissance des signes d’hypoglycémie ou d’hyperglycémie et adoption d’habitudes de vie adaptées. Cette démarche vise à améliorer la qualité de vie et à réduire les risques de complications. Le laboratoire du centre contribue lui aussi au suivi médical. Des examens tels que le dosage de l’HbA1c, qui permet d’évaluer l’équilibre glycémique sur le long terme, ainsi que les bilans lipidiques et le contrôle du cholestérol, sont réalisés afin de suivre l’évolution de l’état de santé des patients et d’adapter, si nécessaire, leur prise en charge.

Des médicaments et équipements gratuits
La gratuité des soins s’accompagne de la fourniture des équipements indispensables à la gestion quotidienne du diabète. Le centre met notamment à disposition des patients l’insuline, les stylos injecteurs, les seringues, les aiguilles, les glucomètres et les bandelettes de mesure.
Cette prise en charge matérielle est rendue possible grâce au soutien de partenaires internationaux, notamment Life for a Child. Leur contribution permet au centre de répondre aux besoins essentiels des jeunes patients et de favoriser la continuité de leur traitement.
Au-delà des soins, accompagner le jeune diabétique dans son quotidien

La prise en charge d’un jeune diabétique ne peut pas se limiter aux consultations médicales. Pour les responsables du Centre du Jeune Diabétique de Djibouti (CJDD), l’accompagnement doit également se poursuivre à l’école et tenir compte des conditions de vie des familles.
« Le jeune diabétique doit aussi être suivi à l’école », souligne le médecin en chef du centre. Pendant les cours ou les examens, certains enfants peuvent avoir besoin d’aller fréquemment aux toilettes en raison de leur maladie. Pourtant, des situations de refus peuvent encore se produire. Un cas particulièrement préoccupant a été rapporté : une jeune fille, à qui l’accès aux toilettes aurait été refusé pendant un examen, s’est retrouvée dans une situation humiliante avant de finalement quitter l’école.
Pour les professionnels du centre, cet exemple montre l’importance de sensibiliser le personnel éducatif au diabète. Les enseignants doivent être informés des besoins spécifiques des élèves diabétiques afin de pouvoir leur apporter un accompagnement adapté, notamment pendant les examens.
La conservation de l’insuline, un défi pour les familles démunies
La question des conditions de conservation de l’insuline constitue également une préoccupation importante. Certaines familles disposent de moyens très limités et ne possèdent pas de réfrigérateur, ce qui peut compliquer la conservation correcte du traitement. « Il faut accompagner ces familles et leur expliquer comment conserver correctement l’insuline », insiste le médecin chef du centre. Des solutions pratiques peuvent être expliquées aux familles afin de maintenir le médicament dans de bonnes conditions de conservation, notamment en utilisant un récipient adapté, propre et fermé, avec un système permettant de maintenir une température fraîche, tout en évitant un contact direct avec la glace. Pour le centre, cet accompagnement est indispensable. La mise à disposition gratuite de l’insuline ne suffit pas si les familles ne disposent pas des moyens nécessaires pour la conserver dans de bonnes conditions. L’éducation et le suivi des familles font donc partie intégrante de la prise en charge.
Le défi de l’hébergement pour les familles venues des régions
Une autre difficulté concerne les familles qui arrivent des régions de l’intérieur du pays. Certains jeunes patients doivent se rendre à Djibouti pour recevoir leurs soins, mais leurs familles ne disposent pas toujours d’un proche pouvant les héberger pendant la durée du traitement.
Dans ces situations, l’absence d’une famille d’accueil peut compliquer le suivi médical. Le centre estime nécessaire de réfléchir à un dispositif d’accueil permettant aux enfants et à leurs accompagnateurs de rester à Djibouti jusqu’à la fin de leur prise en charge. Cette question devient d’autant plus importante pour les patients nécessitant plusieurs consultations ou un suivi prolongé. Garantir un hébergement adapté permettrait d’éviter que les contraintes financières ou familiales ne compromettent la continuité des soins.
Des partenaires qui accompagnent le centre
Le fonctionnement du CJDD repose également sur l’appui de plusieurs partenaires. La Garde-Côtes apporte notamment son soutien au centre, aussi bien pour les équipements que pour le personnel.
L’Agence Djiboutienne de Développement Social (ADDS) contribue, pour sa part, à un projet visant à renforcer les capacités du centre à travers la construction et l’équipement d’un laboratoire médical. Ce projet est actuellement en cours et devrait permettre d’améliorer davantage les possibilités de diagnostic et de suivi des jeunes patients.
Une aire de jeux pour rendre l’attente moins difficile
Dans les salles d’attente, le personnel constate également la présence de nombreux jeunes enfants qui doivent patienter pendant que leurs frères et sœurs sont pris en charge. Pour ces enfants, l’attente peut sembler longue. Ils peuvent rapidement s’ennuyer, s’agiter ou devenir anxieux dans un environnement essentiellement consacré aux soins. La création d’une aire de jeux adaptée aux jeunes enfants permettrait de répondre à ce besoin simple mais important. Pendant qu’ils attendent leur tour, les enfants pourraient jouer, se distraire et passer le temps dans un environnement plus agréable. Pour le personnel, ce type d’aménagement contribuerait également à rendre le centre plus accueillant et plus humain. Un centre de soins ne doit pas seulement être un lieu où l’on vient recevoir un traitement. Il doit aussi être un espace où les enfants et leurs familles se sentent en sécurité, écoutés et considérés.
Agrandir pour répondre à la demande
Face à l’augmentation des besoins, l’agrandissement du centre apparaît aujourd’hui comme une nécessité. L’objectif est de pouvoir accueillir davantage de jeunes patients et d’améliorer leurs conditions de prise en charge. Cette extension permettrait également de mieux accompagner les enfants venus des régions de l’intérieur qui ne disposent pas de famille d’accueil à
Djibouti. Pour le personnel du centre, il ne s’agit pas seulement d’augmenter la capacité d’accueil, mais de créer un véritable environnement permettant aux jeunes patients de recevoir leurs soins dans de bonnes conditions et de poursuivre leur traitement jusqu’à son terme.
À travers ces différents besoins, le CJDD rappelle que la lutte contre le diabète chez les jeunes repose sur une prise en charge globale. Le traitement médical, l’éducation thérapeutique, l’accompagnement familial, le soutien scolaire, les conditions de conservation de l’insuline et les possibilités d’hébergement sont autant de facteurs qui peuvent déterminer la réussite du suivi.
L’enjeu est donc de renforcer progressivement cet accompagnement afin que chaque jeune diabétique, quelle que soit son origine ou sa situation familiale, puisse accéder aux soins et poursuivre son parcours dans les meilleures conditions.
Zouhour Abdillahi









































