À Djibouti, où l’aridité, les sécheresses récurrentes et la raréfaction de l’eau fragilisent les équilibres ruraux, la restauration des terres apparaît de plus en plus comme une nécessité stratégique. Derrière la dégradation des sols et la disparition progressive du couvert végétalse joue en effet l’avenir de milliers de familles dépendantes de l’agriculture et de l’élevage pastoral.

Dans ce contexte, le projet porté par PARI, sous l’appellation d’« assurance-vie agropastorale fondée sur la nature », propose de changer de regard sur la restauration des écosystèmes. L’idée est simple : plutôt que d’attendre qu’une sécheresse ou une dégradation des parcours provoque une nouvelle crise, il faut investir en amont dans la santé des sols, la végétation, les ressources en eau et la capacité des communautés à résister aux chocs climatiques.

Cette approche prend une résonance particulière dans les débats internationaux consacrés à la lutte contre la désertification. Les interactions entre changement climatique, dégradation des terres, perte de biodiversité et insécurité alimentaire concernent particulièrement les pays arides. À Djibouti, elles se traduisent concrètement par la fragilisation des parcours pastoraux, qui constituent depuis longtemps le socle de l’élevage et de la mobilité des communautés.

Lorsque les ressources naturelles se raréfient, les troupeaux ont tendance à se concentrer davantage autour des points d’eau et des zones encore productives. Cette concentration exerce une pression supplémentaire sur les parcours. Le couvert végétal recule, les sols se dénudent, l’érosion s’accélère et les ressources fourragères diminuent.

Un cercle vicieux peut alors s’installer : la dégradation des sols entraîne le recul de la végétation ; la diminution de la végétation réduit les ressources disponibles pour le bétail ; la raréfaction du fourrage accentue la concentration des troupeaux ; et cette pression supplémentaire accélère à son tour la dégradation des terres.

L’enjeu consiste précisément à inverser cette dynamique.

Passer de la réaction à l’anticipation

Pendant longtemps, les interventions en faveur des populations rurales ont été largement conçues en réponse aux crises : sécheresses, pénuries alimentaires, pertes de cheptel ou dégradation avancée des terres. Ces interventions restent indispensables lorsque les populations sont confrontées à des situations d’urgence. Mais elles ne peuvent, à elles seules, répondre à des phénomènes devenus structurels.

La restauration des terres invite donc à passer d’une logique de réparation à une logique de prévention.

Dans cette perspective, restaurer un territoire ne signifie pas seulement planter des arbres ou remettre en état un sol. Il s’agit de restaurer un écosystème dans son ensemble : les sols, les parcours, la végétation, la biodiversité, les ressources en eau, les troupeaux et les communautés qui dépendent de cet environnement.

Cette vision rejoint le principe des Solutions fondées sur la Nature, qui consiste à utiliser les capacités des écosystèmes pour répondre à certains défis environnementaux, sociaux et économiques.

Pour PARI, cette démarche peut être considérée comme une forme d’« assurance-vie » agropastorale. Il ne s’agit évidemment pas d’une assurance financière au sens classique, mais d’un filet de sécurité écologique destiné à réduire la vulnérabilité des territoires avant que les crises ne surviennent.

Un sol en bonne santé retient mieux l’eau, résiste davantage à l’érosion et favorise la régénération de la végétation. Des parcours fonctionnels offrent davantage de ressources au bétail. Une végétation diversifiée contribue à préserver les sols et la biodiversité. Et des ressources naturelles mieux gérées renforcent la capacité des communautés à faire face aux périodes difficiles. La nature devient ainsi un véritable capital de résilience.

Le figuier de Barbarie, une ressource à valoriser

Parmi les pistes envisagées figure notamment le figuier de Barbarie. Dans les zones arides, cette plante peut présenter plusieurs intérêts lorsqu’elle est intégrée dans des systèmes diversifiés et correctement gérés. Elle peut constituer une ressource fourragère complémentaire pendant certaines périodes de stress hydrique, mais également contribuer à la diversification des activités rurales grâce à ses fruits et à leurs possibilités de transformation. Son intérêt peut également dépasser la seule alimentation animale. La plante peut participer à la protection des sols, offrir des ressources susceptibles de soutenir certaines activités liées à la biodiversité et ouvrir des possibilités de création de petites chaînes de valeur locales.

