Face à la multiplication des menaces sanitaires et aux leçons tirées des crises récentes, Djibouti franchit une nouvelle étape dans le renforcement de son système de santé. Sous l’impulsion du ministre de la Santé, Dr Ahmed Robleh Abdilleh, un atelier stratégique dédié à la mise en place du Centre des opérations d’urgence de santé publique (COUSP) réunit, du 3 au 7 mai, des cadres nationaux et des partenaires internationaux. L’objectif étant de bâtir une capacité nationale de coordination rapide, efficace et fondée sur des données probantes pour mieux protéger les populations.

Dans un contexte mondial marqué par la recrudescence des crises sanitaires, Djibouti affirme sa volonté de renforcer durablement ses mécanismes de prévention et de riposte. C’est dans cette dynamique que le ministre de la Santé, Dr Ahmed Robleh Abdilleh, a présidé, hier, la cérémonie d’ouverture d’un atelier de renforcement des capacités consacré à la mise en place du Centre des opérations d’urgence de santé publique (COUSP), une structure appelée à devenir le pilier de la gestion des crises sanitaires dans le pays.

Organisé en partenariat avec Africa CDC et Organisation mondiale de la santé, cet atelier de cinq jours réunit une quarantaine de cadres nationaux issus de divers secteurs stratégiques. Médecins, responsables administratifs, logisticiens, experts en surveillance épidémiologique ou encore représentants des forces de sécurité participent à cette formation intensive visant à développer des compétences opérationnelles essentielles.

Il s’agit là de doter Djibouti d’un centre pleinement fonctionnel, capable d’anticiper, de détecter et de répondre efficacement aux urgences de santé publique. Le COUSP se présente en effet comme une plateforme stratégique de coordination où convergent les informations, les analyses et les décisions. Il permet, en temps réel, de mobiliser les ressources humaines et matérielles, d’assurer une communication fluide entre les différents acteurs et de garantir une prise de décision rapide et éclairée.

Une réponse structurée aux défis sanitaires

La mise en place du COUSP s’inscrit dans le cadre du renforcement du système national de préparation et de riposte aux urgences sanitaires, conformément aux exigences du Règlement sanitaire international. Ce dispositif international impose aux États de développer des capacités minimales pour faire face aux menaces sanitaires susceptibles de franchir les frontières. Lors de la cérémonie d’ouverture, plusieurs personnalités de premier plan ont répondu présentes, parmi lesquelles le représentant adjoint de l’OMS, Farahad Hassan Farah, le conseiller principal du ministre de la Santé, Mohamed Dini, ainsi que des responsables d’institutions sanitaires nationales, dont la Centrale d’achat des médicaments et des matériels essentiels.

Dans son intervention, le représentant adjoint de l’OMS a salué une initiative “hautement stratégique”, rappelant que la région africaine enregistre chaque année plus de 200 événements de santé publique, souvent lourds de conséquences humaines et économiques.  « La coordination sauve des vies », a-t-il insisté, soulignant qu’un COUSP efficace ne se limite pas à une infrastructure physique, mais constitue le véritable cœur opérationnel de la réponse aux crises. Il a également rappelé les enseignements tirés de la pandémie de COVID-19, ainsi que des flambées récurrentes de maladies telles qu’Ebola, qui ont mis en évidence la nécessité d’une organisation rigoureuse et d’une coordination multisectorielle. « Le COUSP et le système de gestion des incidents permettent d’apporter de l’ordre dans le chaos », a-t-il affirmé, mettant en avant l’importance d’une approche structurée et fondée sur des données fiables.

Djibouti face à des risques multiples

Situé à un carrefour stratégique entre l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie, Djibouti est exposé à une diversité de menaces sanitaires. Les maladies infectieuses, les urgences liées au changement climatique, les mouvements de population ou encore les risques épidémiques transfrontaliers constituent autant de défis à relever.

Dans ce contexte, le soutien d’Africa CDC apparaît déterminant. Mandatée en 2022 par les chefs d’État africains, cette institution œuvre à la mise en place de centres d’opérations d’urgence dans près de 90 % des pays du continent d’ici 2027. Djibouti s’inscrit ainsi pleinement dans cette dynamique continentale visant à renforcer la sécurité sanitaire en Afrique.

Une priorité nationale affirmée

Prenant la parole à son tour, le ministre de la Santé, Dr Ahmed Robleh Abdilleh, a insisté sur le caractère prioritaire de ce projet. « Les crises sanitaires ne préviennent pas. Elles surgissent et se propagent avec une rapidité redoutable », a-t-il déclaré, appelant à une préparation constante et à une mobilisation collective.

Le ministre a rappelé que la pandémie de COVID-19 avait constitué un test grandeur nature pour le système de santé djiboutien. Malgré des ressources limitées, le pays a su faire preuve d’une résilience remarquable, grâce notamment à une coordination multisectorielle exemplaire.

« Cette synergie entre les ministères, les institutions et les forces de sécurité a été déterminante », a-t-il souligné. Fort de cette expérience, le gouvernement entend désormais institutionnaliser cette approche en dotant le pays d’un outil permanent de gestion des crises. Le COUSP incarne ainsi la volonté de transformer les enseignements du passé en capacités durables pour l’avenir.

Une formation au cœur de l’action

Durant cinq jours, les participants à l’atelier seront formés aux principes du système de gestion des incidents, aux mécanismes de coordination intersectorielle, à la communication de crise et à l’utilisation d’outils de surveillance épidémiologique.

Des exercices pratiques et des simulations viendront compléter les enseignements théoriques, afin de garantir une appropriation effective des compétences. Au-delà de la formation technique, cet atelier vise également à renforcer les liens entre les différents acteurs impliqués dans la gestion des urgences sanitaires. Car, comme l’ont rappelé les intervenants, la réussite d’un COUSP repose avant tout sur la collaboration et la confiance entre les institutions.

Vers un système de santé plus résilient

L’organisation de cet atelier démontre assez la détermination du pays à protéger la santé de sa population. Le développement du COUSP s’inscrit dans une vision plus large de modernisation du système de santé, axée sur la prévention, l’anticipation et la réactivité. À terme, ce centre devrait permettre au pays de répondre plus efficacement aux crises, de limiter leur impact et de renforcer la confiance des citoyens dans les institutions sanitaires. Il contribuera également à positionner Djibouti comme un acteur engagé dans la sécurité sanitaire régionale et internationale.

Alors que les participants poursuivent leurs travaux, une certitude se dégage : dans un monde où les crises sanitaires sont de plus en plus fréquentes et complexes, la préparation et la coordination ne sont plus une option, mais une nécessité.

Djibouti semble l’avoir pleinement compris, en faisant du Centre des opérations d’urgence de santé publique un pilier de sa stratégie nationale de santé.