Étudiant en cybersécurité et fondateur-développeur de l’application BALAAN, Moustapha Rachid Hassan raconte la naissance de son projet, les difficultés rencontrées pour le développer depuis la France et ses ambitions pour cette plateforme numérique destinée, dans un premier temps, au secteur de la beauté et du bien-être à Djibouti.

La Nation : Pouvez-vous nous présenter votre parcours et nous expliquer comment vous êtes arrivé à la création de BALAAN ?

Moustapha Rachid Hassan : Je suis actuellement étudiant en dernière année d’école d’ingénieur en France. J’ai commencé à travailler sur BALAAN au début du mois de mai 2025, alors que j’étais en quatrième année, en parallèle de mes études et de mon travail. Au départ, je n’ai pas directement commencé à développer l’application. J’ai d’abord pris le temps de réfléchir au besoin et surtout à ce qui pouvait être adapté au marché djiboutien. J’ai toujours eu envie d’entreprendre et de construire mes propres projets. Beaucoup d’idées nécessitaient cependant des moyens financiers importants. Je cherchais donc un projet que je pouvais commencer avec mes propres moyens, en utilisant mes compétences et en apprenant progressivement ce qui me manquait. C’est ainsi que BALAAN a commencé.

Comment est née l’idée de cette application ?

Elle est surtout née d’un constat. À Djibouti, pour prendre rendez-vous dans un salon ou un spa, on passe encore beaucoup par les appels, WhatsApp, Instagram ou directement par l’établissement. Les informations peuvent être dispersées : il faut rechercher les prestations, demander les prix, vérifier les disponibilités et parfois attendre une réponse.

Je me suis demandé pourquoi nous ne pourrions pas avoir une seule application permettant de découvrir différents établissements, de consulter leurs prestations, leurs informations et leurs avis, puis de réserver directement. L’idée était de proposer une expérience fluide et soignée, comparable dans sa qualité aux grandes applications internationales, mais pensée spécifiquement pour le marché djiboutien.

Pourquoi avoir choisi de commencer par le secteur de la beauté et du bien-être ?

J’ai choisi ce secteur parce que la prise de rendez-vous y est particulièrement importante et que l’expérience client compte beaucoup. Mon objectif est d’abord de construire quelque chose de solide dans cette première catégorie, puis d’ouvrir progressivement BALAAN à d’autres types de services lorsque le moment sera venu.

Quelles ont été les principales difficultés rencontrées depuis le lancement du projet?

Il y en a eu énormément. La première difficulté est que je porte pratiquement toutes les parties du projet moi-même. Je développe l’application, mais je dois également réfléchir au produit, à l’expérience utilisateur, au design, au marketing, à la communication, aux relations avec les établissements et au support.

Tout cela en parallèle de mes études d’ingénieur en France et de mon activité professionnelle. Il faut donc réussir à jongler entre les cours, les examens, le travail et BALAAN. J’ai également entièrement autofinancé le projet avec mes propres revenus. Je n’ai pas levé de fonds et je n’ai pas demandé à ma famille de financer BALAAN. Cela m’a obligé à être très attentif à chaque dépense et, surtout, à apprendre énormément de choses par moi-même.

La distance a également constitué une véritable difficulté. Le marché de BALAAN est à Djibouti alors que je construisais le projet depuis la France. Je devais trouver les premiers établissements à distance, souvent grâce au bouche-à-oreille, à mon réseau ou à des mises en relation.

Comment avez-vous réussi à convaincre les premiers professionnels d’adopter cette nouvelle façon de gérer leurs rendez-vous?

Au départ, cela s’est beaucoup fait grâce aux contacts et au bouche-à-oreille. Comme je n’étais pas physiquement à Djibouti, je demandais autour de moi si quelqu’un connaissait un responsable de salon ou d’établissement.

