
En quelques décennies, le paysage sanitaire de Djibouti a profondément évolué. L’amélioration de l’espérance de vie, le recul de la mortalité maternelle et infantile, les progrès de la vaccination et l’élargissement de l’accès aux soins témoignent des avancées réalisées dans le renforcement du système national de santé. Mais ces acquis, aussi importants soient-ils, ne doivent pas masquer les nouveaux défis auxquels le pays doit désormais faire face. La montée des maladies non transmissibles, notamment le diabète et les maladies cardiovasculaires, la persistance de la mortalité maternelle, les difficultés à assurer une vaccination complète de tous les enfants, la prise en charge encore émergente de la santé mentale, mais aussi les effets du changement climatique sur la santé imposent de nouvelles réponses et une adaptation continue du système sanitaire. Dans ce contexte, l’Organisation mondiale de la Santé accompagne le Ministère de la Santé dans la définition et la mise en œuvre des priorités nationales, à travers l’expertise technique, la formation des professionnels, le renforcement des capacités et la préparation aux urgences sanitaires. De la couverture sanitaire universelle à la digitalisation des services, en passant par la santé maternelle et infantile, la prévention des maladies chroniques et la santé mentale, les chantiers sont nombreux. Dans cet entretien accordé à La Nation, la Représentante de l’OMS à Djibouti Mme Joumana Hermez revient sur les avancées enregistrées ces dernières années, analyse les principaux défis du système de santé et évoque les perspectives qui se dessinent pour mieux répondre aux besoins de la population. Elle insiste notamment sur la nécessité d’une approche globale de la santé, qui ne se limite pas à la prise en charge des maladies, mais englobe la prévention, le bien-être physique et mental, ainsi que les déterminants sociaux et environnementaux de la santé.

La Nation : Le système de santé djiboutien a connu des évolutions importantes au cours des dernières années. Quel bilan faites-vous de l’action de l’Organisation mondiale de la Santé à Djibouti ?
Joumana Hermez : Je voudrais d’abord remercier La Nation pour l’intérêt porté au travail de l’OMS à Djibouti. L’OMS est une organisation internationale dont la mission est de contribuer à ce que chaque personne puisse atteindre le meilleur niveau de santé possible. La santé ne se résume pas à l’absence de maladie. Elle englobe également l’état de santé physique et mentale ainsi que le bien-être de la personne.
Notre rôle intervient donc dans tous les domaines qui concernent la santé. Mais il est important de préciser que l’OMS ne définit pas seule ses priorités dans un pays. À Djibouti, ce sont les priorités nationales qui orientent notre action. Nous travaillons sur la base des priorités définies par le pays et par le Ministère de la Santé. Notre rôle est d’accompagner les efforts nationaux, d’apporter l’expertise technique nécessaire, de contribuer à la planification et de soutenir la mise en œuvre des politiques de santé.
Quelles sont aujourd’hui les principales priorités de Djibouti en matière de santé ?
La priorité centrale est la couverture sanitaire universelle. Elle comporte plusieurs dimensions. Il faut d’abord définir et garantir un panier suffisamment large de services essentiels dont la population a besoin. Ensuite, il faut faire en sorte que ces services soient accessibles au plus grand nombre. Enfin, cette accessibilité doit se faire sans exposer les personnes à des difficultés financières importantes. Cela concerne aussi bien les maladies non transmissibles et les maladies transmissibles que les services de prévention et de soins de base. Pour les maladies chroniques, nous parlons notamment des maladies cardiovasculaires, des cancers, du diabète ou encore des problèmes de santé mentale. Pour les maladies transmissibles, il s’agit notamment du VIH/sida, de la tuberculose, du paludisme et de certaines maladies tropicales. Les services de prévention s’agissent de vaccination, promotion de la santé tel que la limitation de l’usage des produits nocifs (tabac, sucres, etc.) et l’activité physique. Les services de bases couvrent par exemple les soins maternels, néonatales et infantiles.
La couverture sanitaire universelle suppose donc de travailler sur plusieurs éléments : le financement de la santé, les services de santé, les ressources humaines, mais également l’efficacité du système. L’OMS apporte, dans ce cadre, des orientations normatives, de la formation, un appui à la planification stratégique et un accompagnement dans le dialogue avec les décideurs et les communautés.
Quels sont, selon vous, les principaux acquis du système de santé djiboutien et quels sont les défis qui nécessitent encore des efforts importants ?
Djibouti a mis en place un système de santé fondé sur l’accès de la population aux services. Le système public est accessible et, au fil des années, il n’a cessé de s’élargir afin de rapprocher davantage les services des populations, notamment dans les zones périphériques.
