Il est des moments où la géographie cesse d’être une simple donnée pour devenir une responsabilité. Ce que nous vivons aujourd’hui autour de Bab el-Mandeb est de ceux-là.

La nouvelle configuration militaire sur la rive yéménite du détroit, marquée notamment par la prise de positions stratégiques et de l’île de Périm par les forces houthies, rappelle que l’un des passages maritimes les plus importants du monde se trouve au cœur d’une confrontation dont les conséquences dépassent largement les frontières du Yémen.

Bab el-Mandeb est une artère du commerce mondial. Mais il est aussi, pour nous, une réalité quotidienne. À quelques kilomètres de ses eaux se trouve Obock. Lorsque la guerre s’installe sur l’autre rive, ses conséquences ne restent pas de l’autre côté de la mer.

Ces derniers jours, plus de 2 000 Yéménites ont traversé le golfe d’Aden pour chercher refuge sur nos côtes. Derrière ces chiffres, il y a des familles, des enfants, des femmes et des hommes fuyant les violences. Face à cette situation, Djibouti a immédiatement assumé ses responsabilités. La mobilisation du gouvernement à Obock, l’engagement des forces de défense et de sécurité, des services de santé et des organismes humanitaires témoignent de la capacité de notre pays à faire face à une situation qui touche directement son environnement régional.

La République de Djibouti n’est donc pas spectatrice de cette crise. Elle en mesure les risques, mais elle sait aussi ce que lui impose sa position géographique. Notre pays a toujours fait de la stabilité régionale et de la solidarité des principes d’action. Accueillir les populations en détresse tout en garantissant la sécurité de son territoire et de ses espaces maritimes relève de cette responsabilité pleinement assumée.

Mais assumer ses responsabilités ne signifie pas les porter seul. Les capacités d’un État ne sont pas illimitées. L’accueil de milliers de personnes déplacées, les besoins humanitaires et les impératifs de sécurité représentent un effort considérable. L’appel du Premier ministre à la communauté internationale doit ainsi être compris comme un appel à la responsabilité collective.

Car le monde ne peut regarder Bab el-Mandeb uniquement à travers le prisme du commerce maritime, des hydrocarbures et des chaînes d’approvisionnement. Il doit également considérer les populations déplacées, les familles séparées et les sociétés fragilisées par les conflits.

La militarisation croissante de la mer Rouge ne saurait constituer, à elle seule, une réponse durable. La sécurité véritable passe par la paix, le dialogue et une solution politique à la crise yéménite. Elle passe aussi par une coopération renforcée entre les pays riverains.

C’est là que la position de Djibouti prend tout son sens. Notre géographie n’est ni une fatalité ni une simple rente stratégique. Elle nous confère une responsabilité que notre pays assume avec constance : préserver la sécurité, favoriser la stabilité, accueillir ceux qui fuient les conflits et œuvrer en faveur de la coopération régionale.

Bab el-Mandeb appartient certes à la géographie. Mais sa paix relève de la volonté des hommes. Djibouti a choisi d’assumer pleinement sa part. Il appartient désormais à la communauté internationale d’assumer la sienne.

Kenedid Ibrahim