À Djibouti, prendre rendez-vous dans un salon de coiffure, un institut de beauté ou un spa passe encore largement par les appels téléphoniques, WhatsApp, les réseaux sociaux ou le bouche-à-oreille. Une habitude que BALAAN qui veut littéralement dire « Rendez vous » ambitionne progressivement de faire évoluer. Derrière cette plateforme numérique dédiée, dans un premier temps, aux professionnels de la beauté et du bien-être, se trouve un jeune Djiboutien, Moustapha Rachid Hassan, étudiant en cybersécurité et développeur de l’application.

Lancée à partir d’un constat simple, BALAAN propose de réunir sur une même plateforme plusieurs étapes habituellement dispersées : rechercher un établissement, découvrir ses prestations, consulter les prix, vérifier les disponibilités et réserver un créneau.

L’idée est née en 2025, alors que son fondateur poursuivait ses études d’ingénieur en France. Plutôt que de se lancer immédiatement dans le développement, Moustapha Rachid Hassan a d’abord cherché à comprendre les besoins et les habitudes du marché djiboutien.

« À Djibouti, pour prendre rendez-vous dans un salon ou un spa, on passe encore beaucoup par les appels, WhatsApp, Instagram ou directement par l’établissement », explique-t-il. De ce constat est née l’idée de créer une application permettant de découvrir différents professionnels et de réserver directement une prestation.

Pour le jeune entrepreneur, le choix du secteur de la beauté et du bien-être n’est pas anodin. Il s’agit d’activités où la gestion des rendez-vous occupe une place importante et où l’expérience du client peut jouer un rôle déterminant. L’objectif, à terme, est toutefois d’élargir progressivement le concept à d’autres catégories de services.

Une expérience déjà testée sur le terrain

L’intérêt de BALAAN repose avant tout sur son utilisation concrète. Parmi les premiers établissements à expérimenter cette nouvelle manière de gérer les rendez-vous figure l’Acacias Hôtel.

L’établissement propose notamment des prestations de bien-être telles que le spa, les massages, la manucure et la pédicure. Avant l’utilisation de la plateforme, les demandes de rendez-vous étaient principalement gérées par téléphone et via WhatsApp.

Avec BALAAN, les réservations peuvent être regroupées sur une même interface, offrant aux équipes un outil supplémentaire pour suivre les demandes et organiser les créneaux.

Pour les professionnels, la plateforme ne se limite pas à la gestion des rendez-vous. Elle constitue également une vitrine numérique. Salons, instituts, spas et professionnels indépendants peuvent présenter leurs prestations et être découverts par des clients à la recherche d’un service particulier.

Du côté des utilisatrices, l’intérêt réside principalement dans la simplicité du parcours. Une cliente rencontrée lors du reportage, qui avait réservé une prestation au spa de l’Acacias Hôtel par l’intermédiaire de BALAAN, souligne la facilité de pouvoir organiser son rendez-vous directement depuis son téléphone.

Tasnim Abdallah Ismael, utilisatrice régulière, explique quant à elle que la plateforme lui permet de comparer les prestations, les prix, les disponibilités et les avis avant de faire son choix.

« Tout est centralisé au même endroit », résume-t-elle.

Pour une partie des utilisateurs, cette formule permet ainsi d’éviter de multiplier les appels ou de parcourir les pages de différents établissements sur les réseaux sociaux à la recherche d’informations.

La plateforme entend également répondre à une autre difficulté rencontrée par les professionnels : les rendez-vous non honorés. Grâce aux rappels automatiques et à un système destiné à mieux responsabiliser les utilisateurs, BALAAN cherche à réduire les oublis et à limiter la perte de créneaux pour les établissements. Un projet construit avec ses propres moyens Derrière l’application se trouve surtout une aventure entrepreneuriale singulière. Moustapha Rachid Hassan affirme avoir construit et financé lui-même son projet, tout en poursuivant ses études et son activité professionnelle en France. « Je développe l’application, mais je dois également réfléchir

au produit, à l’expérience utilisateur, au design, au marketing, à la communication, aux relations avec les établissements et au support », explique-t-il.

La distance constitue également l’un des principaux défis. Le marché ciblé se trouve à Djibouti alors que le développement du projet a été mené depuis la France. Les premiers contacts avec les établissements ont donc été établis grâce au réseau, au bouche-à-oreille et aux mises en relation.

Pour convaincre les professionnels, le jeune entrepreneur a choisi de présenter un produit concret plutôt qu’une simple idée. Une approche qui lui a permis de montrer directement aux établissements comment ils pourraient être représentés sur la plateforme et utiliser ses différentes fonctionnalités.

Aujourd’hui, le projet reste encore dans une phase de construction. Son principal défi sera de parvenir à attirer simultanément davantage de professionnels et de clients afin de créer un véritable écosystème autour de la plateforme.

Le fondateur souhaite d’abord consolider BALAAN dans le secteur de la beauté et du bien-être à Djibouti. Mais pour passer à une autre échelle, il estime que des moyens supplémentaires seront nécessaires, notamment pour le développement commercial, la communication et l’acquisition de nouveaux utilisateurs.

À terme, l’ambition est d’ouvrir progressivement la plateforme à d’autres catégories de services et, si le modèle se consolide, d’envisager éventuellement d’autres marchés.

BALAAN n’en est donc encore qu’au début de son histoire. Mais son parcours illustre une nouvelle génération de jeunes entrepreneurs djiboutiens qui cherchent à utiliser leurs compétences technologiques pour répondre à des besoins concrets du marché. À travers cette initiative, c’est aussi une question plus large qui se dessine : celle de la capacité des jeunes talents djiboutiens à imaginer, développer et expérimenter des solutions numériques adaptées aux réalités locales.

Zouhour Abdillahi