Face aux informations relayées ces dernières semaines sur plusieurs cas de hantavirus signalés à travers le monde, Dr Maad Nasser Mohamed apporte des éclairages sur cette maladie virale rare mais potentiellement grave. Dans un entretien qu’il a accordé au journal La Nation, le directeur général de l’Institut National de Santé Publique de Djibouti revient sur l’origine du hantavirus, ses modes de transmission, les symptômes à surveiller ainsi que les mesures de prévention recommandées. Il rassure également la population en confirmant qu’aucun cas n’a été enregistré à Djibouti, tout en soulignant l’importance de la vigilance sanitaire et du respect des règles d’hygiène.

La Nation : Dr Maad Nasser Mohamed, Avant d’aborder la situation actuelle, pouvez-vous revenir sur l’origine et l’évolution du hantavirus dans le monde?

Dr Maad Nasser Mohamed  : Le hantavirus a été découvert pour la première fois durant la guerre de Corée dans les années 1950, après l’apparition de nombreux cas de fièvre hémorragique chez des soldats. Son nom provient de la rivière Hantan, située en Corée du Sud.

Au fil des années, plusieurs variantes du virus ont été identifiées dans différentes régions, notamment en Asie, en Europe et sur le continent américain. En 1993, une importante flambée de syndrome pulmonaire à hantavirus aux États-Unis a fortement attiré l’attention de la communauté internationale sur cette maladie. Depuis cette période, des cas sont régulièrement signalés dans plusieurs pays, généralement à la suite d’un contact avec des rongeurs sauvages infectés. Aux États-Unis, près de 890 cas ont été recensés entre 1993 et la fin de l’année 2023, la majorité correspondant à des formes pulmonaires sévères. En Argentine, au début de l’année 2026, environ 32 cas confirmés et 8 décès ont été enregistrés dans certaines provinces du sud et du nord du pays.

On entend de plus en plus parler du hantavirus dans les médias internationaux ; pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste réellement cette maladie et quels sont ses principaux risques pour la santé publique ?

Le hantavirus est un virus principalement transmis à l’être humain par certains rongeurs sauvages infectés. Il appartient à la famille des Hantaviridae et peut provoquer des maladies graves, notamment des atteintes respiratoires sévères appelées syndrome pulmonaire à hantavirus, ainsi que des formes rénales appelées fièvre hémorragique avec syndrome rénal. Même si cette maladie reste relativement rare, elle nécessite une vigilance particulière en raison de sa gravité potentielle.

Quels sont les principaux moyens par lesquels le hantavirus peut se transmettre à l’être humain ?

La transmission se fait principalement par inhalation de poussières contaminées par les urines, les excréments ou la salive de rongeurs infectés. Une personne peut également être contaminée en manipulant des objets souillés ou en portant des mains contaminées au nez, à la bouche ou aux yeux. Dans certaines situations très particulières, notamment avec le virus Andes identifié en Amérique du Sud, une transmission interhumaine limitée peut survenir lors de contacts étroits et prolongés.

Quels sont les symptômes qui devraient alerter la population et inciter à consulter rapidement un médecin ?

Les premiers symptômes ressemblent souvent à ceux d’une grippe : fièvre, fatigue importante, douleurs musculaires et maux de tête. Ensuite peuvent apparaître des nausées, des vomissements, une toux sèche et surtout des difficultés respiratoires qui peuvent rapidement devenir sévères. La période d’incubation varie généralement entre une et huit semaines, le plus souvent entre deux et quatre semaines.

Quelle est la situation actuelle du hantavirus dans le monde et comment évolue cette maladie à l’échelle internationale?

Actuellement, les autorités sanitaires internationales suivent avec attention plusieurs cas signalés dans différents pays. En mai 2026, l’Organisation mondiale de la Santé a confirmé plusieurs cas liés à une flambée d’Andes hantavirus associée au navire de croisière MV Hondius. Les cas ont concerné notamment les Pays-Bas, l’Allemagne, le Royaume Uni, la France, l’Espagne, les États Unis, l’Afrique du Sud et la Suisse. Par ailleurs, des cas continuent d’être rapportés dans certaines régions d’Amérique, particulièrement en Argentine.

Existe-t-il des cas de hantavirus actuellement signalé sur le territoire djiboutien ?

À ce jour, aucun cas de hantavirus n’a été signalé à Djibouti. Cependant, l’Institut National de Santé Publique reste mobilisé dans le cadre de la surveillance épidémiologique et du renforcement des capacités de préparation et de réponse aux urgences sanitaires.

L’INSPD assure actuellement une surveillance maximale au niveau terrestre, maritime, aérien et ferroviaire. Les personnels de l’INSPD sont présents dans l’ensemble des points d’entrée du pays afin  d’assurer la veille sanitaire, la détection précoce et la protection de la population contre les risques  sanitaires internationaux. L’INSPD assure également l’alerte, la réponse ainsi que le retour à la normale en cas d’épidémie ou de pandémie, en coordination avec les autorités sanitaires nationales et les partenaires concernés.

Quelles sont actuellement les principales mesures de prévention contre le hantavirus et que recommandez-vous à la population ?

La prévention repose essentiellement sur la lutte contre les rongeurs et le respect des mesures d’hygiène. Nous recommandons :

– d’éviter l’intrusion des rongeurs dans les

habitations;

– de maintenir les lieux propres ;

– d’utiliser des gants et des masques lors du nettoyage des zones à risque ;

– de laver les mains avant et après

  chaque activité de nettoyage ;

– d’éviter tout contact direct avec les rongeurs

 morts ou vivants.

Ces gestes simples permettent de réduire considérablement le risque d’exposition.

Existe-t-il un traitement ou un vaccin contre le hantavirus ?

À l’heure actuelle, il n’existe pas de vaccin homologué pour les hantavirus humains. La prise en charge repose principalement sur un diagnostic précoce et des soins de soutien adaptés. Plus la maladie est détectée rapidement, meilleures sont les chances de récupération.

Quel message souhaitez-vous adresser à la population djiboutienne ?

Je souhaite rassurer la population : aucun cas n’a été enregistré dans notre pays. Néanmoins, dans un contexte mondial marqué par l’émergence régulière de nouvelles menaces sanitaires, la vigilance collective reste essentielle. L’INSPD poursuit son travail de surveillance, de préparation et de sensibilisation afin de protéger la santé de la population djiboutienne. La prévention, l’information et l’adoption des bonnes pratiques d’hygiène demeurent nos meilleurs moyens de protection.

Propos recueillis par SOUBER HASSAN