Au terme de deux jours d’échanges consacrés aux défis de l’employabilité, de la formation professionnelle et de l’insertion des jeunes, le Focus Group organisé à l’Institut national d’administration publique (INAP), avec l’appui technique de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), s’est achevé jeudi 28 août sur un message clair : mieux écouter les jeunes, rapprocher la formation des besoins du marché et transformer les recommandations en actions concrètes.

La salle de formation de l’Institut national d’administration publique (INAP) a accueilli, durant deux jours, un dialogue consacré à l’une des questions les plus déterminantes pour l’avenir économique et social de Djibouti : l’accès des jeunes à l’emploi.

Organisé par le ministère du Travail, avec l’appui technique de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), ce Focus Group a réuni des jeunes ainsi que plusieurs acteurs institutionnels concernés par les questions de formation, d’emploi et d’insertion professionnelle.

La cérémonie de clôture, présidée par le conseiller technique principal du ministre du Travail, Kadir Omar Kalinleh, s’est déroulée en présence notamment du directeur général de l’INAP, Charmarké Idriss, du coordinateur et conseiller principal en politique sociale de la CEA, Jalal Abdou-Latif, du président de la commune de Boulaos, Abdoulkader Iman Aden, ainsi que de plusieurs représentants institutionnels et participants.

Écouter ceux qui cherchent un emploi

Durant les travaux, les discussions ont porté sur les obstacles rencontrés par les jeunes dans leur parcours vers l’emploi, mais aussi sur les solutions susceptibles de renforcer leur employabilité. Pour y parvenir, l’INAP principal organisateur de cette rencontre a discuté avec les différentes couches de la société civile, les jeunes, les porte-voix du tissus associatifs des femmes….etc.

Accès à la formation professionnelle, acquisition de compétences adaptées aux besoins des entreprises, orientation, stages, mentorat, opportunités d’emploi et accompagnement à l’insertion : autant de sujets abordés au cours des échanges.

L’un des enseignements majeurs de cette rencontre réside dans la volonté de placer la parole des jeunes au centre de la réflexion. Pour les organisateurs, il ne s’agit plus seulement d’identifier les difficultés, mais de mieux comprendre leur réalité afin de concevoir des réponses adaptées. Cette volonté a trouvé un écho particulier dans l’intervention d’un représentant de la jeunesse, qui a plaidé pour une implication accrue des jeunes dans les décisions qui les concernent.  « Nous, jeunesse djiboutienne, nous voulons être écoutés, impliqués. Nous voulons aussi être représentés dans toutes les décisions prises au sein de notre nation », a-t-il déclaré. Le jeune participant a également insisté sur la nécessité de développer des formations professionnelles dont les qualifications soient reconnues à l’international, tout en renforçant l’accompagnement vers le monde du travail.

Stages, mentorat et mécanismes spécifiques d’insertion figurent ainsi parmi les attentes exprimées. « Nous ne demandons pas de privilèges, mais une chance équitable afin de servir et de contribuer au développement de notre nation », a-t-il souligné.

Adapter la formation au marché du travail

Dans son discours, lu au nom du ministre du Travail, le conseiller technique principal Kadir Omar Kalinleh a rappelé que l’emploi des jeunes constitue une priorité en raison de son importance pour le développement économique et social du pays.

Pour le département ministériel, la réponse passe d’abord par une meilleure adéquation entre les formations dispensées et les besoins réels de l’économie.

« Nous devons mieux anticiper les évolutions du marché du travail, développer les compétences recherchées par les entreprises et accorder une place plus importante aux formations pratiques, à l’apprentissage et à l’expérience professionnelle », a-t-il déclaré. Cette question de l’adéquation formation-emploi apparaît comme l’un des enjeux centraux. Dans un marché du travail en évolution, les compétences demandées par les entreprises évoluent elles aussi. D’où la nécessité, selon les conclusions mises en avant lors de l’atelier, de renforcer les liens entre les établissements de formation et le secteur productif.

La formation ne saurait toutefois constituer, à elle seule, une réponse suffisante. Le passage entre la salle de formation et le premier emploi demeure une étape décisive. Le renforcement de l’orientation professionnelle, la multiplication des passerelles avec les entreprises et le développement des expériences pratiques ont ainsi été présentés comme des leviers essentiels.

Une responsabilité partagée

Le message porté lors de cette cérémonie de clôture dépasse donc la seule responsabilité du ministère du Travail.

L’État, les entreprises, les établissements de formation, les partenaires sociaux, les organisations internationales et la société civile sont appelés à unir leurs efforts pour améliorer durablement l’accès des jeunes à l’emploi. « Aucune institution ne peut avancer seule », a rappelé Kadir Omar Kalinleh au nom du ministre du Travail. Cette approche partenariale doit notamment permettre de mieux articuler les politiques publiques, les besoins du secteur privé et les aspirations des jeunes. Elle doit également favoriser une meilleure circulation de l’information sur les métiers, les formations disponibles et les opportunités professionnelles.

Au-delà des emplois salariés, la question de l’entrepreneuriat des jeunes s’inscrit également dans cette dynamique. Formation, emploi et entrepreneuriat sont appelés à devenir des leviers complémentaires de développement économique et social.

De la parole à l’action

La clôture du Focus Group ne marque donc pas la fin de la réflexion. Elle ouvre plutôt une nouvelle étape : celle de la transformation des recommandations en mesures concrètes.

Le ministère du Travail entend inscrire cette démarche dans le cadre de sa Feuille de route 2026-2030, avec l’ambition affichée de « passer des constats aux solutions, et des solutions aux résultats ».

Cette orientation donne une portée particulière aux deux journées de discussions. Les recommandations issues du Focus Group devront désormais être valorisées et traduites en actions susceptibles d’améliorer concrètement le parcours des jeunes vers l’emploi.

Le directeur général de l’INAP, Charmarké Idriss, a pour sa part salué la participation des jeunes et la qualité des échanges. « Je remercie l’équipe de Djibouti pour avoir rendu possible cette discussion. Je remercie aussi sincèrement les jeunes », a-t-il déclaré.

À travers cette rencontre, l’enjeu était finalement de faire de l’écoute un outil de politique publique. Car derrière les statistiques et les dispositifs institutionnels se trouvent des jeunes qui cherchent à acquérir des compétences, à accéder à leur premier emploi, à entreprendre et à prendre part au développement de leur pays.

Le représentant de la jeunesse l’a résumé à sa manière : la demande n’est pas celle d’un traitement privilégié, mais celle d’une chance équitable.

Pour les autorités et les partenaires engagés dans cette démarche, le défi est désormais de transformer cette aspiration en opportunités réelles. La réussite de cette ambition dépendra de la capacité à rapprocher durablement les formations des besoins de l’économie, à multiplier les expériences professionnelles et à renforcer l’accompagnement des jeunes.

Au terme de ces deux jours, le message est donc limpide : la jeunesse ne veut pas seulement être destinataire des politiques d’emploi ; elle veut en être un acteur et une voix entendue. Et c’est précisément cette parole que le Focus Group a voulu placer au cœur de la réflexion.

Rachid Bayleh