La République de Djibouti a accueilli hier mardi, à l’Ayla Grand Hôtel, la 74ᵉ session extraordinaire du Conseil des ministres de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD). Cette rencontre de haut niveau était consacrée aux enjeux de paix, de sécurité et de coopération dans la Corne de l’Afrique.

Cette réunion a permis aux États membres d’examiner l’évolution de la situation en matière de paix et de sécurité, d’évaluer les efforts régionaux en cours et de renforcer les approches collectives en faveur de la paix, de la stabilité et de la coopération dans l’ensemble de la région de l’IGAD.

Le Conseil a également examiné des questions institutionnelles, notamment celles relatives à la mise en œuvre et au renforcement du Traité de l’IGAD, afin de soutenir le mandat de l’Autorité et de l’adapter à l’évolution des priorités régionales.

À travers cette session, les États membres de l’IGAD ont réaffirmé leur détermination à œuvrer collectivement pour relever les défis auxquels la région est confrontée et promouvoir la paix, la stabilité et la prospérité des populations.

La rencontre a réuni les ministres des Affaires étrangères et les représentants désignés des États membres de l’IGAD, ainsi que le secrétaire exécutif de l’Autorité intergouvernementale pour le développement, Dr Workneh Gebeyehu. Étaient également présents l’ambassadeur Bankole Adeoye, commissaire de l’Union africaine aux Affaires politiques, à la Paix et à la Sécurité, l’Envoyé spécial du secrétaire général des Nations Unies pour la Corne de l’Afrique, M. Guang Cong, le représentant de l’Union européenne, M. Patrick Dupont, ainsi que les chefs de missions diplomatiques accréditées auprès de la République de Djibouti.

La cérémonie d’ouverture a été marquée par plusieurs allocutions. Dans son intervention, le secrétaire exécutif de l’IGAD, Dr Workneh Gebeyehu, a souligné que la région traverse une période particulièrement exigeante. Il a relevé que les conséquences des conflits qui se déroulent au-delà des frontières de la région se font désormais directement sentir sur les ports, les marchés alimentaires, l’approvisionnement en carburant et les budgets consacrés à l’aide humanitaire. Selon lui, près de 49 millions de personnes dans la région sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë, tandis que plus de 19 millions de personnes sont déplacées à l’intérieur de leur propre pays.

Il a particulièrement évoqué la situation au Soudan, qui demeure au cœur de l’une des crises les plus graves au monde, ainsi que les récentes évolutions autour de la mer Rouge. « Nous nous réunissons à une heure cruciale, et pas seulement en raison de ce qui se passe à l’intérieur de nos frontières. Des guerres qui se déroulent bien au-delà de notre région affectent désormais nos ports, nos stations-service, nos marchés céréaliers et nos budgets humanitaires. Près de quarante-neuf millions de nos concitoyens souffrent d’insécurité alimentaire aiguë et plus de dix-neuf millions sont déplacés à l’intérieur de leur propre pays », a-t-il déclaré.

De son côté, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, porte-parole du gouvernement, M. Abdoulkader Houssein Omar, dont Djibouti assure la présidence de l’IGAD, a salué le secrétaire exécutif de l’IGAD ainsi que les partenaires de l’Union africaine, des Nations unies et de l’Union européenne pour leur engagement constant en faveur de la région. Il a notamment souligné que cette session revêt une importance particulière pour la République de Djibouti.

« Notre pays est un État fondateur de l’IGAD et accueille aujourd’hui son Secrétariat. Cette responsabilité nous engage et Djibouti porte avec vous la mission hautement prioritaire de veiller à la cohésion au sein de notre institution et à son bon fonctionnement pour atteindre ses objectifs tels que définis dans la vision stratégique 2026-2030 de l’IGAD. Elle nous engage à faire de la République de Djibouti un espace de dialogue, de concertation et de coopération au service de notre région. Elle nous engage également à défendre une conviction simple : la paix dans la Corne de l’Afrique ne peut être construite que par la solidarité, le dialogue et l’action collective de nos États », a-t-il déclaré. L’ambassadeur Bankole Adeoye, commissaire de l’Union africaine aux Affaires politiques, à la Paix et à la Sécurité, a, pour sa part, mis en avant l’importance du partenariat de longue date entre l’Union africaine et l’IGAD. Il a souligné que les deux organisations partagent la responsabilité de veiller à ce que les réponses apportées aux défis régionaux soient proactives, coordonnées et complémentaires, tout en étant fermement fondées sur des solutions africaines aux problèmes africains. Le commissaire de l’Union africaine a également relevé que les menaces et les risques sécuritaires auxquels la région est confrontée sont à la fois nouveaux et de plus en plus interdépendants. Il a enfin rappelé que l’Union africaine est activement engagée dans la région de l’IGAD à travers la diplomatie préventive, la médiation, les opérations de soutien à la paix, sa présence sur le terrain ainsi que l’appui à la mise en œuvre des accords de paix. Pour sa part, l’Envoyé spécial des Nations unies pour la Corne de l’Afrique a souligné, dans son intervention, que la région se trouve à un moment critique, malgré son important potentiel humain, ses ressources naturelles, ses voies maritimes stratégiques et sa richesse culturelle. Il a relevé que la région reste confrontée à un ensemble complexe de défis en matière de paix, de sécurité et de géopolitique, susceptibles de fragiliser les acquis réalisés au cours des dernières décennies dans les domaines socio-économiques et du développement.

Dans ce contexte de fragmentation internationale, il a estimé que le partenariat entre les Nations unies et l’IGAD constitue non seulement un choix diplomatique, mais également une nécessité stratégique.

Enfin, le représentant de l’Union européenne a indiqué, dans son allocution, que cette réunion intervient dans un contexte marqué par des évolutions politiques, sécuritaires et humanitaires rapides dans la région. Il a souligné que les événements survenus dans un pays peuvent avoir des répercussions immédiates sur les autres États. Il a salué, au nom de l’Union européenne, la tenue de cette réunion ministérielle de l’IGAD, qu’il a qualifiée de particulièrement opportune.

Après les différentes allocutions officielles, les pays membres ont engagé des discussions franches, constructives et empreintes d’un esprit de responsabilité collective.

Ces échanges ont permis de rappeler une réalité essentielle : l’ampleur et la complexité des défis auxquels la région est confrontée nécessitent une réponse collective et coordonnée.

En clôturant les travaux de la 74ᵉ session extraordinaire du Conseil des ministres, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, porte-parole du gouvernement, M. Abdoulkader Houssein Omar, a remercié les pays membres de l’IGAD pour leur participation.

« Au terme de cette 74ᵉ session extraordinaire du Conseil des ministres de l’IGAD, permettez-moi, au nom de la République de Djibouti, de vous remercier pour votre participation et pour la qualité des échanges qui ont marqué nos travaux », a-t-il déclaré. Il a par ailleurs souligné que « les crises et les tensions qui affectent notre région, les situations humanitaires préoccupantes, les effets des changements climatiques, l’insécurité alimentaire et les déplacements de populations nous imposent de renforcer notre action collective et notre solidarité régionale. C’est précisément dans ces circonstances que l’IGAD doit pleinement jouer son rôle ».

SOUBER HASSAN