Les résultats sont visibles à travers plusieurs indicateurs. L’espérance de vie s’est considérablement améliorée. Il y a une vingtaine d’années, elle était d’environ 45 ans. Aujourd’hui, elle se situe autour de 69 ans. C’est un indicateur très important des progrès accomplis. Nous avons également enregistré une amélioration importante en matière de mortalité maternelle et infantile. Depuis 2000, la mortalité maternelle a fortement diminué, avec une baisse de près de 67 %. Les décès liés aux maladies transmissibles ont eux aussi considérablement diminué grâce à la vaccination, à la prévention et à la prise en charge des malades. Cela montre que le système a réalisé de nombreux progrès. Mais cela ne signifie pas que tous les problèmes sont résolus. Il reste encore beaucoup à faire, notamment dans le domaine de la santé maternelle et face à la montée des maladies chroniques.
Concrètement, qu’apporte l’OMS au Ministère de la Santé pour accompagner cette évolution ?
Nous accompagnons le Ministère de la Santé dans ses propres efforts. L’un des axes importants est le renforcement des compétences du personnel de santé. En 2024 et 2025, par exemple, nous avons contribué à la formation de plus de 200 professionnels de la santé maternelle, notamment des sages-femmes et des infirmières, sur la qualité des soins maternelles.
Nous avons également travaillé à la normalisation de la qualité des services de santé maternelle. Mais cet exemple ne représente qu’une partie de notre travail. Nous intervenons dans différents domaines de la santé.
Nos équipes travaillent quotidiennement avec celles du Ministère pour apporter l’expertise technique, accompagner la planification et contribuer à la mise en œuvre des programmes.
Il y a également un volet essentiel : la préparation aux urgences sanitaires. Il ne faut pas attendre qu’une épidémie arrive pour commencer à se préparer. La préparation doit se faire en amont.
Nous avons récemment mobilisé quatre experts pour travailler avec Djibouti sur le plan de préparation aux urgences sanitaires. Ils sont notamment engagés dans la formation des personnels et des équipes de riposte, l’élaboration des plans et des procédures opérationnelles, ainsi que l’identification des points d’entrée qui doivent être renforcés afin de réduire les risques.
Justement, concernant l’épidémie d’Ebola évoquée récemment dans la région, quel est le niveau de risque pour Djibouti et pour l’Afrique de l’Est ?
L’OMS dispose de critères précis pour évaluer les risques. Actuellement, le risque est particulièrement élevé pour les pays qui partagent une frontière avec la République démocratique du Congo. Pour les pays plus éloignés, le risque est considéré comme faible. Mais la situation peut évoluer si l’épidémie se propage au-delà de la RDC. C’est précisément pour cette raison que la préparation est indispensable. Nous devons être prêts avant l’apparition éventuelle de cas.
Parallèlement aux maladies transmissibles, les maladies chroniques prennent une place de plus en plus importante. Est-ce aujourd’hui l’un des principaux défis sanitaires de Djibouti ?
Absolument. Djibouti a réalisé d’importants progrès dans la lutte contre les maladies transmissibles, mais nous assistons désormais, comme dans de nombreux pays, à une augmentation du poids des maladies non transmissibles. Nous observons davantage de personnes atteintes de diabète, de maladies cardiovasculaires ou nécessitant une dialyse, parfois en raison des complications du diabète.
Aujourd’hui, près de la moitié des décès à Djibouti seraient liés aux maladies non transmissibles.
Les facteurs de risque sont également en augmentation : l’obésité, y compris chez les enfants, et une alimentation peu saine constituent de véritables défis.
Ces maladies sont particulièrement préoccupantes parce qu’elles sont chroniques, nécessitent une prise en charge sur le long terme et peuvent être coûteuses pour le système de santé comme pour les familles.
La réponse ne peut donc pas venir uniquement du Ministère de la Santé.
C’est une responsabilité collective. Il faut créer des espaces permettant aux enfants et aux jeunes de pratiquer une activité physique, renforcer l’éducation à la santé, agir sur l’environnement alimentaire et éviter, par exemple, que les produits très sucrés ou très gras soient systématiquement placés devant les enfants. La taxation de certains produits nocifs, notamment le tabac et les produits très sucrés, peut également faire partie des politiques de santé publique. Il faut vraiment une action de toute la société.
Le système de santé est-il suffisamment préparé à cette nouvelle réalité ?
C’est justement l’un des défis. Si le nombre de personnes atteintes de maladies chroniques continue d’augmenter fortement, le système de santé, dans sa configuration actuelle, risque d’avoir des difficultés à répondre à l’ensemble des besoins. Il faut donc agir sur le diagnostic précoce, le traitement précoce et l’élargissement des services. Les soins doivent être rapprochés des populations.
Nous travaillons actuellement à l’intégration du dépistage des maladies chroniques dans les services de soins de santé primaires, notamment dans les centres de santé et les polycliniques. Le processus est actuellement piloté à Djibouti-ville, mais l’objectif est de l’étendre progressivement à l’ensemble du système. Pour cela, il est essentiel que ces programmes bénéficient d’un financement suffisant. C’est une priorité absolue.
