
Face à l’afflux continu de ressortissants yéménites fuyant l’escalade du conflit dans leur pays, le Gouvernement de la République de Djibouti et le Système des Nations Unies ont lancé, mercredi 16 septembre, un appel à la solidarité internationale. Plus de 2 776 personnes sont déjà arrivées dans la région d’Obock, où les autorités nationales, les communautés locales et les partenaires humanitaires sont mobilisés pour assurer leur accueil et leur protection. Mais la rapidité des arrivées exerce une pression croissante sur les capacités existantes et appelle un renforcement urgent des ressources.

La situation humanitaire née des récents développements au Yémen franchit une nouvelle étape. Alors que les arrivées de ressortissants yéménites se poursuivent sur la côte nord de la République de Djibouti, le Gouvernement a choisi de réunir autour de la même table les représentants de la communauté internationale, les partenaires techniques et financiers ainsi que les acteurs humanitaires afin de présenter l’évolution de la situation et de mobiliser un soutien accru.
Organisée à l’Institut des études diplomatiques du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, cette rencontre a été présidée par le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, M. Abdoulkader Houssein Omar, en présence du ministre de l’Intérieur, M. Omar Abdi Said, de la ministre de la Santé, Mme Mouna Osman Aden, de la ministre des Affaires sociales et des Solidarités, Mme Ouloufa Ismaïl Abdo, ainsi que de la conseillère diplomatique du président de la République, Mme Fathia Djama Oudine.
Des membres du corps diplomatique et consulaire, des représentants du Système des Nations Unies et plusieurs hauts responsables du ministère des Affaires étrangères ont également pris part à cette rencontre consacrée à l’évolution de la situation et aux besoins humanitaires.
Au moment du lancement de cet appel, plus de 2 776 personnes avaient rejoint la région d’Obock depuis le début de la récente escalade du conflit au Yémen. Le chiffre continue d’augmenter au rythme des nouvelles arrivées. Au-delà de la statistique, ce sont des femmes, des enfants et des hommes qui arrivent sur le territoire djiboutien après avoir fui une situation de conflit et d’insécurité. Les opérations d’accueil et d’enregistrement se poursuivent afin d’identifier les besoins spécifiques des nouveaux arrivants et de les orienter vers les dispositifs d’assistance appropriés.
Une réponse nationale mobilisée dès les premières arrivées
Dès les premières arrivées, les autorités djiboutiennes ont mobilisé les services nationaux et locaux afin d’organiser l’accueil et de répondre aux besoins les plus immédiats. La Garde côtes djiboutienne a notamment participé à des opérations de recherche et de sauvetage en mer, dans un contexte où les déplacements maritimes présentent eux-mêmes des risques importants.
À Obock, les nouveaux arrivants sont orientés vers le site de Markazī. L’Office national d’assistance aux réfugiés et sinistrés (ONARS), les agences des Nations Unies et leurs partenaires y assurent l’accueil, l’enregistrement et l’identification des personnes vulnérables.
La réponse déployée couvre plusieurs besoins essentiels : alimentation, eau potable, abris, articles de première nécessité, soins de santé, protection, hygiène et assainissement. L’objectif est de répondre aux urgences tout en veillant à préserver la dignité des personnes accueillies.
Mais l’augmentation rapide du nombre d’arrivants met à rude épreuve les capacités disponibles dans la région d’Obock et particulièrement au niveau du site de Markazī. Les autorités nationales, les communautés locales et les organisations humanitaires demeurent pleinement mobilisées, mais les ressources existantes risquent de ne pas suffire si le rythme des arrivées se maintient.
Le ministre de l’Intérieur, M. Omar Abdi Said, a ainsi présenté l’état des lieux de la situation et indiqué que les services relevant de son département sont placés en état d’alerte maximal afin de faire face à l’arrivée éventuelle de nouvelles familles. Les différentes institutions placées sous la tutelle du ministère ont été mobilisées pour garantir des conditions d’accueil appropriées.
Le ministre a également appelé les partenaires bilatéraux et les représentants du Système des Nations Unies à accompagner Djibouti dans ses efforts de solidarité et dans la prise en charge des ressortissants yéménites. Cette mobilisation concerne également le secteur de la santé. La ministre de la Santé, Mme Mouna Osman Aden, a souligné que les réfugiés sont principalement des femmes et des enfants et a présenté les mesures prises pour assurer leur couverture sanitaire.
Les dispositifs comprennent les consultations médicales, le suivi de la malnutrition et la vaccination. Des équipes médicales spécialisées ont par ailleurs été dépêchées afin de prévenir les risques sanitaires liés notamment à la promiscuité. Dans un contexte d’arrivée rapide de populations, la prévention et la surveillance épidémiologique constituent en effet des composantes essentielles de la réponse.
La ministre a insisté sur l’importance d’une coordination étroite entre les acteurs nationaux et internationaux afin d’assurer une réponse efficace, à la fois pour les personnes nouvellement arrivées et pour les populations locales qui les accueillent.
Une situation qui dépasse les capacités d’un seul État
Pour la ministre des Affaires sociales et des Solidarités, Mme Ouloufa Ismaïl Abdo, la République de Djibouti fait face à une situation humanitaire exceptionnelle, dans un contexte régional marqué par une évolution rapide, notamment autour du détroit de Bab el-Mandeb. Elle a rappelé que le Gouvernement, sous la direction du président de la République, M. Ismaïl Omar Guelleh, a ouvert les portes du pays aux ressortissants yéménites et leur a apporté, dans la mesure de ses moyens, protection et assistance.
