C’est une discipline olympique alliant performance physique, maîtrise de soi et rigueur, le Taekwondo connaît un développement progressif à Djibouti. À travers l’encadrement des jeunes pratiquants, la formation des entraîneurs, l’organisation de compétitions et le déploiement de la discipline dans les Centres de Développement Communautaire (CDC),la Fédération Djiboutienne de Taekwondo entend élargir davantage sa pratique à travers le pays. Dans un entretien accordé à La Nation, le Secrétaire général de la Fédération, M. Ayderouse Houssein, revient sur les avancées réalisées, les défis à relever et les ambitions de la discipline pour les prochaines années.

Pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs et nous dire ce qui vous a conduit à vous engager dans la promotion du Taekwondo à Djibouti ?

Depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours été fasciné par les arts martiaux. Il y a une dizaine d’années, nous avons introduit le Taekwondo à Djibouti aux côtés de compatriotes qui avaient appris cette discipline en Éthiopie. Mon engagement s’explique avant tout par les nombreux bienfaits que cette discipline apporte à la jeunesse. Le Taekwondo permet de canaliser la force et l’énergie des jeunes dans une direction positive, tout en favorisant leur développement physique, la maîtrise de soi et la confiance en soi. C’est une activité complète qui aide les enfants et les adolescents à grandir en bonne santé tout en leur transmettant de solides valeurs morales. Par ailleurs, c’est pour moi une véritable opportunité et un réel plaisir de travailler quotidiennement sous la direction de Mme Fardoussa Moussa Egueh, Présidente de la Fédération Djiboutienne de Taekwondo et Vice-présidente de la Fédération mondiale de Taekwondo, World Taekwondo. Sa vision et son leadership international apportent un élan précieux au développement de notre discipline. Je tiens d’ailleurs à la féliciter chaleureusement pour sa nomination à la tête du ministère de la Jeunesse et de la Culture.

Pour commencer, expliquez-nous-en quelques mots : qu’est-ce que le Taekwondo et quelles sont ses spécificités par rapport aux autres arts martiaux ?

Le Taekwondo est un art martial originaire de la République de Corée. Il se distingue notamment par l’utilisation de coups de pied acrobatiques et spectaculaires, ainsi que par la recherche permanente d’un équilibre entre le corps et l’esprit. Discipline olympique officielle depuis les Jeux de Sydney en 2000, le Taekwondo associe à la fois la tradition des arts martiaux et les exigences de la performance sportive moderne.

Comment la Fédération accompagne-t-elle concrètement les clubs locaux et les jeunes pratiquants dans leur progression ?

La Fédération accompagne les clubs dans le respect des normes internationales. Nous organisons régulièrement des stages animés par des experts internationaux au profit de nos entraîneurs, afin de renforcer et d’améliorer continuellement leurs compétences. Nous veillons également à l’évolution des pratiquants à travers l’organisation d’examens de passage de grades, supervisés par des experts homologués par le Kukkiwon, siège mondial du Taekwondo. L’ensemble de ce travail est mené en étroite collaboration avec le Secrétariat d’État chargé des Sports et le Comité national olympique et sportif djiboutien.

Existe-t-il des programmes spécifiques pour initier les enfants et encourager la participation des femmes dans cette discipline ?

Absolument. Conformément au protocole d’accord tripartite signé avec le ministère, nous déployons progressivement le Taekwondo au sein du réseau des Centres de Développement Communautaire. Ce dispositif nous permet d’initier un large public de jeunes à cette discipline. Pour les femmes et les jeunes filles, nous avons également mis en place des programmes spécifiques axés sur l’autodéfense et la pratique sportive. Ces initiatives visent à favoriser leur autonomisation, à renforcer leur sécurité et à prévenir l’oisiveté.

Quelles sont vos priorités en matière de compétitions locales et internationales ?

Au niveau national, nous poursuivons la mise en œuvre de la Réforme nationale des grades Poom/Dan sous la conduite de l’expert international Maître Kim Do Jin. Parallèlement, nous finalisons notre calendrier fédéral pour la période 2026-2029, qui s’articule autour de plusieurs axes majeurs : l’organisation régulière du Championnat national, le déploiement de tournois inter-CDC ainsi que la réalisation de démonstrations promotionnelles au sein des établissements scolaires. Sur le plan international, notre priorité est de renforcer la compétitivité de nos athlètes d’élite, notamment en leur permettant de participer à des camps d’entraînement intensifs en République de Corée, au sein des centres de haut niveau de Yeongcheon et Jincheon.

Comment préparez-vous les athlètes djiboutiens à représenter le pays sur la scène africaine et mondiale ?

La préparation de nos athlètes repose sur un partenariat solide. Grâce au soutien conjoint du ministère, du CNOSD et de la coopération internationale, nous sommes en mesure de leur offrir un encadrement technique de très haut niveau. L’appui du CNOSD est également déterminant. À travers l’octroi de bourses continentales, il permet à nos meilleurs athlètes d’évoluer et de s’entraîner dans des conditions financières, matérielles et sportives plus favorables. Par ailleurs, nous procédons progressivement à l’acquisition de matériel d’arbitrage électronique réglementaire afin de placer nos athlètes dans des conditions aussi proches que possible de celles des compétitions internationales.