« La mortalité maternelle a diminué de près de 67 %, mais 168 décès pour 100 000 naissances restent encore trop élevés »
Parlons maintenant de la santé maternelle. Il y a une vingtaine d’années, Djibouti enregistrait pres de 400 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes. Donner la vie représente-t-il encore aujourd’hui un risque important pour les femmes ?
Oui, il existe encore un risque, mais je voudrais d’abord saluer les efforts considérables réalisés par Djibouti. La situation s’est nettement améliorée. Nous avons enregistré une baisse de près de 67 % de la mortalité maternelle.
Cette amélioration est notamment liée au meilleur accès aux services de santé et au suivi des femmes enceintes. Aujourd’hui, plus de 80 % des femmes accouchent dans des structures de santé avec l’assistance de professionnels qualifiés.
Le suivi prénatal s’est également amélioré. Auparavant, quatre consultations étaient recommandées pendant la grossesse. Aujourd’hui, la recommandation est passée à huit consultations.
Le Ministère de la Santé a rapidement intégré ces améliorations et les met à la disposition de la population. En 2022, une stratégie nationale visant à réduire la mortalité maternelle, infantile et néonatale a également été développée.
Nous travaillons autour de plusieurs axes : l’accès aux soins, leur qualité et l’accompagnement des femmes enceintes, avec l’objectif de détecter suffisamment tôt les risques et les complications.
Mais malgré les progrès, la situation reste préoccupante. Nous sommes encore autour de 168 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes. Derrière ce chiffre, il y a une réalité humaine : des familles perdent une mère, avec des conséquences importantes pour les nouveau-nés et pour toute la famille.
Il faut donc poursuivre les efforts, notamment pour améliorer la qualité des soins et l’accès aux services dans toutes les régions. Dans certaines zones, l’éloignement et les difficultés d’accès peuvent encore empêcher une femme enceinte d’arriver rapidement dans une structure de santé lorsqu’une urgence survient.
La santé reproductive reste également un domaine dans lequel des défis importants persistent. Les mutilations génitales féminines peuvent notamment entraîner des complications lors de l’accouchement, y compris des hémorragies, qui figurent parmi les principales causes de décès maternels.
Qu’en est-il de la vaccination des enfants ? Peut-on considérer aujourd’hui que tous les enfants sont effectivement couverts ?
Théoriquement, il n’existe pas de zones qui ne soient pas couvertes. Le Programme élargi de vaccination du Ministère de la santé dispose notamment de stratégies visant à atteindre chaque district. Le défi se situe davantage au niveau des enfants qui restent non vaccinés ou qui ne terminent pas leur calendrier vaccinal.
Pour certains vaccins, la couverture dépasse 80 %, voire 85 %. Mais lorsqu’on regarde la proportion d’enfants qui sont complètement vaccinés, les estimations de l’OMS et de l’UNICEF la situent autour de 45 à 47 %. C’est encore faible. Plusieurs facteurs expliquent cette situation : le refus de la vaccination dans certaines communautés, le fait que certains parents ne reviennent pas pour les doses suivantes, les difficultés d’accès aux services, le financement, le manque de personnel et la mobilité de certaines populations. Nous suivons régulièrement les données afin d’identifier les enfants qui ne sont pas vaccinés ou qui n’ont pas terminé leur calendrier. Cela permet ensuite de mettre en place des stratégies pour les retrouver et les vacciner. Il existe également un autre défi : les rumeurs et certaines perceptions négatives autour de la vaccination. Djibouti a récemment adopté le vaccin HPV contre le cancer du col de l’utérus destiné aux jeunes filles âgées de 9 à 14 ans. C’est une avancée importante. Mais des rumeurs circulent parfois, affirmant à tort que ce vaccin aurait pour objectif de stériliser les filles ou d’encourager leur promiscuité.
Ce sont des perceptions qui ne correspondent pas aux données scientifiques. Nous devons donc continuer à informer et à sensibiliser, notamment en travaillant avec les leaders communautaires.
La vaccination est un instrument essentiel de prévention. Les données scientifiques continuent de démontrer son efficacité et son importance pour la santé des populations.
Aujourd’hui, les informations circulent très rapidement dans le monde. Une rumeur apparue dans un pays peut atteindre Djibouti en quelques secondes, tout comme une information provenant de Djibouti peut être relayée ailleurs.
Nous devons donc renforcer la communication et faire davantage confiance aux données scientifiques. Les résurgences de maladies évitables par la vaccination montrent les conséquences que peut avoir une baisse de la couverture vaccinale.
« La santé mentale doit sortir du silence et de la stigmatisation »
La santé mentale est aujourd’hui considérée comme un enjeu majeur de santé publique. Quelle place occupe-t-elle dans l’action de l’OMS à Djibouti ?
