
L’Inde accélère sa présence sur la scène internationale en multipliant les partenariats avec les pays du Sud global et les grandes économies émergentes. De la transition énergétique aux investissements, en passant par les technologies, les infrastructures et la sécurité, New Delhi entend consolider une diplomatie fondée sur la coopération, le partage des compétences et la recherche de nouveaux relais de croissance. Cette stratégie trouve une illustration particulière dans le rapprochement avec l’Arabie saoudite.
Lors de l’Asia Clean Energy Forum 2026, organisé au siège de la Banque asiatique de développement à Manille, plus de 1 400 participants venus de 71 pays ont débattu de l’avenir énergétique de l’Asie. Les échanges ont confirmé une évolution majeure : les pays en développement ne s’interrogent plus seulement sur la nécessité de la transition énergétique, mais sur la vitesse à laquelle ils peuvent la conduire et sur leur capacité à construire des systèmes régionaux intégrés.
L’Inde occupe une place centrale dans cette dynamique. Membre fondateur de la Banque asiatique de développement et quatrième actionnaire de l’institution, New Delhi se présente à la fois comme bénéficiaire des financements destinés au développement et comme un important centre de technologies et de partage de connaissances.
La stratégie indienne repose largement sur les énergies renouvelables. Avec la France, l’Inde a créé en 2015 l’Alliance solaire internationale, dont le siège est établi près de New Delhi. Cette organisation réunit désormais 124 pays signataires et ambitionne de mobiliser jusqu’à 1 000 milliards de dollars d’investissements solaires à l’horizon 2030.
New Delhi veut également devenir une puissance industrielle dans le domaine de l’hydrogène vert. Lancée en 2023, la Mission nationale sur l’hydrogène vert vise une production annuelle d’au moins cinq millions de tonnes d’ici 2030. L’objectif est double : réduire les importations d’énergies fossiles et accélérer la décarbonation de l’industrie.
À la mi-2026, l’Inde disposait déjà d’environ 288 GW de capacités renouvelables cumulées et vise les 500 GW d’ici 2030. Cette transformation doit contribuer à l’ambition de parvenir à la neutralité carbone en 2070.
L’Inde cherche parallèlement à exporter son expertise vers l’Afrique. À travers l’Alliance solaire internationale et l’Africa Solar Facility, New Delhi soutient notamment le développement de mini-réseaux électriques destinés aux régions africaines confrontées à la pauvreté énergétique. Une approche qui illustre la volonté indienne de faire de la coopération Sud-Sud un instrument concret de développement.
Avec Riyad, un partenariat qui change d’échelle
Cette diplomatie économique trouve un prolongement naturel dans les relations avec l’Arabie saoudite. Depuis la visite du prince héritier Mohammed ben Salmane à New Delhi en 2019, les deux pays ont renforcé leur partenariat stratégique. L’Inde est devenue à cette occasion le quatrième pays à établir avec le Royaume un Conseil de partenariat stratégique.
La présidence indienne du G20 en 2023 a donné une nouvelle impulsion à cette relation. Le Conseil de partenariat stratégique a tenu sa première réunion, coprésidée par le prince héritier saoudien et le Premier ministre indien Narendra Modi.
Depuis, les domaines de coopération se sont considérablement élargis. Au-delà des échanges commerciaux et énergétiques traditionnels, l’Inde et l’Arabie saoudite développent des relations dans les infrastructures, les technologies, les minerais, la logistique, la santé, le tourisme, la culture et les investissements.
La Vision 2030 saoudienne constitue à cet égard un puissant facteur d’attraction pour les entreprises et les compétences indiennes. Le vaste programme de diversification économique engagé par Riyad ouvre de nouvelles perspectives dans des secteurs où l’Inde dispose d’une expertise importante.
Les investissements constituent également un axe majeur. Les entreprises indiennes cherchent à profiter des grands projets saoudiens, tandis que les entreprises et fonds souverains du Royaume disposent d’opportunités croissantes sur le marché indien, notamment dans les infrastructures, les centres de données, l’énergie et les transports.
Technologie, sport et stabilité régionale
La coopération ne se limite plus aux secteurs économiques. Les technologies, notamment l’intelligence artificielle, apparaissent comme un nouveau champ stratégique. Pour New Delhi, l’évolution rapide de l’IA transforme les économies et crée de nouvelles possibilités de coopération avec Riyad.
Le sport devient également un secteur d’investissement à part entière. L’Arabie saoudite, qui ambitionne de s’imposer comme une puissance sportive mondiale, prépare l’organisation de grands rendez-vous internationaux, notamment les Jeux asiatiques et la Coupe du monde de football de 2034. Ces événements devraient stimuler d’importants investissements dans les infrastructures sportives.
À cette coopération économique s’ajoutent des liens humains et culturels anciens. Le pèlerinage à La Mecque constitue notamment un élément historique majeur des relations entre les deux pays et continue de rapprocher leurs populations.
Pour l’Inde, la stabilité du Golfe revêt enfin une importance stratégique. Les liens économiques, sociaux et énergétiques de New Delhi avec la région rendent la paix et la sécurité au Moyen-Orient essentielles à ses intérêts nationaux.
Ainsi, de l’énergie solaire aux minerais, de l’intelligence artificielle aux infrastructures, l’Inde et l’Arabie saoudite construisent progressivement une relation qui dépasse les cadres traditionnels. Dans un monde marqué par la recomposition des équilibres économiques et politiques, leur rapprochement illustre la montée en puissance d’un Sud global davantage organisé autour de partenariats, d’investissements croisés et de coopérations technologiques.









































