Le premier Forum national sur l’intelligence artificielle a donné la parole à des acteurs qui incarnent les différentes facettes de l’écosystème numérique : entrepreneurs, chercheurs, formateurs, opérateurs télécoms et partenaires technologiques. De Bouho AI à HOOM, de l’École 42 à Djibouti Telecom, les témoignages convergent vers une même ambition : faire de l’intelligence artificielle un outil concret de développement, d’inclusion et de souveraineté numérique.

Chaima Abdourahim Saïd Bouho AI : « Une intelligence artificielle accessible à tous »

Pour Chaima Abdourahim Saïd, Bouho AI porte l’ambition de rendre l’intelligence artificielle accessible aux populations de Djibouti et, plus largement, de la Corne de l’Afrique. Développée par un Djibouto-Canadien spécialisé en cybersécurité et en IA, la plateforme se distingue notamment par sa capacité à communiquer en français, anglais, somalien, arabe et afar.

Cette dimension linguistique constitue, selon elle, un enjeu majeur d’inclusion. L’objectif est de permettre aux populations éloignées de la capitale ou moins familiarisées avec les langues internationales d’interagir naturellement avec l’IA dans leur langue maternelle. Actuellement centrée sur l’IA conversationnelle, Bouho AI ambitionne d’évoluer vers des fonctionnalités multimodales, puis vers un robot assistant intelligent capable d’accompagner les citoyens dans les services publics, la santé, le commerce et l’accès à l’information administrative.

Après avoir obtenu plusieurs distinctions internationales, le projet cherche désormais des partenaires institutionnels, universitaires et financiers pour changer d’échelle et devenir une solution adaptée aux réalités de Djibouti et de la région.

Allale Hassan Robleh Sky Cleaning Services :

« L’IA au service de la sécurité et de l’efficacité »

Fondateur et CEO de Sky Cleaning Services, Allale Hassan Robleh présente une solution qui associe drones, intelligence artificielle et eau osmosée pour moderniser le nettoyage et la maintenance des infrastructures.

Les drones développés par l’entreprise peuvent atteindre des hauteurs importantes et effectuer des opérations à haute pression sur des bâtiments et des surfaces difficiles d’accès. L’intelligence artificielle permet notamment de relever les dimensions d’une structure et de programmer les opérations à effectuer, réduisant ainsi les interventions manuelles.

Pour l’entrepreneur, l’innovation représente également un enjeu de sécurité. En confiant aux drones certaines opérations en hauteur, il devient possible de réduire les risques auxquels sont exposés les travailleurs.

La démarche se veut également environnementale, notamment grâce au recours à l’eau osmosée et à une certification ISO 14001 du système de management environnemental.

Sky Cleaning Services entend ainsi proposer aux ministères, entreprises, hôtels, banques et propriétaires d’infrastructures une nouvelle approche de la maintenance, fondée sur la technologie et l’innovation locale.

Ilyas Aden Idriss École 42 Djibouti :

« Former les talents dont l’économie numérique aura besoin »

Pour Ilyas Aden Idriss, directeur de l’École 42 Djibouti, la transformation numérique passe d’abord par la formation d’une nouvelle génération de compétences. Financée par l’Union européenne et mise en œuvre par Expertise France, l’École 42 Djibouti prépare les jeunes aux métiers du numérique, notamment au développement informatique, à l’intelligence artificielle et à la conception de solutions innovantes.

Sa pédagogie repose sur la pratique, l’autonomie et la collaboration, sans enseignants traditionnels. Les étudiants travaillent sur des projets et développent des compétences proches de celles exigées dans le monde professionnel.

L’établissement entend répondre aux besoins actuels et futurs du marché du travail, alors que l’intelligence artificielle transforme rapidement les métiers et les compétences recherchées.

L’inclusion constitue également un axe important. L’école souhaite être accessible aux jeunes issus des différentes régions du pays et accorder une attention particulière aux personnes en situation de handicap.

À travers cette approche, l’École 42 Djibouti ambitionne de contribuer à la lutte contre le chômage des jeunes, au développement des compétences locales et à l’émergence de talents capables de porter l’innovation numérique.

Mahad Osman Abdi 

« Une IA djiboutienne pour une éducation plus équitable »

Pour Mahad Osman Abdi, cofondateur de HOOM, l’intelligence artificielle doit répondre directement aux besoins du système éducatif national. Conçue et développée par des Djiboutiens, l’application accompagne les élèves de la sixième à l’université, avec une première priorité accordée aux classes de terminale.