La santé mentale fait partie intégrante de la santé et du bien-être. On ne peut pas considérer une personne comme étant en bonne santé si elle souffre profondément sur le plan mental.
À Djibouti, les programmes de santé mentale sont encore relativement récents. En 2024, l’OMS a accompagné pour la première fois le Ministère de la Santé dans l’élaboration d’une stratégie nationale de santé mentale. Pour la première fois également, un point focal consacré à la santé mentale a été désigné au sein du Ministère, avec un psychiatre chargé de cette fonction.
Nous sommes donc au début d’un processus visant à développer des stratégies et des activités nationales dans ce domaine. Mais la santé mentale ne concerne pas uniquement les maladies mentales. Elle commence dès le plus jeune âge, à travers le bien-être à l’école, l’activité physique, l’environnement familial et social, ainsi que la prévention de certains comportements à risque.
La stigmatisation constitue-t-elle encore un obstacle à la prise en charge des personnes souffrant de troubles mentaux ?
La stigmatisation existe malheureusement partout dans le monde, y compris dans les pays les plus développés. La maladie mentale est parfois perçue comme quelque chose qu’il faut cacher.
Les familles peuvent hésiter à en parler ou à reconnaître qu’un proche souffre d’un problème de santé mentale. Cela peut empêcher les personnes concernées de consulter, d’être diagnostiquées et de recevoir un traitement. Il faut donc continuer à sensibiliser la population.
Il faut également travailler sur la prévention, notamment auprès des jeunes. L’activité physique, le bien-être à l’école et la prévention de l’usage des drogues font partie de cette approche.
La consommation de drogues constitue en effet un défi important pour la santé mentale. Il faut donc agir également sur cette question.
« Le dossier médical numérique doit permettre de prendre en compte la personne dans sa globalité »
La transformation numérique touche aujourd’hui tous les secteurs. Où en est la digitalisation du système de santé à Djibouti ?
Il existe un réel intérêt et un engagement du Ministère de la Santé pour digitaliser davantage le système.
Les informations sanitaires sont déjà en partie digitalisées. Des plateformes numériques existent dans les centres de santé pour permettre la saisie des données et leur transmission aux niveaux régional et central.
Mais le grand défi consiste maintenant à digitaliser les services de santé eux-mêmes.
L’ambition serait, par exemple, qu’une personne dispose d’un identifiant médical unique lui permettant, lorsqu’elle se rend dans n’importe quel service de santé, d’accéder à l’ensemble de son dossier médical.
Les informations du laboratoire pourraient être reliées au dossier du médecin, à celui de la radiologie ou encore aux données relatives à une éventuelle intervention chirurgicale. L’objectif est que les différentes informations soient connectées afin que les professionnels puissent prendre en compte la personne dans sa globalité.
Si, par exemple, un patient consulte un ophtalmologue, celui-ci pourrait savoir que cette personne est diabétique et adapter sa prise en charge.
C’est une ambition importante, mais nous sommes encore loin de cet objectif. La question des ressources reste notamment un défi.
« Le changement climatique est aussi un enjeu majeur pour la résilience du système de santé »
Pour terminer, quel lien faites-vous entre changement climatique et santé ?
La santé est directement concernée par le changement climatique. Le secteur de la santé peut lui-même contribuer aux émissions et à la pollution, notamment à travers certains produits, la gestion et l’incinération des déchets médicaux, ainsi que la consommation énergétique liée au fonctionnement des établissements de santé et à la climatisation. Mais en même temps, le secteur de la santé est le premier à intervenir lorsque surviennent les conséquences d’un événement climatique.
Si, par exemple, un cyclone provoque des dégâts, des blessures ou des traumatismes, ce sont les services de santé qui doivent immédiatement intervenir pour sauver des vies. Le changement climatique peut également modifier les conditions de transmission de certaines maladies. Les vecteurs, comme les moustiques, peuvent se déplacer en fonction des conditions environnementales. Les sécheresses peuvent aussi provoquer des problèmes de sécurité alimentaire et favoriser la malnutrition.
La préparation du système de santé est donc essentielle. Il faut renforcer sa résilience afin qu’il puisse répondre aux urgences qui peuvent résulter du changement climatique.
Nous parlons également de l’approche « One Health », ou « Une seule santé », qui considère que la santé humaine, la santé animale et l’environnement sont étroitement liés.
On ne peut pas isoler la santé humaine de son environnement. La santé des animaux, celle des populations et celle de notre environnement sont interdépendantes. C’est pourquoi les politiques de santé doivent désormais intégrer cette vision globale et anticiper les risques plutôt que de se limiter à réagir lorsqu’une crise survient.
Interview réalisée par Kenedid Ibrahim Houssein











