Ensuite, je prenais directement contact avec les responsables pour leur présenter BALAAN. Il était important pour moi de leur montrer quelque chose de concret. Je ne voulais pas simplement arriver avec une idée et leur promettre qu’une application existerait un jour. Ils pouvaient voir directement le produit, découvrir comment leur établissement serait présenté et comprendre les fonctionnalités proposées. Il y a également tout un travail d’accompagnement, car prendre des rendez-vous via une application représente encore une nouvelle habitude pour une partie du marché.

Quel est le retour des premiers utilisateurs?

Ce qui me fait le plus plaisir, ce n’est pas uniquement de voir le nombre d’utilisateurs ou de téléchargements augmenter. Le plus satisfaisant, c’est de voir une vraie personne réserver une vraie prestation dans un établissement à Djibouti grâce à quelque chose qui, quelques mois auparavant, n’était qu’une idée sur mon ordinateur en France. Lorsqu’une cliente me dit qu’elle trouve l’expérience simple et qu’elle préfère réserver ainsi plutôt que de devoir appeler, ou lorsqu’un établissement reçoit réellement des réservations grâce à BALAAN, je me dis que le projet commence à avoir une utilité concrète.

Les retours sur l’expérience utilisateur me tiennent également particulièrement à cœur, car j’ai accordé beaucoup d’importance à la fluidité, au design et au niveau de finition de l’application.

Quelles valeurs souhaitez-vous transmettre à travers BALAAN et votre parcours ?

Je dirais surtout l’autonomie, la curiosité et l’importance de continuer à apprendre. J’ai toujours eu tendance à chercher moi-même des solutions lorsque je rencontre un problème. Je suis très autodidacte.

BALAAN m’a poussé à apprendre bien au-delà de la programmation : le design, l’expérience utilisateur, le marketing, la communication et la création de contenus. J’ai appris à tester, à me tromper et à recommencer.

Je pense qu’on peut accomplir beaucoup de choses avec les moyens et les connaissances dont on dispose, à condition d’être prêt à apprendre et à persévérer.

Quels sont aujourd’hui vos projets et vos ambitions pour BALAAN ?

Ma priorité est d’abord de consolider cette application  dans le secteur de la beauté et du bien-être à Djibouti, avec davantage d’établissements et une expérience toujours meilleure pour les utilisateurs.

J’aimerais ensuite pouvoir passer progressivement à une autre échelle. Jusqu’à présent, elle  a été entièrement autofinancé et développé avec mes propres moyens.

Mais pour accélérer réellement, notamment dans le développement commercial, la communication et l’acquisition de nouveaux clients, des moyens supplémentaires seront nécessaires.

Je serais donc très intéressé par les dispositifs d’accompagnement destinés aux jeunes entrepreneurs et aux projets technologiques, que ce soit à travers l’État ou d’autres programmes.

À terme, l’objectif est d’ouvrir progressivement BALAAN à d’autres catégories de services et, si le modèle devient suffisamment solide à Djibouti, d’envisager éventuellement d’autres marchés.

Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes Djiboutiens qui ont une idée mais hésitent encore à se lancer ?

Je ne pense pas être encore dans une position où je peux donner de grandes leçons, car BALAAN est elle-même encore au début de son histoire. Mais cette expérience m’a appris qu’il ne faut pas forcément attendre d’avoir beaucoup d’argent, une équipe complète ou toutes les compétences avant de commencer.

J’ai commencé BALAAN avec mes propres moyens, alors que j’étais encore étudiant et que je travaillais. Je n’avais pas une équipe de développeurs, de commerciaux ou de communicants derrière moi. Beaucoup des compétences nécessaires au projet, je les ai apprises progressivement parce que j’en avais besoin pour avancer. Cela ne signifie pas qu’on peut tout faire sans moyens. Mais il existe souvent une manière de commencer plus petit, de tester son idée et de construire progressivement.

Je n’ai pas attendu d’avoir toutes les conditions parfaites pour commencer. C’est sans doute le conseil que je pourrais donner : commencez avec ce que vous avez, apprenez ce qui vous manque et améliorez-vous au fur et à mesure.

Propos recueillis par Zouhour Abdillahi