
Les 2 et 3 septembre prochain, La République de Djibouti organisera son premier Forum national sur l’intelligence artificielle. Placé sous le haut patronage du Président de la République, Ismaïl Omar Guelleh, ce rendez-vous inédit entend poser les jalons d’une stratégie nationale ambitieuse, visant à faire de l’IA un outil au service de la transformation économique, de l’administration publique, de la jeunesse et du développement du pays.
L’intelligence artificielle s’installe désormais au cœur de la réflexion nationale sur le développement. Les 2 et 3 septembre prochains, Djibouti franchira une nouvelle étape de la transformation numérique en organisant son tout premier Forum national sur l’intelligence artificielle.
Porté par le Ministère délégué chargé de l’Économie Numérique et de l’Innovation (MDENI) et le Secrétariat Général du Gouvernement, avec l’appui de l’UNESCO et de la CESAO/ESCWA, l’événement réunira au palais du peuple responsables publics, partenaires internationaux, chercheurs, entrepreneurs, entreprises technologiques et représentants de la jeunesse, en vue de définir la place qu’occupe Djibouti dans cette nouvelle révolution technologique qui transforme déjà les économies, les administrations, l’éducation, la santé et le monde du travail.
Une stratégie nationale pour franchir un cap
Selon les instigateurs, ce premier Forum national permettra au pays de présenter les conclusions du rapport d’évaluation de l’état de préparation à l’intelligence artificielle, mais aussi de lancer officiellement la Stratégie Nationale de l’Intelligence Artificielle (SNIA), qui fixe la feuille de route du pays jusqu’en 2032. Cette stratégie repose sur huit grands axes : gouvernance éthique de l’IA, données et infrastructures numériques, éducation et capital humain, économie et emploi, inclusion sociale et genre, secteurs stratégiques, infrastructures technologiques responsables et coopération internationale.
L’ambition étant de rattraper non seulement le retard dans certains domaines mais de capitaliser également sur les avantages dont le pays dispose déjà. Le diagnostic national fait apparaître un niveau encore émergent de préparation à l’intelligence artificielle, avec un indice de préparation estimé à 24,5 sur 100. Mais cette situation doit être mise en perspective avec les atouts numériques de Djibouti. Son indice de développement des technologies de l’information atteint 61,6, notamment grâce à la présence de plusieurs câbles sous-marins à fibre optique et de centres de données modernes.
Autrement dit, le pays ne part pas de zéro. Sa position géographique et son rôle de carrefour des échanges entre l’Afrique, l’Asie et le Moyen-Orient pourraient désormais trouver un prolongement dans l’économie des données.
De la puissance portuaire à la puissance numérique
C’est peut-être là que réside l’un des enjeux majeurs de cette nouvelle orientation. Djibouti a construit une partie de son positionnement régional autour des ports, de la logistique et des infrastructures de connectivité. Le pari consiste désormais à reproduire cette dynamique dans le domaine numérique. L’intelligence artificielle pourrait ainsi devenir un nouveau levier de compétitivité. Dans la logistique portuaire, le projet Corridor-Vision AI et le Djibouti Ports Community System ouvrent déjà la voie à une gestion plus intelligente et plus sûre des activités portuaires.
Dans l’administration, les applications envisagées sont tout aussi concrètes : création d’entreprise en ligne intégrant des simulateurs fondés sur l’IA, assistant virtuel pour les marchés publics ou encore Journal officiel numérique doté d’un chatbot juridique.
La santé et l’éducation ne sont pas en reste. La télémédecine pourrait contribuer à rapprocher certains services des populations éloignées, tandis que l’intégration progressive de l’IA dans les pratiques pédagogiques est déjà amorcée à travers la formation de cadres du ministère de l’Éducation nationale.
La jeunesse au cœur du pari
Au-delà des infrastructures et des stratégies institutionnelles, la réussite de cette transition dépendra, selon les organisateurs, de la capacité du pays à développer les compétences humaines nécessaires. Il est à noter que le Forum accordera ainsi une place importante aux jeunes talents djiboutiens, aux startups, aux chercheurs et à la diaspora.
Un espace d’exposition permettra notamment de présenter des projets et réalisations liés à l’intelligence artificielle, tandis que des sessions de mentorat et un concours continental d’innovation viendront compléter le programme.
Le concours national d’intelligence artificielle, déjà ouvert aux candidatures, constitue à cet égard un signal fort.
Les équipes candidates devront notamment présenter un prototype fonctionnel, un rapport technique et une présentation destinée au jury. Cette dynamique s’appuie également sur l’Université de Djibouti, qui a ouvert en septembre 2025 un Master en Intelligence Artificielle et Modélisation des Données. Le pays entend ainsi commencer à former ses propres spécialistes, condition indispensable à l’émergence d’un véritable écosystème national.
Une IA qui ne laisse personne de côté
Le défi sera également social. La transformation numérique ne pourra être considérée comme une réussite si elle profite uniquement aux populations déjà connectées et qualifiées. La Stratégie Nationale entend donc faire de l’inclusion numérique une priorité, notamment en réduisant les écarts entre zones urbaines et rurales. Le document préparatoire souligne également l’importance de développer des ressources numériques accessibles dans les langues somali et afar et de mieux prendre en compte les personnes en situation de handicap. Cette dimension est essentielle dans un pays où l’accès à Internet demeure inégal, malgré une moyenne nationale estimée à 65 % de la population connectée.
L’autre enjeu sera celui de la confiance. En effet, face à une technologie encore nouvelle pour une grande partie de la population, Djibouti veut inscrire son développement de l’IA dans une démarche responsable, notamment en s’appuyant sur les principes de la Recommandation de l’UNESCO sur l’éthique de l’intelligence artificielle.
Un rendez-vous à portée régionale
Rappelons que plusieurs organisations internationales telles que l’UNESCO, la CESAO/ESCWA, le PNUD, la Banque mondiale, l’Union africaine et l’Union européenne participeront aux échanges, aux côtés d’acteurs panafricains et régionaux comme Smart Africa et l’Organisation de la coopération numérique. A travers cette dimension internationale large, les organisateurs de ce forum comptent positionner Djibouti comme un pôle régional de référence pour l’innovation numérique en Afrique de l’Est.
Le pari est ambitieux. Mais il s’inscrit dans une trajectoire déjà engagée avec la Vision Djibouti 2035 et le Plan National de Développement 2025-2030, qui placent la transformation numérique parmi les leviers prioritaires du développement national. Code du numérique, Startup Act, cybersécurité, formation de data scientists : plusieurs briques sont déjà en place.
Les 2 et 3 septembre, il s’agira surtout pour le Ministère délégué chargé de l’Économie Numérique et de l’Innovation (MDENI) et le Secrétariat Général du Gouvernement, organisateurs de ce forum, le premier de son genre à Djibouti, de déterminer comment le pays pourrai la transformer en outil de souveraineté, d’innovation et de développement.
A travers ce premier forum sur l’intelligence artificielle, la République de Djibouti, stratégiquement située au carrefour de plusieurs continents, entend ainsi démontrer qu’elle peut également trouver sa place au cœur de l’une des grandes mutations technologiques du XXIᵉ siècle.









