En quoi le Taekwondo contribue-t-il, selon vous, à l’éducation, à la discipline et à l’inclusion sociale des jeunes ?

Le Taekwondo véhicule des valeurs fondamentales telles que l’humilité, le respect, la maîtrise de soi et la persévérance. C’est également un puissant outil d’inclusion sociale. En canalisant l’énergie de la jeunesse vers la recherche de l’excellence, cette discipline contribue à prévenir la délinquance et offre aux jeunes un cadre structuré et protecteur qui peut avoir des effets positifs sur leur vie quotidienne et leur parcours scolaire.

L’exemple le plus parlant nous vient directement des familles. Des parents nous rapportent régulièrement que certains enfants, parfois très agités à la maison, changent progressivement d’attitude après quelques mois de pratique. C’est une preuve concrète que la discipline et la pédagogie transmises à travers le Taekwondo peuvent porter leurs fruits dès le plus jeune âge.

Comment la Fédération met-elle en valeur les réussites des athlètes djiboutiens qui brillent à l’étranger ?

Nous valorisons les performances de nos athlètes à travers nos canaux de communication officiels, l’affichage institutionnel portant notamment le logo du Kukkiwon et de la Fédération Djiboutienne de Taekwondo, ainsi que par la réalisation de reportages médiatiques.

Célébrer nos champions, en concertation avec le ministère, permet de susciter de nouvelles vocations et de faire de ces athlètes des modèles pour la jeunesse.

Jusqu’à présent, nos athlètes ont enregistré des résultats encourageants au niveau régional. Lors d’une compétition organisée à Addis-Abeba avec l’appui de l’ambassade de Corée, Mlle Hibo Mohamed Nour a notamment décroché une médaille de bronze.

Quels sont, selon vous, les principaux obstacles au développement du Taekwondo aujourd’hui dans notre pays ?

Le principal défi reste l’accès aux équipements homologués ainsi qu’aux infrastructures adaptées à la pratique de cette discipline. Grâce aux engagements des autorités ministérielles, nous espérons désormais bénéficier davantage de créneaux gratuits au sein de la salle polyvalente du Stade Hassan Gouled, ainsi que d’un meilleur accès aux installations publiques dans les régions de l’intérieur.

Cela permettra de structurer durablement la pratique du Taekwondo sur l’ensemble du territoire national.

Djibouti connaît des conditions climatiques particulières, notamment la chaleur estivale. Comment la Fédération s’adapte-t-elle pour garantir des entraînements sûrs et efficaces ?

Nous adaptons le rythme des entraînements aux conditions climatiques en privilégiant les séances organisées tôt le matin ou en fin de journée. Cette période est également marquée par un regain d’intérêt pour la discipline, puisque nos différents clubs accueillent de nombreux jeunes souhaitant s’inscrire et découvrir le Taekwondo.

Par ailleurs, les périodes estivales de forte chaleur sont mises à profit pour permettre à nos athlètes d’élite de participer à des stages de haut niveau à l’étranger, notamment en République de Corée. Cela leur permet de poursuivre une préparation intensive dans des conditions climatiques plus favorables.

Enfin, quelles sont vos grandes ambitions pour le Taekwondo djiboutien dans les cinq prochaines années ?

En conformité avec la Politique nationale des sports, nos objectifs stratégiques reposent sur quatre piliers majeurs.

Le premier concerne la décentralisation et la massification de la discipline, avec l’ambition d’implanter durablement le Taekwondo dans l’ensemble des régions de l’intérieur à travers le réseau des Centres de Développement Communautaire.

Le deuxième axe porte sur le développement quantitatif et qualitatif. Nous souhaitons atteindre le cap de 2 000 pratiquants, tout en garantissant un encadrement de qualité, avec l’objectif de compter 20 % de détenteurs de la ceinture noire, correspondant aux grades Dan et Poom.

Le troisième pilier concerne la structuration technique de la discipline, notamment à travers la finalisation et la pérennisation de la Réforme nationale des grades Poom/Dan sous supervision internationale.

Enfin, notre quatrième ambition est de renforcer l’excellence sportive et le rayonnement du Taekwondo djiboutien, en qualifiant nos meilleurs athlètes aux compétitions régionales et africaines et en visant l’obtention de médailles.

Quel message souhaitez-vous adresser à la jeunesse et aux passionnés de sport à travers cette discipline ?

J’invite tous les jeunes et les passionnés de sport à oser franchir les portes du dojang, ce lieu d’entraînement dédié à la pratique du Taekwondo. Le Taekwondo n’est pas uniquement un sport de combat. C’est une véritable école de la vie qui forge à la fois le corps, le mental et le caractère. Cette discipline apporte la rigueur, la discipline et la confiance nécessaires pour poursuivre ses ambitions personnelles et relever les défis de la vie.

À travers le Taekwondo, chacun peut apprendre à se dépasser, à croire en ses capacités et, un jour peut-être, à porter haut les couleurs de notre chère patrie, Djibouti.

Propos recueillis ar Souber Hassan