Cette réponse s’inscrit dans une tradition d’accueil que Djibouti a régulièrement assumée au fil des crises qui ont affecté son environnement régional. Mais l’ampleur de la situation actuelle pose une question de capacité. Avec 2 776 arrivants recensés au 16 septembre et de nouvelles personnes qui continuent d’affluer, les besoins augmentent plus rapidement que les moyens disponibles. « L’ampleur des défis et des besoins humanitaires dépasse les capacités d’un seul État à y répondre », a souligné la ministre, appelant au renforcement de la coopération et du partenariat aux niveaux régional et international.
C’est précisément l’objectif de l’appel lancé conjointement par le Gouvernement et les Nations Unies : faire en sorte que l’effort d’accueil ne repose pas uniquement sur les capacités nationales et les ressources déjà disponibles à Obock.
Prenant la parole, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, M. Abdoulkader Houssein Omar, a élargi cet appel à l’ensemble des acteurs susceptibles de contribuer à l’effort de solidarité. Il a notamment appelé les hommes d’affaires, les commerçants, les acteurs économiques et les concitoyens désireux de se mobiliser à apporter une contribution volontaire à cet élan de solidarité nationale. « Djibouti demeure pleinement mobilisé pour accueillir et protéger les personnes contraintes de fuir le conflit. Face à l’évolution rapide des besoins, la solidarité internationale est essentielle pour accompagner les efforts déployés par le pays et les communautés d’accueil », a déclaré le ministre.
L’appel s’adresse ainsi aussi bien aux partenaires bilatéraux et multilatéraux qu’aux organisations internationales, aux acteurs humanitaires et aux donateurs, au niveau national comme international.
Des besoins prioritaires quiappellent une réponse collective
La représentante du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), Mme Sandrine Dominique Desamours, a salué l’engagement de Djibouti et remercié le président de la République ainsi que les organisations internationales mobilisées en faveur des réfugiés.
Elle a rappelé que, depuis son indépendance, Djibouti a accueilli des populations contraintes de fuir les conflits et les crises de la région. La situation actuelle présente toutefois une dimension particulière par la rapidité des mouvements de population. En moins de cinq jours, un nombre important de nouveaux réfugiés est arrivé, venant s’ajouter aux personnes déjà présentes sur le territoire.
Pour la représentante du HCR, cette évolution rend indispensable une mobilisation collective afin de réduire la pression qui s’exerce sur les pays d’accueil et de répondre aux besoins des populations déplacées.
Le Coordonnateur résident du Système des Nations Unies à Djibouti, M. José Barahona, a, de son côté, réaffirmé la disponibilité des agences onusiennes à poursuivre leur coordination avec le Gouvernement et les partenaires concernés. Il a appelé à renforcer la réponse humanitaire afin de l’adapter à l’évolution des besoins.
Dans le communiqué conjoint publié à l’issue de la rencontre, le Gouvernement et les Nations Unies ont précisé les principaux domaines nécessitant un soutien supplémentaire. Les priorités portent notamment sur les abris, l’eau et l’assainissement, l’assistance alimentaire, la santé, la protection, les articles essentiels ainsi que les capacités logistiques. Un autre enjeu important concerne le soutien aux communautés d’accueil. La pression humanitaire ne concerne en effet pas uniquement les nouveaux arrivants. Elle affecte également les infrastructures, les services et les ressources des zones qui les accueillent. « Les Nations Unies sont pleinement mobilisées aux côtés du Gouvernement. Mais un soutien rapide et flexible de nos partenaires est aujourd’hui indispensable pour permettre à la réponse de suivre l’évolution des besoins et préserver la dignité et la protection des personnes accueillies », a rappelé M. José Barahona.
L’Ambassadeur de la République du Yémen et doyen du corps diplomatique accrédité à Djibouti, M. Abdallah Musallam Al-Saqtari, a pour sa part exprimé la reconnaissance de son pays à la République de Djibouti pour son attitude humanitaire à l’égard des ressortissants yéménites. Il a salué l’accueil et l’assistance apportés par les autorités djiboutiennes et insisté sur la nécessité de conjuguer les efforts pour mobiliser le soutien requis.
À travers cet appel, Djibouti et les Nations Unies cherchent donc à transformer la mobilisation actuelle en une réponse durable, à la mesure d’une situation qui demeure évolutive. L’urgence est double : répondre aux besoins immédiats des personnes arrivées à Obock et renforcer les capacités d’accueil pour faire face à d’éventuels nouveaux flux.
La République de Djibouti entend poursuivre son engagement auprès des populations contraintes de fuir les violences, mais elle rappelle que la solidarité humanitaire est une responsabilité collective. Dans un contexte régional où les déplacements peuvent évoluer rapidement, l’appui des partenaires internationaux apparaît comme un élément déterminant pour maintenir les services essentiels, soutenir les communautés d’accueil et garantir aux personnes réfugiées des conditions d’accueil conformes à leur dignité.
Souber Hassan











































