Réunis au Palais du Peuple, les principaux acteurs institutionnels, religieux et sociaux ont lancé une campagne nationale pour renforcer la stabilité conjugale, alors que le nombre de divorces a plus que doublé en trois ans.

Le Ministère de la Femme et de la Famille a donné, lundi 6 juillet au Palais du Peuple, le coup d’envoi d’une vaste campagne nationale consacrée à la préservation de l’institution du mariage et à la stabilité de la famille djiboutienne. Cette initiative multisectorielle intervient dans un contexte marqué par une progression préoccupante des divorces et par la volonté des autorités de renforcer la cohésion sociale à travers la protection de la cellule familiale.

L’atelier de concertation et de sensibilisation a réuni un large éventail d’acteurs : représentants de la Justice, qadis, responsables des Affaires religieuses, professionnels de la santé, universitaires, élus communaux et organisations de la société civile. Ensemble, ils ont validé une feuille de route commune visant à coordonner les actions de prévention, de médiation et d’accompagnement des couples.

Pour les autorités, la famille demeure le socle de la société et un pilier essentiel de la stabilité nationale. L’objectif affiché de cette campagne est double : réduire le taux de divorce et mieux préparer les futurs couples aux réalités de la vie conjugale.

Une hausse inquiétante des divorces

Les chiffres présentés lors de l’atelier ont suscité de vives préoccupations. Selon Zamzam Hassan Farah, directrice de la planification familiale, 950 divorces ont été prononcés en 2025 contre 450 en 2022, soit plus du double en l’espace de trois ans. Ces données, issues de l’annuaire statistique de l’État civil du service de la Population, témoignent d’une augmentation significative du phénomène de la divortialité dans le pays.

La responsable a identifié plusieurs facteurs à l’origine de cette évolution : les difficultés de communication au sein du couple, l’impact des réseaux sociaux, l’ingérence des familles, le manque de préparation prénuptiale ainsi que l’influence de la mondialisation, qui tend à bouleverser les repères traditionnels. « Beaucoup de jeunes voient le mariage comme l’aboutissement d’un projet de vie et un bonheur partagé. Mais une fois confrontés aux réalités du quotidien, les incompréhensions et les tensions peuvent rapidement fragiliser l’union », a-t-elle expliqué devant les participants.

Principales causes évoquées : problèmes de communication, impact des réseaux sociaux, ingérence et pression des familles, manque de préparation prénuptiale, influence de la mondialisation.

Communication, respect et partage des responsabilités

Le cadi du 1er arrondissement, Cheikh Ahmed, a rappelé que les unions les plus solides reposent généralement sur une communication ouverte et un partage équilibré des responsabilités. Selon lui, les analyses sociologiques montrent que la répartition équitable des tâches et le dialogue permanent constituent des éléments déterminants dans la réussite d’un mariage.  Les débats ont également mis en lumière les tensions liées à la gestion financière, aux relations avec la belle-famille et aux attentes parfois divergentes des époux. Les intervenants ont relevé que près de 75 % des demandes de divorce seraient aujourd’hui initiées par des femmes, un indicateur qui mérite, selon eux, une analyse approfondie des transformations sociales et économiques à l’œuvre dans la société djiboutienne. « L’incompréhension mutuelle et le manque de respect figurent parmi les premières causes de rupture », a souligné Abdourahman Rijal, conseiller technique et expert dans le domaine familial auprès de l’UNFD. Il a insisté sur la nécessité d’offrir aux jeunes des outils concrets pour mieux comprendre leurs droits et devoirs, développer leurs capacités de communication et apprendre à gérer les conflits et le stress au sein du couple.

Vers une stratégie nationale de prévention

Au-delà du constat, l’atelier a surtout marqué le lancement d’une dynamique nationale appelée à s’inscrire dans la durée. Les participants ont convenu de renforcer les actions de sensibilisation, la médiation familiale et l’accompagnement institutionnel des couples avant que les conflits ne débouchent sur une procédure judiciaire.

Le Ministère de la Femme et de la Famille prévoit notamment le déploiement de centres de conseil, de programmes de soutien aux couples et de campagnes d’information destinées aux jeunes futurs mariés.

Les structures sociales et les leaders religieux seront également mobilisés afin d’encourager le recours à des tiers neutres – anciens, médiateurs ou assistants sociaux – pour désamorcer les crises familiales. Pour les organisateurs, cette campagne ne constitue pas une action ponctuelle, mais le début d’un effort collectif visant à préserver la cellule familiale, considérée comme le premier rempart contre les fractures sociales.

Un enjeu de société

La hausse des divorces touche aujourd’hui des centaines de familles et soulève des préoccupations croissantes quant à ses conséquences sociales, économiques et psychologiques, notamment pour les enfants. Les autorités espèrent qu’une meilleure préparation au mariage, un accompagnement renforcé des couples et une implication accrue des familles et des institutions permettront de freiner cette tendance.

En réunissant l’ensemble des partenaires concernés autour d’une stratégie commune, le gouvernement entend faire de la stabilité familiale un enjeu majeur de cohésion sociale et de développement durable. Un message fort adressé à toute la société : préserver le mariage, c’est aussi préserver l’équilibre et l’avenir des familles djiboutiennes.

Saleh Ibrahim Rayaleh