Réunis à Doha pour préparer la prochaine phase du Centre multilatéral de coopération pour le financement du développement (Multilateral Cooperation Center for Development Finance, MCDF), plusieurs pays en développement ont échangé sur les moyens de mieux préparer leurs projets d’infrastructures et de faciliter leur accès aux financements. Présent à cette rencontre, le ministre de l’Économie et des Finances, chargé de l’Industrie, Ilyas Moussa Dawaleh, a souligné l’importance de la préparation des projets, un enjeu particulièrement stratégique pour un pays engagé dans le développement de ses infrastructures et de sa connectivité.

À l’heure où les besoins en infrastructures des économies émergentes progressent plus rapidement que les ressources disponibles, la capacité à préparer des projets solides devient déterminante. Études techniques, faisabilité, évaluation des risques, cadre institutionnel et montage financier constituent autant d’étapes nécessaires avant de pouvoir mobiliser des financements importants.

C’est dans ce contexte que s’est tenue, dimanche 27 septembre à Doha, la troisième réunion consacrée à la première reconstitution du MCDF Finance Facility. Cette rencontre avait notamment pour objectif de préparer la prochaine phase d’activités du mécanisme, prévue pour la période 2027-2031.

Un mécanisme pour préparer les projets

Créé en 2020 et administré par la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (AIIB), le MCDF est un mécanisme de coopération destiné à accompagner les pays en développement dans la préparation de projets d’infrastructures et de connectivité.

Son rôle intervient principalement en amont des grands financements. Le mécanisme peut notamment contribuer aux études de faisabilité, aux analyses techniques et financières, aux évaluations environnementales et sociales ainsi qu’au renforcement des capacités des institutions chargées de préparer les projets. L’objectif est de réduire les incertitudes qui entourent les grands investissements et de permettre aux projets d’atteindre un niveau de maturité suffisant pour attirer ensuite des financements plus importants.

Le MCDF ne se substitue donc pas aux banques de développement qui financent directement les grandes infrastructures. Il agit plutôt comme un maillon préparatoire entre l’idée d’un projet et sa réalisation, en aidant les pays à disposer de dossiers suffisamment solides pour solliciter des financements publics ou privés.

Cette approche revêt une importance particulière pour les pays dont les besoins en infrastructures sont importants mais qui disposent de capacités limitées pour financer les études et les travaux préparatoires.

L’importance de la préparation des projets

Invité à intervenir lors de la session d’ouverture, aux côtés de Thirong Pen, secrétaire d’État au ministère cambodgien de l’Économie et des Finances, et de Khamis Mussa Omar, ministre tanzanien des Finances, Ilyas Moussa Dawaleh a insisté sur l’importance du MCDF pour les pays en développement. Le ministre a notamment mis en avant le rôle de la préparation des projets dans la réussite des investissements d’infrastructures et de connectivité. Pour Djibouti, cette question prend une dimension particulière. Situé au croisement de plusieurs grandes routes maritimes reliant l’Asie, le Moyen-Orient et l’Afrique, le pays a fait de la connectivité un axe important de sa stratégie de développement.

Ports, corridors logistiques, infrastructures numériques, énergie, mobilité et plateformes industrielles constituent autant de secteurs nécessitant des investissements importants. Mais avant leur financement et leur réalisation, ces projets doivent être étudiés, évalués et structurés. La préparation constitue ainsi une étape essentielle pour transformer une ambition en projet concret et faciliter ensuite la mobilisation des ressources nécessaires.

La réunion de Doha avait également une dimension prospective. Le secrétariat du MCDF y a présenté les grandes orientations de la nouvelle phase opérationnelle prévue pour 2027-2031. Les pays participants ont, de leur côté, fait part de leurs attentes et plusieurs États ont exprimé leur volonté de contribuer au financement du mécanisme.

Depuis sa création, le MCDF cherche à rapprocher les gouvernements, les banques multilatérales et les partenaires du développement autour d’un objectif commun : améliorer la préparation des projets afin de favoriser les investissements dans les infrastructures et la connectivité. Le mécanisme évolue ainsi dans un environnement qui rassemble plusieurs institutions financières internationales et régionales. Parmi ses partenaires figurent notamment la Banque asiatique de développement, l’Africa Finance Corporation, la Banque européenne d’investissement, la Banque islamique de développement et la New Development Bank.

Cette coopération permet de mieux relier la préparation des projets aux possibilités de financement offertes par les institutions de développement.

Transformer la position géographique en projets

Pour Djibouti, l’enjeu dépasse la seule participation à une réunion internationale. La position géographique du pays constitue un atout important, mais sa valorisation passe par la réalisation d’infrastructures adaptées et par la capacité à mobiliser les financements nécessaires. C’est dans cette perspective que la participation d’Ilyas Moussa Dawaleh aux travaux du MCDF revêt un intérêt particulier. En mettant l’accent sur la préparation des projets, Djibouti souligne l’importance de disposer de dossiers suffisamment solides pour convaincre les partenaires financiers.

Un projet bien préparé permet en effet de mieux identifier les besoins, d’évaluer les risques, de préciser les coûts et de définir les conditions de sa réalisation. Il facilite également le dialogue avec les bailleurs de fonds et les investisseurs potentiels.

Le MCDF entend précisément intervenir sur cette première étape, en accompagnant les pays dans la maturation de leurs projets avant la mobilisation de financements à plus grande échelle.

Une coopération qui s’inscrit dans une stratégie plus large

La participation à cette troisième réunion intervient également dans un contexte de renforcement des relations de Djibouti avec les institutions financières internationales. À Doha, le ministre Ilyas Moussa Dawaleh s’est notamment entretenu avec Zou Jiayi, présidente de l’AIIB, autour de plusieurs projets prioritaires concernant notamment la connectivité, le numérique, la mobilité urbaine durable et l’industrie verte.

Ces échanges illustrent l’importance accordée par Djibouti aux partenariats multilatéraux pour accompagner ses priorités de développement.

À travers le MCDF, notre  pays cherche ainsi à renforcer sa présence dans les mécanismes internationaux consacrés au financement du développement, tout en mettant l’accent sur une question essentielle : disposer de projets suffisamment préparés pour transformer les potentialités du pays en investissements concrets.

La réunion de Doha aura donc permis à Djibouti de faire entendre ses priorités dans la préparation du prochain cycle du MCDF et de poursuivre ses échanges avec les institutions susceptibles d’accompagner ses projets d’infrastructures, de connectivité et de diversification économique.

Rachid Bayleh