
Pendant plus de vingt-deux ans, Yonis Farah Abdillahi a vécu avec une maladie rénale héréditaire qui a progressivement bouleversé son existence. Juriste au Cabinet du ministre de l’Intérieur et expert national de la décentralisation et de la société civile, il livre un témoignage poignant sur son combat contre la polykystose rénale, sa transplantation en Égypte et la nouvelle vie qui s’est ouverte à lui. Au-delà de son parcours personnel, il rend hommage à la solidarité qui l’a accompagné et à la politique d’évacuation sanitaire qui offre aujourd’hui une seconde chance à de nombreux patients djiboutiens.
Je m’appelle Yonis Farah Abdillahi. Juriste au Cabinet du ministre de l’Intérieur depuis 2006, j’exerce aujourd’hui les fonctions d’expert national de la décentralisation et de la société civile. Si mon parcours professionnel est connu, peu de personnes savent que, pendant plus de vingt-deux ans, j’ai mené un combat silencieux contre une maladie rénale héréditaire : la polykystose rénale.
Diagnostiquée alors que j’étais étudiant, cette maladie semblait d’abord compatible avec une vie normale. Mais, à partir de 2003, mon quotidien est devenu une succession de consultations, de traitements et d’incertitudes. Malgré la fatigue et les douleurs, j’ai continué à exercer mes responsabilités avec détermination, dissimulant une souffrance que peu de personnes pouvaient imaginer.
La polykystose évolue lentement mais inexorablement. Elle épuise le corps et nourrit l’angoisse de voir les reins cesser de fonctionner. Début 2025, mon état s’est brusquement aggravé. Les douleurs étaient devenues insupportables et je ne pouvais plus assurer pleinement mon travail. Une seule solution restait possible : la transplantation rénale.
Cette perspective était lourde de craintes, mais lorsqu’il s’agit de sauver sa vie, chaque décision prend une autre dimension. J’ai sollicité une évacuation sanitaire vers l’Égypte, où des équipes spécialisées pouvaient réaliser cette intervention.
Une seconde chance
Mon évacuation a été rendue possible grâce à la politique nationale de prise en charge des pathologies complexes. Je considère aujourd’hui que ce dispositif représente bien plus qu’un simple mécanisme administratif : il est une véritable passerelle entre la maladie et l’espoir. Le 29 novembre 2025, j’ai subi une transplantation rénale. Comme tout patient avant une opération aussi importante, j’ai ressenti de la peur en pensant à ma famille et à l’avenir. Je me suis confié à Dieu avec confiance.
Par Sa grâce, l’intervention s’est parfaitement déroulée.
À mon réveil, j’ai compris que ma vie venait de recommencer. Retrouver progressivement des forces après tant d’années de souffrance est une expérience indescriptible. Chaque journée est devenue une victoire et chaque progrès un cadeau.
Durant mon séjour en Égypte, j’ai également découvert une formidable chaîne de solidarité entre les patients djiboutiens. À l’Hôpital Salam International, je croisais chaque jour des compatriotes venus suivre des traitements contre le cancer ou d’autres maladies graves. Malgré les épreuves, chacun trouvait la force d’encourager les autres.
J’ai aussi été marqué par le travail des représentants de la Caisse nationale de sécurité sociale, qui assuraient le suivi administratif et médical des patients. Leur présence apportait un soutien précieux à des personnes souvent éloignées de leurs familles pendant plusieurs mois.
Je tiens à exprimer ma profonde gratitude au Président de la République pour avoir fait de cette politique d’évacuation sanitaire une priorité nationale, ainsi qu’à la Directrice générale de la CNSS, dont l’engagement permet à cette politique de se traduire concrètement sur le terrain.
Une vie transformée
Je n’ai jamais affronté cette épreuve seul. Ma famille, mes amis, mes collègues et plusieurs responsables m’ont constamment soutenu par leurs appels, leurs visites et leurs prières. Leur présence m’a donné la force de continuer lorsque les moments devenaient difficiles.
J’adresse mes sincères remerciements à Son Excellence Saïd Nouh Hassan, ancien ministre de l’Intérieur et actuel ministre des Transports, à Saïd Daoud Mohamed, maire de la Ville de Djibouti, ainsi qu’à Farhan Moussa Houssein, Mohamed Abdi Farah, Saadia Abdillahi Said, Souad Houssein, Badria Zakariat Cheik Ibrahim et à l’ensemble du personnel du Cabinet du ministre de l’Intérieur.
Cette épreuve m’a profondément transformé. La maladie m’a appris la patience, la souffrance l’humilité et la transplantation la valeur inestimable de l’espoir.
Je suis convaincu que Djibouti poursuit des progrès importants dans le domaine de la santé. Le renforcement des infrastructures nationales est indispensable, mais tant que certaines interventions hautement spécialisées ne pourront être réalisées dans le pays, il est essentiel de maintenir les évacuations sanitaires vers des centres d’excellence. Les deux approches sont complémentaires et doivent continuer à sauver des vies.
Si j’ai accepté de raconter mon histoire aujourd’hui, ce n’est pas seulement pour témoigner de mon parcours. Je souhaite surtout adresser un message à toutes les personnes qui luttent contre une maladie grave : ne perdez jamais espoir. Même lorsque la souffrance semble interminable, il existe toujours une possibilité de renaître. Après vingt-deux années de combat, je regarde désormais l’avenir avec sérénité et une immense gratitude envers Dieu, ma famille, tous ceux qui m’ont soutenu et les professionnels de santé qui ont contribué à me sauver. Cette transplantation ne m’a pas seulement offert un nouveau rein. Elle m’a offert une nouvelle vie.








































