Il y a des carrières qui ont une date de fin. Et puis il y a celles qui semblent avoir découvert le secret de l’éternité.

À Djibouti, le mot « retraite » peut parfois prendre des airs de promesse lointaine. On la voit arriver, on la sait proche, on en parle même avec une certaine gravité,  puis mystérieusement, elle semble reculer de quelques mètres au moment où l’on s’en approche. Comme au football, certains retraitables auraient-ils découvert le temps additionnel ?

La scène est devenue presque familière. L’âge approche, les années de service s’accumulent, les cheveux blanchissent parfois, mais le bureau reste occupé. Le fauteuil, lui, semble avoir développé une étonnante capacité d’adaptation à la longévité professionnelle de son occupant.

Bien sûr, tout le monde n’est pas concerné. Il existe des compétences rares, des responsabilités particulières, des fonctions qui nécessitent de l’expérience et des situations qui peuvent légitimement justifier une continuité dans le service. La prolongation peut donc avoir ses raisons.

Mais lorsque l’exception commence à ressembler à la règle, une question finit forcément par se poser : à quoi sert l’âge légal de départ si l’on peut toujours trouver une bonne raison de repousser l’échéance ?

Le problème n’est pas seulement administratif. Il est aussi générationnel.

Pendant qu’un fonctionnaire arrivé au terme de sa carrière cherche une nouvelle rallonge, des jeunes diplômés frappent aux portes, déposent des CV, passent des concours et attendent leur première véritable opportunité professionnelle. Ils regardent parfois avec perplexité ces postes qu’ils espéraient voir se libérer et qui restent occupés.

La retraite n’est pourtant pas une sanction. Elle devrait être considérée comme une étape normale de la vie professionnelle. Elle permet de transmettre l’expérience, de préparer la relève et de faire circuler les responsabilités.

Un poste public ne devrait pas devenir une propriété personnelle. Un bureau n’est pas un héritage et un fauteuil administratif n’a pas vocation à être transmis de génération en génération à son occupant.

Il y a quelque chose de paradoxal à demander à une jeunesse de se former, de se spécialiser, d’acquérir de nouvelles compétences et de croire en son avenir professionnel, tout en maintenant indéfiniment certains responsables en place au nom de l’expérience.

Soyons justes : l’expérience est précieuse. Une administration a besoin de cadres expérimentés. Une institution ne peut pas fonctionner uniquement avec des débutants. Mais l’expérience n’a de valeur que lorsqu’elle sert à préparer la relève.

Le véritable défi n’est donc pas de choisir entre les anciens et les jeunes. Il consiste à organiser intelligemment la transmission.

Un responsable qui approche de la retraite devrait pouvoir transmettre son savoir à ceux qui prendront la relève. Il devrait être fier de voir ses collaborateurs progresser, et non inquiet à l’idée de quitter son bureau.

Car partir à la retraite ne signifie pas disparaître. Cela signifie laisser derrière soi une expérience, des compétences et une génération capable de poursuivre le travail.

À force de jouer les prolongations, certains risquent finalement d’oublier que même les plus beaux matchs ont un coup de sifflet final.

Et le jour où l’arbitre sifflera, il serait dommage que personne ne sache qui doit entrer sur le terrain.

Le véritable enjeu n’est donc pas de chasser les anciens, mais de préparer les nouveaux. Parce qu’une administration qui ne sait pas organiser sa relève finit par transformer l’expérience en dépendance.

Et dans ce match-là, le temps additionnel ne devrait jamais devenir une seconde carrière.

KI