Derrière les chiffres et les données médicales, il y a des histoires, des visages et des parcours de vie. Chez les jeunes diabétiques suivis au Centre de diabétologie de Djibouti, la maladie s’est souvent imposée très tôt, parfois brutalement et sans que ses premiers signes soient immédiatement identifiés. Pour certains, le diagnostic a bouleversé le quotidien et les projets. Pour d’autres, l’accompagnement médical et la rencontre avec d’autres jeunes confrontés à la même épreuve ont permis de mieux accepter la maladie et d’apprendre à vivre avec elle. À travers leurs témoignages, Sahaleh, Taslim et Niema racontent les difficultés rencontrées, mais aussi les progrès accomplis, le rôle essentiel du suivi médical et l’importance de ne jamais renoncer à ses ambitions.

Sahaleh Yonis Abdillahi, 21 ans :

« Malgré le diabète, j’ai continué à poursuivre mes objectifs »

« Je suis suivi au Centre de diabétologie de Djibouti, qui prend en charge les jeunes de 0 à 25 ans. Ici, chaque patient est suivi de près. Je suis devenu diabétique en 2023 et, depuis, j’ai appris à vivre avec cette maladie. À l’époque, je préparais mon baccalauréat. Le jeudi soir, je suis tombé très malade et je me suis rendu à l’hôpital Al Rahma. Les médecins m’ont expliqué que je devais être hospitalisé pour recevoir les soins nécessaires et que, compte tenu de mon état, je ne pourrais pas passer mon baccalauréat le dimanche. Mais j’ai insisté pour pouvoir passer mes examens et j’ai demandé à recevoir les soins qui me permettraient de tenir. Le dimanche matin, j’ai passé les épreuves écrites. Dans l’après-midi, je suis allé consulter le docteur Warsama à l’hôpital militaire soudanais. Il m’a conseillé de prendre mon traitement et de me rendre dans un pays voisin afin de changer d’environnement et de retrouver progressivement l’appétit. Je suis alors parti en Somalie. À mon retour à Djibouti, mon taux de glycémie était encore très élevé. C’est à ce moment-là que j’ai découvert ce centre spécialisé dans la prise en charge des jeunes diabétiques. Ce centre m’a beaucoup aidé. Le fait de rencontrer d’autres jeunes, parfois plus petits que moi, qui vivent eux aussi avec le diabète, m’a permis de mieux accepter ma maladie. Cela m’a donné davantage de courage pour continuer à avancer.

Je remercie le médecin ainsi que l’ensemble du personnel pour leur accompagnement et leur soutien. Malgré le diabète, j’ai continué mes études et j’ai pu aller jusqu’à l’obtention d’une licence en logistique et transport. Aujourd’hui, je sais que la maladie fait partie de ma vie, mais elle ne doit pas m’empêcher de poursuivre mes objectifs. »

Taslim Mahamoud Said, 17 ans :

« Il faut être attentif aux signes et consulter rapidement »

Très timide, Taslim laisse sa mère raconter son parcours. Celle-ci explique que sa fille avait 12 ans lorsqu’elle a commencé à présenter les premiers signes du diabète, sans que la famille puisse alors les identifier. « Ce n’est qu’en 2023 qu’elle a rencontré de graves problèmes de santé. Elle était très fatiguée et restait souvent allongée. Elle se plaignait de douleurs dans tout le corps, disait avoir mal au cœur et buvait énormément d’eau. Elle urinait également très fréquemment. J’ai d’abord pensé qu’elle avait un problème aux reins. Par la suite, elle a eu une plaie au pied en juin de cette année. Entre juin et juillet, son état s’est aggravé, ce qui a nécessité une hospitalisation et une opération au niveau de la plante du pied. Elle a même failli être amputée. À cette période, nous ne savions toujours pas qu’elle était diabétique. Depuis 2022, elle avait pris beaucoup de poids, puis elle a commencé à en perdre progressivement sans que nous comprenions ce qui lui arrivait. Ce n’est qu’après des analyses approfondies que les médecins ont découvert qu’elle était diabétique depuis cinq ans.

Aujourd’hui, elle est suivie et reçoit de l’insuline. Nous avons compris l’importance du suivi médical et de la prise en charge de cette maladie. Ce qui est arrivé à ma fille nous a appris qu’il faut être extrêmement attentif aux signes inhabituels et consulter rapidement. Je n’ai pas suffisamment fait attention à ses symptômes, car je travaille pour subvenir aux besoins de ma famille, mon mari étant au chômage.

Maintenant que j’ai été informée de l’existence de ce centre pour jeunes diabétiques, je souhaite vivement que ma fille y suive son traitement comme il se doit. »

Niema Said Houssein, 16 ans :

« Dieu merci, je me suis habituée à vivre avec le diabète »

« J’étais en Éthiopie lorsque les premiers signes du diabète sont apparus. À ce moment-là, personne ne savait réellement ce que j’avais. Je suis devenue très faible et très malade, et mon état de santé commençait à m’inquiéter. Je ne savais pas encore que ces symptômes étaient liés au diabète.

Face à cette situation, je suis venue à Djibouti afin de consulter et de faire des examens pour comprendre ce qui m’arrivait. C’est après les analyses médicales que les médecins m’ont annoncé que j’étais diabétique. À cette époque, j’avais seulement 13 ans. Pour moi, cela a été difficile à comprendre et à accepter, car j’étais encore très jeune. Aujourd’hui, j’ai 16 ans. Avec le temps, j’ai appris à vivre avec cette maladie et à mieux comprendre l’importance du traitement et du suivi médical. Dieu merci, je me suis habituée à cette situation et je prends mes médicaments comme il se doit. Je fais également attention à ma santé et j’essaie de respecter les recommandations qui me sont données. Le Centre de diabétologie nous aide énormément. Il est spécialisé dans la prise en charge des personnes diabétiques, notamment des jeunes, et nous y bénéficions d’un suivi adapté. Pour nous, c’est très important d’avoir un endroit où nous pouvons être accompagnés, recevoir des conseils et être suivis régulièrement. Le fait que nos médicaments soient gratuits représente également une grande aide. Cela permet aux jeunes diabétiques de poursuivre leur traitement sans que le coût des médicaments ne devienne un obstacle. Au début, vivre avec le diabète n’était pas facile pour moi. Mais aujourd’hui, je sais que cette maladie fait partie de ma vie et qu’il est possible de continuer à avancer avec un bon suivi.

Je suis reconnaissante envers les médecins et l’ensemble du personnel du centre pour l’aide qu’ils nous apportent au quotidien. Mon message aux autres jeunes qui vivent avec le diabète est de ne pas perdre courage. Il faut accepter la maladie, suivre correctement son traitement et continuer à croire en son avenir. Avec un bon accompagnement, on peut apprendre à vivre avec le diabète et poursuivre ses projets.»

Propos recueillis par Zouhour