« Le sport doit devenir un instrument de transformation nationale » Abdourahman Mohamed Osman

Pour apprendre un peu plus sur l’IFM-Sport, une institution de formation du genre nouveau à Djibouti, son président de Abdourahman Mohamed Osman, nous a accordé cette interview à travers laquelle, il revient sur la genèse de cette initiative née d’une réflexion approfondie sur les défis structurels du sport national. Entre formation, professionnalisation, encadrement de la jeunesse et valorisation du sport comme véritable levier de développement économique et social, il expose une vision ambitieuse portée par la volonté de transformer durablement l’écosystème sportif djiboutien. 

La Nation : D’où vient l’idée de créer IFM-Sport Djibouti ?

Abdourahman Mohamed Osman : L’idée de créer IFM-Sport Djibouti ne relève ni d’une improvisation ni d’une ambition isolée. Elle est le fruit d’un processus long, structuré et profondément ancré dans une expérience de terrain. En évoluant au sein du système sportif national, notamment à la Fédération Djiboutienne de Football, j’ai été confronté à des réalités qui ont progressivement façonné ma réflexion. J’ai observé des jeunes talentueux, porteurs d’un potentiel réel, abandonner leur parcours faute d’encadrement adéquat. J’ai constaté des structures fonctionnant sans vision stratégique claire, où les initiatives, bien que souvent pertinentes, restaient isolées et sans continuité. Ce manque de cohérence globale limite fortement l’impact des efforts déployés. Cependant, il est essentiel de souligner que cette prise de conscience ne s’est pas faite dans un vide institutionnel. Bien au contraire. Elle s’est construite dans un environnement où la réflexion, l’initiative et la responsabilité étaient encouragées.

Le Président de la Fédération, Souleiman Hassan Waberi, m’a toujours soutenu et encouragé à aller au-delà du simple constat. Il a joué un rôle déterminant en stimulant une réflexion orientée vers des solutions concrètes. Son approche, axée sur la modernisation et la structuration du football, a contribué à créer un cadre propice à l’émergence d’initiatives comme IFM-Sport.

C’est dans cette dynamique que l’idée a pris forme. IFM-Sport n’est pas seulement une réponse à un problème identifié, c’est aussi le résultat d’un environnement qui valorise l’engagement et la transformation. À un moment donné, il devient nécessaire de passer de l’analyse à l’action. IFM-Sport incarne ce passage.

Quelles sont vos motivations profondes ?

AMO : Mes motivations s’inscrivent dans une double dimension : personnelle et collective.

Sur le plan personnel, j’ai toujours été animé par une volonté de comprendre les systèmes et d’identifier les leviers d’amélioration. Cette approche m’a conduit à analyser en profondeur le fonctionnement du sport dans notre pays, mais aussi à m’interroger sur les conditions nécessaires à sa transformation. Cependant, cette démarche a été renforcée par la confiance et les encouragements reçus dans le cadre institutionnel. Le soutien constant du Président Souleiman Hassan Waberi a été un élément déterminant. Il a su valoriser une approche basée sur la réflexion stratégique et la construction, plutôt que sur la critique.

 Au-delà de l’aspect personnel, il y a une conviction forte : Djibouti dispose d’un potentiel humain considérable. Ce potentiel est visible dans la jeunesse, dans son énergie, sa créativité et sa capacité d’adaptation. Pourtant, ce potentiel reste insuffisamment exploité. Le problème n’est pas le manque de talent, mais le manque de structuration. Ma motivation est donc de contribuer à créer un cadre capable de révéler et de développer ce potentiel.

Je ne suis pas dans une logique d’opposition ou de critique. Je suis dans une logique de continuité et de contribution. L’objectif est de transformer une réalité, en s’appuyant sur les bases existantes et en les renforçant.

Comment comptez-vous partager cette vision avec vos compatriotes ?

Partager une vision est un processus qui demande du temps, de la pédagogie et de la cohérence. Une vision ne peut pas être imposée. Elle doit être expliquée, démontrée et progressivement adoptée.

La première étape est donc la pédagogie. Il est essentiel d’expliquer que le sport ne se limite pas à une activité de loisir. Il doit être compris comme un levier stratégique, capable de générer de la valeur économique, sociale et éducative. Dans ce processus, le fait d’avoir évolué dans un environnement institutionnel structuré joue un rôle clé. L’expérience acquise au sein de la Fédération Djiboutienne de Football, sous l’impulsion de son Président, permet aujourd’hui de porter un discours crédible et cohérent. Ensuite, il y a l’exemple. Une vision devient tangible lorsqu’elle produit des résultats concrets. IFM-Sport a vocation à être une démonstration pratique qu’une approche structurée et professionnelle du sport est possible.

Enfin, il y a la dimension collective. La transformation du sport ne peut pas être le fait d’un seul acteur. Elle nécessite l’implication de tous : institutions, éducateurs, clubs, partenaires et jeunes. C’est dans cette dynamique collective, soutenue par une vision institutionnelle forte, que le changement peut réellement s’opérer.

Quels résultats espérez-vous atteindre ?

Nos objectifs s’inscrivent dans une perspective à moyen et long terme, avec une approche structurée et progressive.

Le premier objectif est la structuration du secteur sportif. Cela implique la mise en place de cadres organisationnels clairs, de méthodes de travail cohérentes et de mécanismes de suivi efficaces.

