L’Imprimerie Nationale de Djibouti (IND) poursuit sa modernisation avec la mise en service d’une nouvelle développeuse de plaques universelles, une innovation qui renforce la qualité des impressions tout en sécurisant les approvisionnements. Pour sa directrice générale, Mme Alyda Ali Mouti, cet investissement marque un tournant décisif vers une plus grande autonomie industrielle. Dans cet entretien accordé à La Nation, elle revient sur les défis surmontés, les bénéfices de ce nouvel équipement, le développement des compétences du personnel et les ambitions qu’elle nourrit pour faire de l’Imprimerie Nationale un acteur incontournable de l’impression publique et privée à Djibouti.

La Nation : Quelle est votre réaction personnelle face à la mise en service de cette nouvelle développeuse de plaques ?

Mme Alyda Ali Mouti : La mise en service de cette nouvelle développeuse représente un immense soulagement. Pendant des années, nous avons vécu au rythme des difficultés d’approvisionnement en plaques, avec des délais très longs, des coûts élevés et une forte dépendance vis-à-vis de fournisseurs étrangers. Notre ancienne développeuse était très performante, mais elle ne fonctionnait qu’avec des plaques devenues pratiquement introuvables sur le marché international. Après avoir cherché des solutions en France, puis en Arabie saoudite et à Dubaï, nous avons finalement opté pour une développeuse universelle achetée en Chine. Aujourd’hui, nous pouvons utiliser des plaques provenant de plusieurs fabricants, ce qui nous offre une grande flexibilité, réduit nos coûts et garantit la continuité de notre production. C’est une victoire technique, mais aussi humaine, car nous travaillons désormais avec beaucoup plus de sérénité au service du pays.

Après une longue attente, quel a été votre premier sentiment lors de l’installation de cette machine ? Et quel regard portez-vous aujourd’hui sur la qualité d’impression qu’elle offre ?

: Mon premier réflexe a été de remercier Dieu. Lorsque j’ai vu le conteneur arriver et les techniciens procéder à l’installation, j’ai compris que nous étions en train de tourner une page importante de l’histoire de l’Imprimerie Nationale. J’ai ressenti une immense fierté et beaucoup d’émotion. Dès la parution du journal du 27 juin, j’ai constaté la différence. Les images étaient plus nettes, les détails mieux restitués et le rendu général remarquable.

J’ai immédiatement félicité toute mon équipe ainsi que les techniciens libanais qui nous accompagnent depuis plusieurs années dans la maintenance de nos équipements. Depuis cette première édition, la qualité est restée constante et la différence avec l’ancien système est évidente.

Comment cette nouvelle machine va-t-elle vous aider à mieux répondre aux demandes du secteur privé ?

Elle va profondément transformer notre manière de travailler. Auparavant, nous devions préserver nos stocks de plaques pour répondre en priorité aux besoins de l’État, ce qui nous obligeait parfois à réaliser certaines commandes privées sur des équipements moins adaptés. Aujourd’hui, cette contrainte n’existe plus. Nous disposons d’un stock sécurisé et pouvons répondre sereinement aux demandes du secteur privé avec notre grande machine. Cela nous permet d’accepter davantage de commandes, notamment celles de Chicking, des hôpitaux, du CHU, des institutions militaires et de nombreux commerces. Le potentiel est important. Toutefois, nous souhaitons également que le principe faisant de l’Imprimerie Nationale l’imprimeur privilégié des établissements publics soit pleinement appliqué.

Les compétences du personnel ont-elles évolué avec l’arrivée des nouveaux équipements?

 Absolument. La modernisation des équipements s’accompagne systématiquement d’un important programme de formation. Des techniciens allemands sont venus assurer les premières formations et certains de nos agents ont également bénéficié de stages en Allemagne. À chaque opération de maintenance, nos techniciens travaillent aux côtés des ingénieurs afin d’acquérir de nouvelles compétences et de gagner progressivement en autonomie. Cet effort ne concerne pas uniquement les équipes techniques. Le personnel administratif bénéficie lui aussi d’un accompagnement. Lorsqu’un agent souhaite suivre une formation universitaire ou professionnelle, l’Imprimerie Nationale peut prendre en charge son projet afin de renforcer les compétences de l’ensemble de nos collaborateurs.

En tant qu’institution vitrine du pays, quelle est votre vision pour l’avenir de l’Imprimerie Nationale ?

 Mon ambition est de hisser l’Imprimerie Nationale au plus haut niveau et de garantir à Djibouti une autonomie totale en matière d’impression. Je souhaite que nous devenions l’imprimeur exclusif des livres scolaires et que nous mettions en place une véritable imprimerie de sécurité capable de produire les passeports, les timbres fiscaux, les cartes grises, les vignettes et l’ensemble des documents officiels sensibles. Nous imprimons déjà certains documents sécurisés, mais nous voulons aller beaucoup plus loin. Enfin, je tiens à préparer l’avenir en créant un institut des arts graphiques et de l’industrie de l’impression. Il formera les jeunes aux métiers de la maintenance, de l’impression, du design graphique, de l’électromécanique et de la gestion de production. C’est ainsi que nous construirons une véritable expertise nationale et que nous renforcerons durablement l’autonomie de Djibouti.

Propos recueillis par Souber Hassan