À l’occasion du premier Forum national sur l’intelligence artificielle, Djibouti a donné la parole à sa jeunesse à travers le premier Concours national de prototypage en IA. Derrière les chiffres et les projets présentés, cette première édition a surtout révélé une jeunesse créative, audacieuse et déterminée à prendre part aux transformations technologiques de son époque.

Une révolution en chasse une autre. Mais certaines bouleversent plus profondément que d’autres notre manière de vivre, de travailler et d’imaginer l’avenir. L’intelligence artificielle est incontestablement de celles-là. Face à cette transformation mondiale, Djibouti fait le choix de ne pas rester simple spectateur. Le pays entend accompagner cette évolution, en donnant notamment à sa jeunesse les moyens d’imaginer, d’expérimenter et de construire les solutions de demain.

C’est dans cette dynamique que le ministère délégué chargé de l’Économie numérique et de l’Innovation a organisé, en amont du premier Forum national sur l’intelligence artificielle, un Concours national de prototypage en intelligence artificielle.

L’ambition était simple mais forte : offrir aux jeunes un espace où une idée peut devenir un projet, où la créativité rencontre la technologie et où l’innovation peut répondre à des besoins concrets de la société.

126 candidatures : l’expression d’un véritable engouement

Pendant près d’un mois et demi, l’appel à candidatures a suscité l’intérêt de nombreux jeunes désireux de mettre leur imagination et leurs compétences à l’épreuve.

Au total, 126 dossiers ont été déposés. Afin d’assurer la transparence et la crédibilité de la compétition, le processus de sélection a été confié à un comité technique et conduit sous la supervision d’un huissier de justice. Après une première vérification destinée notamment à écarter les candidatures incomplètes ou ne répondant pas aux conditions du concours, 56 dossiers conformes ont été retenus pour faire l’objet d’une évaluation plus approfondie.

Sur la base de critères préalablement définis, seuls les projets ayant obtenu une note égale ou supérieure à 12/20 ont accédé à l’étape suivante. Au terme de cette sélection, 17 projets ont été retenus.

L’heure du pitch : défendre une idée, convaincre un jury

Pour ces jeunes porteurs de projets, la sélection sur dossier n’était qu’une première étape. Le 27 août 2026, les candidats retenus ont été invités à venir défendre leurs solutions devant un jury. Douze équipes se sont finalement présentées à cette étape décisive.

Face à cinq membres du jury, les jeunes innovateurs ont présenté leurs startups, démontré leur pertinence, mis en avant leur caractère innovant et surtout convaincu de leur potentiel. À l’issue des différentes présentations, les projets de trois équipes ont particulièrement séduit le jury. La startup Tech Genius, portée par Mohamed Hassan Isman et Omar Abdillahi Omar, a remporté le premier prix, d’une valeur de 2 000 000 FD. Elle est suivie de Port Flow AI, porté par Ali Mohamed Ali, qui s’est classé deuxième et a remporté la somme de 1 000 000 FD. Enfin, la startup « Curieux en blouse », conçue par Badria Ali Hamadou, Mohamed Moussa Ali et Mohamed Soultan Mohamed, a décroché le troisième prix, d’une valeur de 500 000 FD.

Du concours à la scène nationale

Le concours a pris une dimension particulière quelques jours plus tard, lors du premier Forum national sur l’intelligence artificielle, organisé le 2 septembre 2026 au Palais du Peuple.

Les lauréats y ont été mis à l’honneur, donnant à leurs projets une visibilité nationale et faisant de cette première compétition bien plus qu’un simple concours technologique. Car derrière les prototypes et les classements se dessine un message essentiel : la jeunesse djiboutienne peut être actrice de la révolution de l’intelligence artificielle. Elle peut imaginer ses propres solutions, répondre aux réalités de son pays et contribuer à construire une innovation adaptée aux besoins de Djibouti.

Yassin Houssein Ali : quand la détermination dépasse les obstacles

Parmi les histoires qui auront marqué cette première édition, celle de Yassin Houssein Ali, jeune originaire de Dikhil, occupe une place particulière. Malgré sa situation de handicap, le jeune participant s’est présenté avec la même ambition que les autres candidats : défendre son projet et aller au bout de son idée. Sa détermination, son courage et sa force mentale ont profondément marqué les membres du jury.

Son parcours rappelle que l’innovation n’est pas seulement une affaire de technologie ou de moyens. Elle est également une affaire de volonté, de persévérance et de confiance en ses propres capacités.

Yassin Houssein Ali aura ainsi incarné, à sa manière, l’un des enseignements les plus forts de cette compétition : une opportunité prend tout son sens lorsqu’elle est ouverte à tous et que chacun peut avoir la possibilité de révéler son potentiel.

Une génération à accompagner

Cette première édition s’achève, mais elle ouvre surtout une perspective. Les 126 candidatures reçues démontrent assez qu’il existe à Djibouti une jeunesse qui s’intéresse aux nouvelles technologies, qui imagine et qui veut entreprendre. L’enjeu consiste désormais à transformer cet enthousiasme en dynamique durable : accompagner les jeunes innovateurs, renforcer leurs compétences, favoriser l’expérimentation et leur permettre de faire évoluer leurs prototypes vers des solutions concrètes. À l’heure où l’intelligence artificielle transforme progressivement les économies, les métiers et les sociétés, investir dans ces talents revient aussi à préparer Djibouti aux mutations de demain.

Le premier Concours national de prototypage en intelligence artificielle aura désigné ses lauréats. Mais sa plus belle réussite est peut-être ailleurs : avoir montré qu’au sein de la jeunesse djiboutienne, les idées, les talents et l’envie d’innover sont déjà là. Il reste désormais à leur donner l’espace nécessaire pour grandir.