
Un geste qui dépasse le simple transfert de boîtes d’archives.
Le 30 juin 2026, un sixième lot d’archives définitives de la Présidence de la République a rejoint les Archives nationales. Sur le papier, il s’agit d’une opération administrative anodine, une parmi tant d’autres. En réalité, cette action qui semble insignifiante représente bien plus que cela; c’est un acte de responsabilité et un acte de souveraineté. Une nation qui ne conserve pas ses archives est une nation qui perd progressivement la trace d’elle-même. Les décisions politiques, les accords diplomatiques, les actes administratifs, les correspondances officielles constituent le squelette sur lequel repose la mémoire collective d’une administration et d’un peuple. Sans ces archives, plus de continuité institutionnelle possible, plus de preuve juridique opposable dans le temps, plus de récit national fiable à comprendre et à transmettre.

Les archives comme patrimoine, pas comme de simples paperasses.
Il nous faut rompre avec la vision réductrice que nous avons des archives, trop longtemps perçues comme un simple outil de rangement administratif. Les archives constituent un patrimoine au même titre qu’un monument, un site historique ou une tradition orale. Elles racontent les évolutions politiques, diplomatiques et sociales de notre pays. Elles sont la preuve tangible qu’un État a existé, agi, décidé et elles permettront demain aux historiens, aux chercheurs, aux citoyens et aux générations futures de comprendre le chemin parcouru et comment s’est construite la nation djiboutienne.Avec 1 245 boîtes d’archives définitives déjà versées et plus de 80 000 fichiers numériques sécurisés depuis 2023, un travail de fond a été engagé. Mais ce chiffre n’est pas une fin en soi : il est le socle d’une politique nationale de la mémoire, pensée sur le long terme. Aujourd’hui, le pli est pris et de plus en plus d’administrations versent périodiquement leurs archives triées, conditionnées et numérisées aux Archives nationales.
Le numérique et l’intelligence artificielle : une chance historique à condition d’avoir des archives numérisées.

C’est ici que se joue un tout autre avenir de la gestion documentaire. La numérisation ne doit pas seulement être perçue comme une simple option technique, mais devient aujourd’hui une nécessité stratégique.
Un document numérisé est un document accessible, indexé, protégé contre la dégradation physique, le climat, le feu ou l’oubli. Mais la transformation numérique ne s’arrête plus à la numérisation. L’intelligence artificielle ouvre aujourd’hui des perspectives inédites pour les services d’archives, à travers (i) l’Indexation automatique de milliers de documents, permettant de retrouver en quelques secondes une information qui aurait nécessité des heures de recherche manuelle (ii) la Reconnaissance optique de caractères (OCR) avancée, pour rendre pleinement exploitables des documents manuscrits ou anciens, parfois fragiles ou en mauvais état ; (iii) la Classification et la catégorisation intelligente des fonds documentaires, facilitant le travail des archivistes et des chercheurs ; (iv) la Détection d’anomalies et de falsifications, renforçant l’intégrité et la traçabilité des documents publics ; (v) la Valorisation et médiation culturelle, à travers des interfaces intelligentes capables de rendre les archives accessibles au grand public, aux écoles et aux chercheurs, sans compromettre leur sécurité.
Associer dès aujourd’hui l’intelligence artificielle à notre politique d’archivage comme cela est en cours avec l’application eJO permettra de poser les jalons d’une administration résolument tournée vers l’avenir, tout en protégeant son patrimoine et son passé.
Les jalons d’une politique nationale de la mémoire
Le travail accompli par le Département de Documentation et des Archives de la Présidence, avec l’appui technique de l’Agence Nationale des Systèmes d’Information de l’État (ANSIE), en collaboration avec le Ministère de la Jeunesse et de la Culture, montre la voie et démontre qu’un modèle est possible. Mais pour que ce modèle existe, il ne peut et ne doit pas rester circonscrit à une, deux ou trois institution. Il s’élargit désormais et se généralise progressivement à l’ensemble des ministères et institutions publiques. Cette dynamique permet de former une nouvelle génération d’archivistes et de spécialistes en gestion de l’information numérique. Cette dynamique est aussi le fruit d’un investissement important dans des infrastructures de conservation physiques, telles que la B.A.N. (seulement deux infrastructures similaires existent en Afrique, à Djibouti et au Ghana), ainsi que dans des infrastructures numériques pérennes, sécurisées et résilientes aux cybermenaces. Elle a permis, grâce a la vision de S.E. Le President de la République d’inscrire la politique archivistique dans une vision de souveraineté numérique nationale.
L’histoire ne pardonne pas l’oubli
Les nations qui ont su et qui savent préserver leur mémoire documentaire sont aussi celles qui ont le mieux résisté aux crises, aux contestations historiques et aux tentatives de réécriture de l’histoire. À l’inverse, les pays qui ont négligé leurs archives ont souvent perdu, avec elles, des pans entiers de leur histoire juridique, diplomatique et culturelle.
Ce sixième versement réalisé le 30 juin 2026 sera suivi d’un 7 versement le 25 decembre 2026, il ne constitue donc pas un aboutissement en soi, mais une étape et le chemin d’un chantier plus vaste, celui d’une politique nationale de la mémoire, celui de la rigueur archivistique, celui de l’innovation numérique et de l’intelligence artificielle, au service d’un objectif simple mais essentiel : que rien de ce que notre Nation a vécu, décidé et construit ne soit jamais perdu.








































