
Le premier Forum national consacré à l’intelligence artificielle aura surtout permis de mesurer l’intérêt croissant suscité par cette technologie auprès des jeunes, des entrepreneurs, des étudiants et des professionnels djiboutiens. Au fil des échanges, une même conviction s’est dégagée : l’intelligence artificielle n’est plus une perspective lointaine, mais une réalité qui transforme déjà les métiers, l’éducation, l’entrepreneuriat et les services. Pour certains participants, le forum a été une découverte et une source d’inspiration ; pour d’autres, il a constitué une occasion de présenter des solutions conçues localement et de réfléchir aux conditions d’un développement maîtrisé de l’IA. De l’agriculture à la cybersécurité, en passant par l’éducation et les sciences des données, ces témoignages illustrent une volonté commune : comprendre les mutations en cours, développer les compétences nationales et faire de l’intelligence artificielle un levier au service du développement et de la souveraineté numérique.
Gouled Aden Daher
« Nous sommes entrés dans une nouvelle ère »

Jeune participant au forum, Gouled Aden Daher se dit particulièrement impressionné par la rapidité avec laquelle évolue l’intelligence artificielle. Pour lui, Djibouti ne peut rester en marge de cette transformation technologique. Les échanges avec des professionnels, chercheurs et intervenants venus de différents horizons lui ont permis de mieux mesurer l’étendue des possibilités offertes par l’IA. Passionné de littérature et autodidacte, il entend désormais approfondir ses connaissances dans ce domaine. Il s’intéresse notamment aux secteurs appelés à se développer en Afrique de l’Est, comme l’agriculture, la cybersécurité, la science des données et les technologies numériques. « Tout tourne de plus en plus autour de l’IA », estime-t-il, convaincu que l’encouragement des autorités constitue une opportunité pour la jeunesse. Pour lui, le véritable enjeu consiste désormais à apprendre, s’adapter et se préparer aux métiers de demain.
Rageh Abdi Rageh
« Faire de Djibouti un véritable hub numérique »

Vice-président du comité technique chargé des normes dans les domaines de l’énergie, de l’électronique et du numérique, Rageh Abdi Rageh salue la tenue de ce premier forum consacré à l’intelligence artificielle. Il voit dans la présence du Président de la République un signal fort de l’engagement des plus hautes autorités en faveur du développement de l’IA. Selon lui, cette mobilisation est essentielle pour accompagner les projets et initiatives dans ce secteur stratégique. Convaincu que Djibouti dispose d’atouts pour consolider sa position numérique, il souhaite mettre son expérience au service de cette dynamique, notamment à travers les travaux liés à la normalisation. Pour lui, le forum constitue « un véritable pas en avant » et ouvre des perspectives importantes pour le pays. Il formule le souhait de voir cette initiative se poursuivre et contribuer à faire de Djibouti un véritable hub numérique régional.
Abdourahman Djama Ali
« L’IA au service des éleveurs »

Jeune promoteur et porteur d’un projet d’élevage de chèvres métisses dans la région de Dikhil, AbdourahmanDjama Ali a trouvé dans l’intelligence artificielle un outil susceptible d’apporter des réponses concrètes aux difficultés rencontrées par les éleveurs. À l’issue de plusieurs formations, il a conçu « Gala Connect », une application destinée à faciliter l’accès à l’information sur l’élevage caprin. L’outil pourrait notamment contribuer à identifier certaines maladies à partir de photographies des animaux et à orienter les éleveurs vers des solutions adaptées. Pour ce jeune entrepreneur, l’IA ne doit pas être perçue comme une technologie réservée aux spécialistes : elle peut également répondre aux besoins des secteurs traditionnels. Sa participation au forum lui a permis d’échanger avec les experts et d’enrichir sa réflexion. Une expérience qui renforce sa volonté de transformer l’innovation technologique en solutions concrètes pour le monde rural.
Rahima Moustapha Aden
« L’intelligence artificielle intègre désormais notre quotidien »

Étudiante en troisième année de communication à l’Université de Djibouti, Rahima Moustapha Aden a choisi de participer au forum malgré une spécialisation éloignée de l’intelligence artificielle. Pour elle, il est essentiel de rester ouverte aux évolutions technologiques et de ne pas se limiter à son seul domaine d’études. Une démonstration robotique, notamment en langue somalie et avec la récitation du Coran, l’a particulièrement impressionnée. Elle y a vu le signe d’une évolution technologique déjà à l’œuvre dans le pays. La jeune étudiante utilise elle-même des outils d’IA pour ses études et ses recherches. Elle reconnaît toutefois que certaines possibilités de cette technologie peuvent être à la fois fascinantes et inquiétantes, notamment en matière de manipulation d’images. Au terme du forum, Rahima souhaite approfondir ses connaissances et estime que l’IA concerne désormais tous les secteurs et toutes les générations.
Yusra Aboubakar Hassan
« Comprendre où nous en sommes pour préparer la suite »

Ingénieure informatique spécialisée en intelligence artificielle et en sciences des données, YusraAboubakar Hassan retient surtout la diversité des applications présentées durant le forum et l’importance des questions de gouvernance. Elle a notamment découvert des solutions appliquées à l’éducation et au domaine juridique, dont un assistant permettant de centraliser l’information et de faciliter l’accès aux réponses. Pour elle, l’IA peut contribuer à améliorer plusieurs processus éducatifs et administratifs. La question de la gouvernance et de la souveraineté numérique lui paraît toutefois essentielle pour permettre au pays de développer des solutions adaptées à ses propres priorités. « L’objectif est de comprendre où le pays se situe aujourd’hui et quelles sont les prochaines étapes », explique-t-elle. Elle estime que les compétences locales doivent être pleinement associées à cette dynamique afin de concevoir des outils répondant aux réalités nationales.
Mohamed Hassan Isman et Omar Abdillahi Omar
« Une immense fierté pour la jeunesse djiboutienne »

Pour les cofondateurs de SafeInbox, Mohamed Hassan Isman et Omar Abdillahi Omar, la première place remportée lors du Forum national sur l’IA représente l’aboutissement de plusieurs mois de travail et de persévérance. Leur solution, propulsée par SafeAI, vise à renforcer la sécurité des messageries électroniques des administrations et des entreprises. Les deux entrepreneurs mettent particulièrement en avant son caractère souverain : le moteur d’intelligence artificielle a été conçu et entraîné à Djibouti et fonctionne localement, permettant aux données de rester dans le pays. La remise du prix directement par le Président de la République restera, selon eux, l’un des moments forts du forum. Leur participation aux différents panels leur a également permis de mieux appréhender les perspectives de la stratégie nationale en matière d’IA. Pour eux, cette distinction démontre surtout que la jeunesse djiboutienne peut concevoir des technologies de pointe au service de la cybersécurité et de la souveraineté numérique.
Propos recueillis par Zouhour Abdillahi











































