
Dans un discours aux accents visionnaires, le Président de la République, Ismail Omar Guelleh, a appelé Djibouti à prendre une place de premier plan dans la révolution de l’intelligence artificielle. Présentant l’IA comme un tournant historique comparable à l’avènement de l’électricité et d’Internet, le chef de l’État a défendu une stratégie fondée sur la souveraineté numérique, l’innovation et l’inclusion, avec l’ambition de faire de Djibouti, à l’horizon de la prochaine décennie, un pôle régional de l’innovation numérique dans la Corne de l’Afrique. Voici l’intégralité du discours du Président de la République.
« Il y a des moments, dans la vie d’une Nation, où l’Histoire accélère. L’invention de la machine à vapeur en a été un. L’électrification de nos villes et de nos foyers en a été un autre. L’avènement d’Internet, il y a une génération à peine, en a été un troisième. Aujourd’hui, mes chers compatriotes, nous vivons le quatrième de ces moments : celui de l’intelligence artificielle.
Comme l’électricité irrigua chaque foyer, chaque usine, chaque hôpital, l’intelligence artificielle irriguera chaque secteur de notre économie, chaque service de notre administration, chaque salle de classe de notre pays. Ce n’est pas une technologie parmi d’autres : c’est une infrastructure de l’esprit, une force qui redéfinit ce que peuvent produire les nations, les entreprises, et les femmes et les hommes qui les composent. Aucun pays, grand ou petit, ne pourra dire dans dix ans qu’il n’a pas eu à choisir son rapport à cette révolution.
« L’intelligence artificielle ne sera pas une option supplémentaire ajoutée à cette vision : elle en est l’accélérateur le plus puissant. »
Certains pourraient penser qu’une nation de moins d’un million d’habitants n’a pas sa place dans cette révolution. Je réponds, avec la conviction que me donnent l’histoire et la géographie de notre pays : c’est précisément parce que Djibouti est une petite nation stratégiquement placée qu’elle doit saisir cette opportunité en premier, et non en dernier. Djibouti a toujours su transformer sa géographie en destin : hier, carrefour des caravanes et des empires ; aujourd’hui, point de passage d’une part considérable du commerce maritime mondial ; demain, j’en suis convaincu, carrefour numérique de l’Afrique de l’Est. Ce que notre pays a su faire pour les câbles sous-marins et pour les conteneurs, il doit désormais le faire pour les données et pour les algorithmes.
La Vision Djibouti 2035 nous fixe un cap : celui d’une nation émergente, ouverte sur le monde, fondée sur le savoir et la connaissance. L’intelligence artificielle n’est pas une option supplémentaire ajoutée à cette vision : elle en est l’accélérateur le plus puissant. Elle peut comprimer en une décennie des transformations qui, hier encore, en exigeaient trois. Dans nos ports, dans nos écoles, dans nos hôpitaux, dans notre administration, elle peut faire gagner à notre jeunesse le temps que d’autres générations n’ont pas eu la chance de gagner.
« La souveraineté numérique n’est pas un slogan : c’est la condition même de notre liberté de choix dans le siècle qui vient. »
Mais je veux être clair devant vous : cette révolution, nous la voulons souveraine. Une intelligence artificielle pensée ailleurs, hébergée ailleurs, gouvernée par d’autres, ne servirait pas Djibouti — elle ferait de Djibouti un simple marché pour les technologies des autres. C’est pourquoi mon Gouvernement investit dans nos propres infrastructures numériques, dans nos propres compétences, dans nos propres données, dans notre propre capacité à décider, en toute indépendance, de la manière dont ces technologies serviront notre peuple. La souveraineté numérique n’est pas un slogan : c’est la condition même de notre liberté de choix dans le siècle qui vient.
L’intelligence artificielle est aussi une promesse économique considérable. Elle diversifiera une économie encore trop concentrée sur les seuls services logistiques et portuaires, en ouvrant de nouveaux secteurs à forte valeur ajoutée. Elle créera des emplois nouveaux — data scientists, ingénieurs, spécialistes de la cybersécurité, entrepreneurs technologiques — pour une jeunesse djiboutienne qui n’attend qu’une chose : que son pays lui fasse confiance et lui donne les outils de son ambition. Elle attirera des investisseurs qui cherchent, en Afrique de l’Est, une porte d’entrée fiable, connectée et stable. Et elle renforcera notre compétitivité régionale, à l’heure où chaque nation de la Corne de l’Afrique, et bien au-delà, cherche sa place dans cette nouvelle économie du savoir.