Plus de 4 500 élèves de terminale utilisent déjà la plateforme, soit environ 57 % des effectifs concernés. HOOM propose des cours, des annales, des exercices, des quiz et plusieurs solutions fondées sur l’IA.

L’objectif central est de réduire les inégalités entre les élèves de Djibouti-Ville et ceux des régions. L’application fonctionne même avec une connexion limitée et intègre notamment KékéBot, un assistant pédagogique adapté au programme scolaire djiboutien.

D’autres outils permettent d’analyser les performances des élèves, d’identifier leurs difficultés et de proposer des contenus adaptés à leur niveau.

Pour les concepteurs, l’enjeu dépasse la commercialisation d’une application : il s’agit de construire un outil utile à la société, accessible au plus grand nombre et capable de rendre l’éducation plus personnalisée et plus équitable.

Moustapha Mahamoud Haibeh :

« Les infrastructures sont le socle de l’IA »

Pour Moustapha Mahamoud Haibeh, De la Direction commerciale au service marketing, aucune stratégie d’intelligence artificielle ne peut réussir sans infrastructures numériques solides et réseaux de télécommunications performants.

L’opérateur souligne les atouts dont dispose déjà le pays, notamment sa connectivité internationale et ses câbles sous-marins, qui constituent une infrastructure essentielle pour accompagner la croissance des besoins en données et en services numériques.

Djibouti Telecom travaille également au développement de ses infrastructures, notamment à travers les centres de données et le déploiement progressif de la fibre optique. Cette dernière doit contribuer à offrir des connexions plus rapides et plus stables, adaptées aux nouveaux usages numériques. L’entreprise met également en avant ses services numériques, dont D-Money, dans le cadre de cette transformation. Partenaire et sponsor du premier Forum national sur l’IA, Djibouti Telecom entend ainsi confirmer son engagement aux côtés des acteurs publics et privés pour accompagner l’émergence d’un écosystème national de l’intelligence artificielle.

Arijit Kumar Roy  Eastern

Software Solutions India :

« Passer de la gestion des données à l’aide à la décision »

Représentant d’Eastern Software Solutions India, Arijit Kumar Roy voit dans le Forum national sur l’IA une occasion de partager une expérience acquise au fil de plusieurs décennies dans les technologies numériques.

Présente dans de nombreux pays africains, l’entreprise développe notamment des solutions ERP, mais aussi des technologies liées à la Business Intelligence, à la robotique et aux applications mobiles.

Depuis plusieurs années, l’intelligence artificielle est progressivement intégrée à ses solutions. L’objectif est désormais de dépasser la simple collecte et gestion des données pour permettre leur analyse intelligente, formuler des recommandations et accompagner les organisations dans leur prise de décision.

Cette évolution ouvre, selon lui, de nouvelles possibilités en matière d’automatisation et d’optimisation des processus.

La présence de l’entreprise à Djibouti répond également à une volonté d’explorer de nouvelles perspectives de coopération avec les entreprises technologiques locales. Arijit Kumar Roy souligne ainsi l’intérêt de développer des partenariats commerciaux et technologiques avec l’écosystème djiboutien.

Dr Houssein Ahmed Assoweh « Devenir un pays capable de gouverner et de maîtriser l’IA »

Directeur du CRMN de l’Université de Djibouti et auteur du Rapport RAM UNESCO sur l’état de préparation du pays à l’intelligence artificielle, Dr Houssein Ahmed Assoweh estime que Djibouti dispose déjà de plusieurs fondations pour accélérer sa préparation à l’IA.

Le rapport montre cependant que les initiatives existantes doivent être mieux intégrées dans un véritable système national de gouvernance et de développement de l’IA.

Pour le chercheur, la souveraineté technologique ne consiste pas seulement à utiliser des outils développés ailleurs. Elle suppose de disposer de compétences nationales, de données, d’infrastructures de calcul, de capacités de recherche, de financements et d’un cadre juridique et éthique adapté.

Il plaide notamment pour une loi-cadre nationale sur l’IA, des mécanismes d’évaluation de son impact, une architecture institutionnelle renforcée, ainsi que des investissements dans la formation, la recherche et l’innovation.

Son ambition est claire : faire de Djibouti non pas un simple consommateur de l’intelligence artificielle, mais un pays capable de la gouverner, de la comprendre, de développer ses propres solutions et de l’utiliser comme accélérateur du développement économique et humain.