
La Nation : Docteur, plusieurs années après la création du Centre du jeune diabétique a Djibouti, quel bilan général pouvez-vous dresser de son fonctionnement et de son évolution ?
Dr. Abdourahaman Moumin : Merci. D’abord, il s’agit du Centre du jeune diabétique à Djibouti. C’est un centre qui appartient au ministère de la Santé et qui est spécialisé dans la prise en charge des enfants et des jeunes atteints de diabète. C’est aujourd’hui un centre de référence nationale dans ce domaine. Notre mission principale est d’assurer une prise en charge adaptée aux enfants, aux adolescents et aux jeunes adultes vivant avec le diabète. Au fil des années, le centre a évolué et a acquis une expérience importante dans la prise en charge de cette maladie chez les jeunes.
Quelle est précisément la population prise en charge par votre centre ?
Notre spécificité concerne principalement les enfants, les adolescents et les jeunes adultes de moins de 25 ans qui ont le diabète. C’est le public que nous suivons en priorité. Cependant, nous faisons preuve de souplesse concernant les jeunes qui dépassent cet âge. Lorsqu’un jeune a plus de 25 ans, mais qu’il ne travaille pas encore et qu’il ne dispose pas de carte de la CNSS, nous continuons à assurer son suivi. Nous ne voulons pas interrompre brutalement sa prise en charge simplement parce qu’il a dépassé un certain âge. Nous continuons donc à les accompagner jusqu’à ce qu’ils trouvent un travail et qu’ils aient la possibilité de bénéficier d’une prise en charge à travers la CNSS.
Peut-on aujourd’hui considérer votre centre comme une structure de référence nationale ?
Oui, absolument. Le bilan que nous pouvons dresser aujourd’hui est que nous sommes devenus une véritable structure de référence. Lorsqu’on parle de diabète chez l’enfant ou chez le jeune, les professionnels de santé connaissent maintenant notre centre. Les médecins, les hôpitaux, les structures privées, mais également certaines ambassades nous sollicitent ou nous orientent des patients. Cette reconnaissance est importante pour nous parce qu’elle montre que notre travail est connu et que les professionnels ont confiance dans les compétences développées au sein du centre.
Comment cette confiance des professionnels de santé s’est-elle construite au fil des années?
Cette confiance s’est construite progressivement, grâce au travail quotidien et à l’expérience que nous avons acquise dans la prise en charge du diabète chez l’enfant et le jeune. Nous avons développé une équipe qui connaît de mieux en mieux la maladie et ses différentes contraintes. À force de travailler avec les patients et leurs familles, les professionnels du centre ont développé une véritable expertise. Aujourd’hui, lorsqu’un médecin ou une structure rencontre un problème concernant un enfant diabétique, il sait qu’il peut s’adresser à nous. C’est ainsi que nous avons progressivement gagné la confiance des professionnels de santé et des différentes structures.
Votre centre accueille-t-il également des patients venant des pays voisins ?
Oui. Notre rayonnement ne se limite plus uniquement à Djibouti. Nous accueillons également des enfants venant de pays voisins, notamment de Somalie et d’Éthiopie. Il y a des enfants qui viennent à Djibouti pour bénéficier de soins et qui arrivent jusqu’à notre centre. Cela montre que notre expérience commence également à être reconnue au niveau régional. C’est une évolution importante pour nous, parce qu’elle signifie que le centre est progressivement identifié comme une structure spécialisée dans la prise en charge du diabète chez l’enfant.
Qu’en est-il aujourd’hui de la reconnaissance du centre sur le plan international ?
Sur le plan international, nous commençons également à nous faire connaître. Nous sommes de plus en plus sollicités par des partenaires qui travaillent dans le domaine du diabète. Nous avons notamment été sollicités pour participer à des formations destinées aux pays d’Afrique francophone, autour de l’organisation des soins et de la prise en charge du diabète pédiatrique. Récemment, je me suis rendu au Sénégal pour participer à une formation consacrée à la question suivante : comment organiser les unités de diabétologie pédiatrique en Afrique ? Cette participation montre que notre expérience commence à intéresser d’autres pays et d’autres professionnels.
Quels sont les principaux acquis du centre après plusieurs années de fonctionnement ?
L’un des principaux acquis est évidemment l’expérience que nous avons accumulée. Mais il n’y a pas seulement les médecins qui ont appris à mieux connaître la maladie. Les infirmiers, les aides-soignants, les médecins généralistes et les parents ont également beaucoup appris. À force de travailler et d’être confrontés quotidiennement au diabète, nous avons tous développé davantage de connaissances. Comme on dit, « à force de travailler, on devient forgeron ». L’expérience quotidienne permet donc à l’ensemble de l’équipe de mieux comprendre la maladie et de mieux accompagner les enfants.
Quel est aujourd’hui l’un des principaux changements dans la prise en charge des enfants diabétiques ?
