Il est des formations politiques dont l’histoire se confond, par bien des aspects, avec celle de leur pays. Le Rassemblement Populaire pour le Progrès (RPP) appartient incontestablement à cette catégorie. Créé en 1979, dans les premières années de l’indépendance, il est aujourd’hui le doyen des partis politiques djiboutiens et demeure au cœur de la vie publique nationale.

À Ali-Sabieh, sa récente retraite politique aura surtout été un moment de vérité. Loin d’une simple rencontre partisane, ces trois journées ont posé une question essentielle : comment un parti qui a accompagné les grandes étapes de la construction nationale peut-il continuer à jouer pleinement son rôle dans un monde profondément transformé ? La réponse ne peut être la nostalgie. Elle réside dans la capacité à se réinventer sans renier son identité.

Depuis sa création, le RPP a été aux avant-postes des mutations politiques, économiques et sociales du pays. Il a accompagné la consolidation de l’État, la préservation de la paix et de l’unité nationale, ainsi que les différentes phases du développement. Mais l’histoire, aussi prestigieuse soit-elle, ne constitue jamais une garantie pour l’avenir. Elle impose au contraire une responsabilité supplémentaire : savoir tirer les leçons du passé pour mieux préparer demain.

C’est précisément le sens du virage amorcé à Ali-Sabieh. En choisissant de réfléchir au «Parti de demain », le RPP semble prendre acte d’une réalité incontournable : la société djiboutienne évolue, sa jeunesse change, les modes de communication se transforment et les attentes citoyennes deviennent plus exigeantes. La politique ne peut plus se satisfaire des seuls rendez-vous électoraux.

Elle doit être davantage fondée sur l’écoute, la proximité, le dialogue et la capacité à apporter des réponses concrètes.

Le véritable enjeu est donc de transformer l’expérience accumulée en force de proposition. Un parti politique moderne ne doit pas seulement accompagner l’action publique ; il doit aussi savoir l’interroger, l’expliquer, la défendre lorsque cela est nécessaire et surtout rester à l’écoute de ceux au nom desquels elle est conduite.

La retraite d’Ali-Sabieh a justement mis en avant cette nécessité d’une meilleure articulation entre le Parti et sa  base, le Gouvernement, l’administration et le Parlement. Elle souligne également l’importance de la transmission. Car aucune formation politique ne peut prétendre préparer l’avenir si elle ne prépare pas sa relève.

Le RPP doit ainsi réussir une double équation : préserver ses valeurs fondatrices tout en ouvrant largement ses portes aux idées nouvelles. Son engagement historique en faveur de la démocratie, des libertés, des droits de l’Homme et des principes fondamentaux de l’Islam constitue un socle. Mais ce socle doit désormais porter une architecture politique adaptée aux réalités du XXIe siècle.

Le message porté lors de cette retraite est finalement simple : il ne s’agit pas de tourner la page de l’histoire du RPP, mais d’en écrire un nouveau chapitre.

À l’approche d’une nouvelle étape de l’histoire nationale, le vieux parti doit donc accepter de se regarder avec lucidité, de reconnaître ses forces comme ses insuffisances et de transformer l’autocritique en énergie politique. C’est à ce prix qu’il pourra rester non seulement le doyen des partis, mais aussi une formation capable d’anticiper les mutations, de porter l’espérance et de contribuer à dessiner le Djibouti de demain.

Le RPP n’a plus seulement rendez-vous avec son passé. Il a désormais rendez-vous avec l’avenir.

Kenedid Ibrahim