Mais — et j’insiste sur ce point, car il est au cœur de ma conviction la plus profonde — l’intelligence artificielle ne vaudra que ce que vaudront les valeurs qui la portent. Une intelligence artificielle qui ne profiterait qu’à quelques-uns, qui creuserait la fracture entre nos villes et nos campagnes, entre les hommes et les femmes, entre ceux qui parlent français et ceux qui parlent somali ou afar, ne serait pas une intelligence artificielle digne de Djibouti. Je veux une intelligence artificielle au service de l’humain, de la justice sociale, de l’inclusion de nos concitoyens en situation de handicap, de nos femmes, de nos régions de l’intérieur. C’est le sens profond de notre adhésion à la Recommandation de l’UNESCO sur l’éthique de l’intelligence artificielle, que notre pays a pleinement faite sienne, et qui doit demeurer la boussole de toutes nos décisions dans ce domaine.
Je veux que Djibouti devienne, dans la décennie qui vient, le pôle régional de l’innovation numérique de la Corne de l’Afrique — un lieu où les meilleurs talents de notre région viennent apprendre, chercher et entreprendre ; un lieu où se conçoivent et se testent, dans un cadre sûr, éthique et maîtrisé, les solutions d’intelligence artificielle qui serviront demain toute notre région et au-delà. Nous avons la position, nous avons la volonté ; il nous reste à avoir, ensemble, l’audace.
« Nous ne subirons pas cette révolution : nous la façonnerons, à notre image, selon nos valeurs, au service de notre peuple. »
Alors, à notre jeunesse, je m’adresse directement : ne craignez pas cette révolution, emparez-vous en. Chaque ligne de code que vous écrirez, chaque problème que vous résoudrez, sera une pierre de plus dans l’édifice de notre souveraineté numérique. Votre pays a besoin de vous, et il vous fait confiance.
À nos chercheurs et à notre Université : le monde entier commence déjà à saluer vos travaux. Je pense à ceux d’entre vous qui, dans une langue somalie trop longtemps oubliée du numérique mondial, ont été distingués lors d’une conférence scientifique internationale. Continuez : la Nation vous soutiendra, par le financement de la recherche, par des infrastructures dignes de votre talent, par la reconnaissance que vous méritez.
Au secteur privé djiboutien : la loi sur les startups que nous avons promulguée est faite pour vous. Osez investir, osez entreprendre, osez prendre des risques mesurés : la Nation vous accompagne, et le bac à sable réglementaire que nous avons créé vous offre l’espace pour expérimenter en toute sécurité.
Aux investisseurs internationaux qui nous écoutent : Djibouti vous offre la stabilité, la connectivité et l’ambition. Venez bâtir avec nous ce hub numérique régional dont l’Afrique de l’Est a besoin.
Aux partenaires internationaux — l’UNESCO, la CESAO, l’Union africaine, l’Union européenne, les Nations Unies et tous ceux qui nous accompagnent : votre confiance nous honore, et nous entendons continuer de marcher à vos côtés, dans le respect mutuel et l’exigence partagée d’une intelligence artificielle éthique et inclusive.
Et à notre diaspora, dispersée sur tous les continents: votre pays a besoin de votre savoir, de vos réseaux, de votre talent. Revenez, investissez, transmettez. Djibouti vous attend, et Djibouti vous appartient autant qu’à ceux qui n’ont jamais quitté son sol.
L’intelligence artificielle ne sera pas ce qui nous est imposé : elle sera ce que nous choisirons d’en faire. Nous ne subirons pas cette révolution : nous la façonnerons, à notre image, selon nos valeurs, au service de notre peuple. Comme nos pères ont fait de notre position un carrefour du monde, faisons ensemble de notre esprit un carrefour du savoir.
Vive la République,
Vive Djibouti,
Et que Dieu protège notre Nation. »











