Sur le plan de la prise en charge, l’une des grandes nouveautés est l’introduction de l’insulinothérapie fonctionnelle, que nous appelons ITF. C’est une nouvelle approche dans la prise en charge des enfants diabétiques. Auparavant, nous avions principalement une approche basée sur la prescription de doses d’insuline. Aujourd’hui, nous avons commencé à mettre en place cette nouvelle méthode qui permet d’adapter davantage la quantité d’insuline aux besoins de l’enfant.
En quoi consiste concrètement l’insulinothérapie fonctionnelle ?
L’insulinothérapie fonctionnelle consiste notamment à compter les glucides présents dans les repas et à adapter ensuite la dose d’insuline en fonction de la quantité de glucides consommée. L’objectif est de mieux adapter le traitement à la vie quotidienne de l’enfant. L’alimentation n’est pas toujours la même d’un repas à l’autre. Par conséquent, les besoins en insuline ne sont pas non plus toujours identiques. Cette méthode permet donc de prendre en compte ce que l’enfant va réellement manger afin de déterminer la dose d’insuline nécessaire.
Pourquoi est-il important d’adapter la dose d’insuline à chaque repas ?
Parce qu’on ne mange pas toujours la même chose. Un jour, on peut manger du pain et du fromage. Le lendemain, on peut manger du pain et des haricots. Un autre jour, on peut prendre des galettes ou encore du Nutella. La quantité de glucides n’est donc pas la même selon les repas. Si l’alimentation change, il faut pouvoir adapter la dose d’insuline. C’est justement l’intérêt du comptage des glucides. On prend en compte ce que l’enfant va manger pour pouvoir déterminer la dose d’insuline qui correspond à ce repas.
Quel est l’objectif principal de cette nouvelle méthode pour les enfants diabétiques ?
L’objectif est avant tout de faciliter la vie des enfants et des jeunes qui vivent avec le diabète. Le diabète impose beaucoup de contraintes au quotidien. Il faut surveiller son alimentation, contrôler sa glycémie et prendre de l’insuline. Avec l’insulinothérapie fonctionnelle, nous cherchons à rendre la prise en charge plus adaptée à la vie quotidienne. L’enfant ne mange pas exactement la même chose tous les jours. Il est donc important que le traitement puisse également s’adapter à cette réalité.
Le centre commence également à utiliser les nouvelles technologies. Pourquoi cette évolution est-elle importante ?
Nous commençons effectivement à nous ouvrir davantage aux nouvelles technologies dans la prise en charge du diabète. Le diabète est une maladie qui évolue et les méthodes de prise en charge évoluent également. Nous devons donc suivre cette évolution et essayer d’intégrer progressivement les nouvelles technologies qui peuvent améliorer la prise en charge des patients. C’est une nouvelle étape pour le centre. Nous avons déjà commencé à travailler sur l’adaptation de l’insuline à l’alimentation à travers le comptage des glucides, et nous voulons également continuer à progresser dans l’utilisation des nouvelles technologies.
Quelle place les parents occupent-ils dans la prise en charge des enfants diabétiques ?
Les parents ont une place très importante. Ils sont directement impliqués dans la vie quotidienne de l’enfant et doivent donc apprendre à connaître la maladie. Au fil des années, les parents ont également acquis beaucoup de connaissances. Ils apprennent à comprendre le diabète, à surveiller leur enfant et à mieux gérer les situations du quotidien. L’éducation des parents est donc essentielle. La prise en charge ne repose pas uniquement sur le médecin ou l’infirmier. Elle implique toute la famille.
Quels sont les principaux défis qui restent à relever pour le centre ?
Nous devons continuer à améliorer la prise en charge des enfants et des jeunes diabétiques. Le fait que le centre soit devenu une structure de référence nous impose également de continuer à développer nos compétences. Nous devons poursuivre la formation du personnel, renforcer notre collaboration avec les autres structures et continuer à nous ouvrir aux nouvelles méthodes de prise en charge et aux nouvelles technologies. Il est également important de continuer à accompagner les jeunes qui dépassent l’âge de prise en charge, notamment ceux qui n’ont pas encore de travail et qui ne bénéficient pas de la CNSS, afin d’éviter une rupture dans leur suivi.
Quel est votre objectif pour l’avenir du Centre de diabétologie pédiatrique de Djibouti ?
Notre objectif est de continuer à développer le centre et à améliorer la qualité des soins proposés aux enfants, aux adolescents et aux jeunes adultes diabétiques. Nous voulons poursuivre l’introduction de nouvelles méthodes de prise en charge, notamment l’insulinothérapie fonctionnelle et les nouvelles technologies. Nous voulons également renforcer les compétences de notre personnel et continuer à travailler avec nos partenaires, aussi bien au niveau national qu’international. Le fait que des patients viennent de pays voisins et que nous soyons sollicités dans le cadre de formations internationales montre que le centre a déjà parcouru un long chemin. Nous devons maintenant continuer sur cette voie, afin de mieux répondre aux besoins des jeunes diabétiques et de leurs familles.
Interview réalisée par Zouhour Abdillahi









