Le deuxième objectif est la formation. Il est indispensable de former des cadres compétents, capables de comprendre les enjeux du sport moderne et d’y répondre de manière adaptée. Cela inclut des profils techniques, mais aussi des gestionnaires et des décideurs.

Nous souhaitons également créer des opportunités professionnelles. Le sport doit être reconnu comme un secteur économique à part entière, capable de générer de l’emploi et de la valeur.

Enfin, nous visons une amélioration globale des performances sportives nationales. Mais cette performance doit être le résultat d’un système structuré, et non une finalité isolée. Il est important de souligner que ces objectifs s’inscrivent dans une continuité. Ils ne sont pas en rupture avec les orientations existantes, mais viennent les compléter et les renforcer. Le soutien et la vision portés par les instances dirigeantes, notamment par Souleiman Hassan Waberi, ont contribué à créer un environnement favorable à l’émergence de ce type d’initiative.

Comment faire évoluer la perception du sport ?

Faire évoluer la perception du sport est un enjeu majeur, qui dépasse le simple cadre sportif. Aujourd’hui, à l’échelle mondiale, le sport est une industrie structurée, génératrice de richesse et d’influence. Il constitue un outil de développement économique, un vecteur de cohésion sociale et un instrument de rayonnement international.

À Djibouti, cette réalité est encore insuffisamment intégrée. Le sport est souvent perçu comme un divertissement, alors qu’il peut jouer un rôle stratégique dans le développement du pays. Pour changer cette perception, il faut agir à deux niveaux.

D’une part, le discours : il est nécessaire de redéfinir la place du sport dans la société. D’autre part, les pratiques : il faut professionnaliser les structures et améliorer l’encadrement. Cette évolution doit être portée à la fois par les acteurs de terrain et par les institutions. Le rôle des dirigeants est essentiel dans ce processus, notamment pour impulser une vision claire et cohérente.

Quel rôle le sport peut-il jouer dans l’orientation de la jeunesse ?

Le sport peut jouer un rôle déterminant dans l’orientation de la jeunesse. Il constitue un espace d’apprentissage unique, où les jeunes développent des compétences essentielles telles que la discipline, la rigueur, la persévérance et le respect. Ces valeurs sont transférables dans tous les domaines de la vie. Cependant, pour que cet impact soit réel, il est indispensable de disposer d’un encadrement de qualité. Sans structure, le sport peut perdre sa dimension éducative. Avec une organisation adaptée, il devient un véritable outil de formation et d’orientation.

Le sport peut aider les jeunes à se structurer, à se fixer des objectifs et à construire une vision de leur avenir. Il peut également ouvrir des perspectives professionnelles, au-delà de la pratique sportive elle-même.

Qu’est-ce qui distingue IFM-Sport ?

Ce qui distingue IFM-Sport, c’est son approche globale et intégrée. Nous ne nous limitons pas à la pratique sportive. Nous travaillons sur l’ensemble de l’écosystème, en prenant en compte les dimensions techniques, organisationnelles et stratégiques. Notre objectif est de former des profils capables de penser, d’organiser, de diriger et de transformer. Nous voulons créer une nouvelle génération d’acteurs du sport, capables d’intervenir à différents niveaux. Cette approche s’inscrit dans une logique de complémentarité avec les institutions existantes. IFM-Sport n’est pas une structure isolée, mais un outil au service du développement global du sport national.

Quelle place accordez-vous à l’international ?

L’international occupe une place centrale dans notre stratégie. Le sport est un domaine globalisé, avec des standards internationaux. Pour être compétitifs, nous devons nous aligner sur ces standards, tout en tenant compte de nos spécificités. Cela passe par des partenariats, des échanges et une ouverture constante vers l’extérieur. L’objectif est d’apprendre, d’adapter et d’innover. Cette ouverture est également essentielle pour renforcer la crédibilité du sport djiboutien et offrir de nouvelles opportunités à nos talents.

Le sport peut-il contribuer à la cohésion sociale ?

Oui, de manière significative. Le sport est un facteur de rassemblement. Il crée du lien, favorise le dialogue et contribue au vivre-ensemble. Il permet de dépasser les différences sociales, culturelles et économiques. Cependant, cet impact dépend de la qualité de l’encadrement. Un sport bien structuré peut devenir un véritable outil d’harmonie sociale.

Quel message final souhaitez-vous transmettre ?

Le message que je souhaite transmettre est simple : le changement est possible, mais il nécessite une vision, une méthode et une persévérance constante. IFM-Sport Djibouti est le résultat d’un engagement personnel, mais aussi d’un environnement qui a su encourager l’initiative et la réflexion. Je tiens à souligner que le soutien du Président de la Fédération Djiboutienne de Football, Souleiman Hassan Waberi, a été déterminant dans la concrétisation de ce projet. Son encouragement constant à promouvoir une dynamique de structuration et de stimulation de l’écosystème sportif a joué un rôle clé.

 C’est grâce à cette confiance et à cette vision partagée que nous avons pu poser les bases d’IFM-Sport. Notre ambition est claire : contribuer à bâtir un système sportif solide, capable de servir la jeunesse et de participer au développement du pays. Le sport doit devenir un instrument de progrès, de discipline et d’excellence.