Pour autant, l’objectif ne doit pas être de remplacer les espèces locales par une seule plante. Le principe défendu par PARI repose plutôt sur la complémentarité et la diversité : associer les espèces locales, les arbres, les arbustes, les plantes fourragères et, lorsque cela est pertinent, le figuier de Barbarie dans des systèmes adaptés aux caractéristiques de chaque territoire.

Cette diversification peut également ouvrir de nouvelles perspectives économiques. Fourrage, fruits, transformation, multiplication des plants et autres produits dérivés peuvent contribuer à créer des activités pour les populations rurales, notamment les jeunes et les femmes.

La restauration écologique cesse alors d’être considérée uniquement comme une dépense environnementale. Elle peut devenir un investissement productif, capable de soutenir simultanément l’environnement, l’élevage et les revenus.

Mais aucune stratégie de restauration ne peut réussir durablement sans l’implication des populations concernées.

Les pasteurs, les agropasteurs, les coopératives, les collectivités, les organisations de la société civile et les entrepreneurs ruraux doivent être associés à la gestion des ressources naturelles. Leur connaissance du territoire constitue une ressource essentielle.

La sensibilisation et l’éducation au développement durable peuvent accompagner des pratiques telles que la gestion concertée des parcours, la mise au repos de certaines zones, l’amélioration de la gestion du pâturage, la restauration des sols ou encore la diversification des ressources fourragères.

L’objectif est de faire des communautés non pas de simples bénéficiaires des programmes de restauration, mais les véritables gardiennes de leur territoire.

Cette dimension locale est d’autant plus importante que les solutions ne peuvent être identiques partout. Les sols, les ressources hydriques, la végétation, les pratiques pastorales et les réalités sociales diffèrent d’un territoire à l’autre. Une solution pertinente dans une zone peut être inadaptée dans une autre. La restauration doit donc être pensée localement tout en pouvant être reproduite et étendue à plus grande échelle.

Elle pourrait ainsi trouver sa place dans les programmes de résilience climatique, les politiques de restauration des terres, les initiatives d’emploi rural et les efforts régionaux de lutte contre la désertification.

Au-delà des techniques, c’est donc un changement de mentalité qui est proposé : considérer la terre non comme une ressource inépuisable, mais comme un capital dont dépend directement l’avenir des communautés.

Restaurer aujourd’hui, c’est réduire les risques de demain.

Protéger un parcours pastoral, améliorer un sol, préserver une ressource en eau ou favoriser la régénération de la végétation peut sembler être une action limitée. Mais multipliées à l’échelle d’un territoire, ces interventions peuvent produire un effet cumulatif considérable.

Le principe de cette « assurance-vie agropastorale » tient finalement dans une chaîne de dépendances simple. Le sol nourrit la végétation. La végétation protège le sol et fournit des ressources au bétail. Le bétail contribue aux moyens de subsistance des familles. Et un écosystème fonctionnel augmente la capacité de l’ensemble du territoire à résister aux sécheresses.

Face au changement climatique, l’enjeu n’est donc plus seulement de réparer les dégâts après chaque crise. Il est d’investir avant la crise.

Restaurer les terres, préserver l’eau, régénérer les parcours, diversifier les ressources fourragères, protéger la biodiversité et créer des activités économiques adaptées aux capacités du milieu : autant d’actions qui peuvent transformer la restauration écologique en véritable filet de sécurité pour le monde rural.

À Djibouti, où chaque ressource naturelle compte, la protection des écosystèmes n’est ainsi pas seulement une question environnementale. Elle touche directement à la sécurité alimentaire, à l’élevage, aux revenus ruraux et à la capacité des générations futures à continuer de vivre et de produire sur leurs territoires.

L’assurance-vie agropastorale fondée sur la nature porte finalement un message simple : préserver la terre aujourd’hui, c’est assurer les moyens de subsistance de demain.

AM