
Depuis plusieurs décennies, l’Organisation mondiale de la Santé accompagne la République de Djibouti dans ses efforts pour améliorer la santé de la population et renforcer les capacités du système sanitaire. Son intervention ne se limite ni aux campagnes de vaccination ni à la réponse aux épidémies. Elle couvre la santé maternelle et infantile, les soins de santé primaires, les maladies transmissibles et non transmissibles, la surveillance épidémiologique, la préparation aux urgences, la formation des professionnels, les systèmes d’information et de plus en plus, les enjeux liés au changement climatique. Une coopération appelée à évoluer avec les besoins sanitaires du pays.

À première vue, une grande partie du travail réalisé par l’Organisation mondiale de la Santé peut sembler invisible. Une formation destinée à des professionnels, un protocole élaboré avec le ministère de la Santé, une analyse de données épidémiologiques, la préparation d’un plan d’urgence ou encore l’accompagnement d’une réforme sanitaire ne font pas nécessairement l’objet d’une forte visibilité médiatique. Pourtant, ces activités constituent une part essentielle du travail de l’OMS à Djibouti.
L’Organisation intervient principalement comme partenaire technique du ministère de la Santé. Elle apporte son expertise, contribue à la planification, accompagne l’élaboration des politiques et stratégies nationales, renforce les compétences des personnels et participe à la préparation du pays aux situations d’urgence sanitaire. Le bureau de l’OMS indique que son appui porte notamment sur les maladies transmissibles, le renforcement du système de santé, les maladies non transmissibles, la santé de la mère et de l’enfant, la promotion de la santé, les ressources humaines et la préparation aux urgences.

Cette approche s’inscrit dans une logique claire : renforcer les capacités nationales plutôt que se substituer aux institutions du pays. L’action de l’OMS à Djibouti s’inscrit d’abord dans les priorités définies par le pays. La couverture sanitaire universelle occupe aujourd’hui une place centrale dans cette coopération.
Elle ne consiste pas simplement à disposer de structures sanitaires. Elle suppose que la population puisse accéder à des services essentiels de qualité, à proximité et sans subir de difficultés financières excessives.
Cette ambition concerne l’ensemble du parcours de santé : prévention, diagnostic, traitement, suivi et accompagnement. Elle implique également des professionnels suffisamment nombreux et qualifiés, des médicaments et équipements disponibles, des données fiables et une organisation permettant au système de répondre aux besoins de la population.

L’OMS considère les soins de santé primaires comme l’un des fondements de la couverture sanitaire universelle. Ils doivent permettre d’agir à la fois sur la prévention et sur le traitement, en plaçant les besoins des communautés au centre de l’organisation des services.
À Djibouti, cette orientation prend une importance particulière dans un contexte où les besoins sanitaires évoluent rapidement. Le pays doit aujourd’hui répondre simultanément aux maladies infectieuses persistantes, aux maladies chroniques, aux besoins de santé maternelle et infantile, aux urgences sanitaires et aux conséquences de facteurs environnementaux.

L’évaluation de la contribution de l’OMS à Djibouti pour la période 2019-2023 confirme la forte adéquation de son action avec les priorités sanitaires nationales. Elle relève notamment son implication dans la couverture sanitaire universelle, les soins de santé primaires, la vaccination, la santé maternelle et infantile, la surveillance et la réponse aux urgences.
La vaccination demeure l’un des domaines les plus visibles de la santé publique et l’un des secteurs dans lesquels l’OMS apporte un appui technique important. À Djibouti, l’Organisation accompagne le Programme élargi de vaccination en matière de coordination, de suivi des données, de supervision et de renforcement des capacités. Les résultats enregistrés ces dernières années montrent des progrès significatifs sur certains antigènes. Selon le rapport de résultats de l’OMS, la couverture de la première dose du vaccin pentavalent est passée de 70 % en 2021 à 95 % en 2023.
Mais derrière ces chiffres globaux demeure une difficulté majeure : identifier les enfants qui ne sont pas vaccinés ou qui ne terminent pas leur calendrier vaccinal.
Le défi est donc désormais moins celui de l’existence d’un programme que celui de sa capacité à atteindre toutes les populations. Les difficultés d’accès, la mobilité de certaines communautés, les ressources humaines disponibles et la circulation de fausses informations peuvent constituer des obstacles.

L’OMS travaille également avec les partenaires et les autorités pour adapter les stratégies aux populations vulnérables, notamment les migrants et les réfugiés. Cette dimension rejoint l’un des enjeux majeurs de la santé publique : réduire les écarts d’accès aux services entre les différentes catégories de population.
La vaccination illustre ainsi une caractéristique de l’action de l’OMS : derrière une intervention apparemment simple se trouve toute une chaîne de planification, de logistique, de surveillance, de communication et de formation.
Mère et enfant : consolider les progrès
La santé maternelle et infantile constitue un autre pilier important de la coopération.
Au cours des dernières décennies, Djibouti a enregistré des améliorations importantes de plusieurs indicateurs sanitaires. La représentante de l’OMS souligne notamment la progression de l’espérance de vie et la diminution de la mortalité maternelle et infantile.Mais les progrès ne doivent pas masquer les écarts qui subsistent.
L’évaluation de l’OMS relève notamment qu’en 2019, le ratio de mortalité maternelle était estimé à 244 décès pour 100 000 naissances vivantes, contre 179 dans la région de la Méditerranée orientale. En 2021, la mortalité infantile était estimée à 46 décès pour 1 000 naissances vivantes, contre 36 dans la région.
Ces indicateurs expliquent l’importance accordée à la qualité des soins, au suivi de la grossesse, à l’accouchement sécurisé et à la prise en charge du nouveau-né. L’OMS contribue notamment au renforcement des compétences des personnels. En 2024 et 2025, plus de 200 professionnels de la santé maternelle, notamment des sages-femmes et des infirmières, ont bénéficié d’un appui à la formation sur la qualité des soins.
La formation constitue ici un investissement à long terme. Elle permet de renforcer les compétences disponibles dans les établissements et d’améliorer progressivement la qualité des prestations.
L’évolution du paysage sanitaire djiboutien modifie également les priorités.
Les maladies transmissibles continuent de nécessiter une surveillance et des programmes spécifiques. Paludisme, tuberculose, VIH/sida et maladies évitables par la vaccination demeurent notamment au cœur de plusieurs interventions.
Mais les maladies non transmissibles occupent désormais une place croissante. Diabète, maladies cardiovasculaires, cancers et autres pathologies chroniques imposent des prises en charge longues et régulières.
Cette transition épidémiologique constitue un défi pour les systèmes de santé, car elle exige de passer d’une réponse principalement centrée sur les épisodes aigus à une prise en charge continue.
L’OMS accompagne ainsi le développement de stratégies nationales consacrées aux maladies non transmissibles. L’évaluation de sa contribution à Djibouti mentionne notamment son appui à l’élaboration de stratégies nationales dans le domaine des maladies chroniques et de la santé mentale.
L’un des enjeux consiste désormais à rapprocher le dépistage et la prise en charge des populations. L’intégration progressive du dépistage des maladies chroniques dans les services de soins de santé primaires constitue, à cet égard, une évolution importante.
La prévention prend également une place centrale. L’alimentation, l’activité physique, le tabagisme, l’obésité et d’autres facteurs de risque ne relèvent pas exclusivement du secteur sanitaire. Ils nécessitent une mobilisation plus large de la société.
Anticiper plutôt que subir les urgences
La pandémie de Covid-19 a rappelé l’importance de la préparation des systèmes de santé. Mais la préparation aux urgences ne peut être improvisée lorsqu’une crise survient.
L’un des axes de travail de l’OMS à Djibouti consiste précisément à renforcer les capacités nationales de préparation, de détection et de réponse.
L’évaluation consacrée à la période 2019-2023 relève que l’Organisation a rapidement mobilisé et réorienté des ressources lors des épisodes de rougeole et pendant la pandémie de Covid-19.
Aujourd’hui, l’objectif est de tirer les enseignements de ces expériences pour renforcer les mécanismes nationaux.
Dans ce cadre, l’OMS accompagne notamment la préparation aux urgences sanitaires, la formation des équipes de riposte, l’élaboration de plans et de procédures opérationnelles et le renforcement des points d’entrée.
Cette capacité d’anticipation est particulièrement importante pour Djibouti compte tenu de sa position géographique, des mouvements de populations et des risques sanitaires susceptibles de se propager rapidement au-delà des frontières.
La surveillance épidémiologique devient alors un véritable outil de sécurité sanitaire. Détecter rapidement un événement inhabituel permet d’intervenir avant qu’il ne prenne une dimension plus importante. Autre domaine appelé à prendre de l’ampleur : la santé mentale.
Pendant longtemps, les politiques sanitaires ont accordé davantage de visibilité aux maladies physiques et aux urgences médicales. La santé mentale commence désormais à être intégrée plus explicitement dans les stratégies nationales.
En 2024, l’OMS a accompagné le ministère de la Santé dans l’élaboration d’une stratégie nationale de santé mentale. Un point focal consacré à cette question a également été désigné au sein du ministère. Cette évolution marque une étape importante, mais le développement des services de santé mentale nécessite du temps, des ressources humaines spécialisées et surtout une évolution du regard porté sur les troubles psychiques.
La prévention constitue également un axe essentiel, notamment chez les jeunes. Bien-être à l’école, activité physique, prévention des conduites à risque et lutte contre la stigmatisation participent d’une conception plus globale de la santé.
Des données pour mieux décider
Un système de santé moderne ne peut fonctionner efficacement sans données fiables.
Qui sont les patients ? Quelles maladies progressent ? Quels territoires présentent les plus grandes difficultés d’accès ? Quels services sont les plus sollicités ? Où faut-il concentrer les ressources ?
Ces questions nécessitent des systèmes d’information capables de produire des données régulières et exploitables.
L’OMS accompagne Djibouti dans le renforcement de son système national d’information sanitaire. Selon son rapport de résultats, des progrès ont été réalisés dans la formation des agents chargés de l’information sanitaire et dans le développement de solutions de gestion des données. La digitalisation complète du système et la cartographie des infrastructures sanitaires demeurent toutefois des défis.
La transformation numérique pourrait progressivement modifier la manière dont les professionnels accèdent à l’information médicale et suivent les patients.
L’objectif à terme est de pouvoir mieux connecter les différentes informations sanitaires afin de permettre une prise en charge plus cohérente de chaque patient. Cette évolution suppose cependant des investissements dans les infrastructures, les équipements, les compétences et la protection des données.
Le climat impose une nouvelle conception de la résilience
Le changement climatique ajoute une dimension nouvelle aux politiques sanitaires.
Hausse des températures, événements météorologiques extrêmes, modification de la répartition de certains vecteurs, risques liés à la sécurité alimentaire : les conséquences environnementales peuvent avoir des effets directs ou indirects sur la santé.
Pour un pays exposé aux fortes chaleurs et aux épisodes climatiques extrêmes, la résilience des infrastructures sanitaires devient donc un enjeu important.
La réflexion s’inscrit également dans l’approche « Une seule santé », qui établit un lien entre santé humaine, santé animale et environnement. Cette conception invite à ne plus considérer les problèmes sanitaires de manière isolée, mais à analyser leurs interactions.
Le secteur de la santé doit lui-même renforcer sa résilience, tout en réduisant autant que possible son empreinte environnementale, notamment en matière de gestion des déchets médicaux et de consommation énergétique.
Le travail réalisé par l’OMS à Djibouti présente donc plusieurs visages. Il y a l’appui aux programmes de vaccination, la formation des personnels, la surveillance des maladies, la préparation aux urgences et l’accompagnement des politiques nationales. Mais il y a aussi un travail plus structurel destiné à améliorer progressivement la manière dont le système de santé fonctionne.
L’évaluation officielle de la contribution de l’OMS sur la période 2019-2023 relève une forte adéquation de ses interventions avec les priorités nationales, tout en identifiant des marges de progression dans le renforcement global du système, la coordination et l’intégration de certaines dimensions d’équité.
Cette observation est importante. Les progrès sanitaires ne dépendent pas uniquement de programmes individuels. Ils nécessitent un système capable de financer durablement ses services, de disposer de personnels qualifiés, de produire des données fiables, de garantir l’accès aux soins et d’anticiper les crises.
C’est précisément dans cette perspective que se situe aujourd’hui la coopération entre Djibouti et l’OMS.
L’enjeu n’est plus seulement de répondre aux maladies lorsqu’elles apparaissent. Il consiste également à prévenir, à détecter plus tôt, à rapprocher les services des populations, à renforcer les compétences nationales et à rendre le système plus résilient.
La transformation du paysage sanitaire appelle ainsi une transformation parallèle de la réponse publique. Aux maladies transmissibles s’ajoutent les maladies chroniques ; aux urgences classiques s’ajoutent les risques climatiques ; aux soins curatifs s’impose davantage la prévention ; aux dossiers papier succèdent progressivement les données numériques.
Dans ce contexte, l’action de l’OMS prend toute sa dimension : accompagner les institutions nationales dans la construction d’un système capable non seulement de soigner, mais aussi d’anticiper les risques et de protéger durablement la santé de la population.
À Djibouti, les acquis des dernières décennies constituent une base importante. La prochaine étape sera de les consolider, de réduire les inégalités d’accès et d’adapter le système aux nouveaux défis sanitaires. C’est sur cette capacité à inscrire les progrès dans la durée que se jouera une part essentielle de la santé publique des prochaines années.
Kenedid Ibrahim











































