Transformées en espaces de services numériques, les anciennes cabines téléphoniques de la capitale sont devenues bien plus que de simples points de proximité.

Derrière leurs façades jaunes se dessinent aujourd’hui des parcours d’entrepreneurs, des histoires de résilience et un modèle d’inclusion qui offre à des centaines de jeunes Djiboutiens, notamment des personnes en situation de handicap, l’opportunité de bâtir leur autonomie.

Dès les premières heures de la matinée, les clients se succèdent devant la petite cabine jaune installée à PK12. Les uns viennent effectuer un dépôt D-Money, d’autres recharger leur crédit téléphonique, photocopier un document administratif ou encore numériser un dossier. Derrière la vitre, Houmad Mohamed Ali enchaîne les opérations avec assurance, sans laisser paraître le rythme soutenu de cette activité devenue son quotidien.

À première vue, cette petite structure ressemble à l’une des nombreuses cabines jaunes qui jalonnent désormais les grandes avenues de la capitale. Pourtant, elle raconte une histoire bien plus profonde : celle d’une inclusion économique rendue possible grâce à l’innovation et à la responsabilité sociétale.

Ces anciennes cabines téléphoniques, autrefois devenues obsolètes avec l’évolution des technologies, connaissent aujourd’hui une véritable renaissance. Fruit d’un partenariat entre le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), Djibouti Télécom, à travers son portefeuille numérique D-Money, et plusieurs partenaires nationaux, le projet de Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) leur a offert une seconde vie. Équipées d’ordinateurs portables, de photocopieuses, de scanners et alimentées de manière autonome en énergie, elles proposent désormais une multitude de services de proximité : opérations D-Money, vente de crédits téléphoniques, photocopies, impressions, numérisation de documents ou encore assistance aux démarches administratives.

À Balbala comme dans les quartiers centraux de Djibouti-ville, ces kiosques jaunes font désormais partie du paysage urbain. Leur succès accompagne la montée en puissance des services financiers numériques et répond aux besoins quotidiens d’une population de plus en plus connectée.

Une opportunité pour entreprendre malgré le handicap

Pour Houmed Mohamed Ali, cette cabine représente bien davantage qu’un simple commerce. Du haut de sa trentaine, le jeune entrepreneur accueille chaque client avec le sourire. Atteint d’un handicap moteur, il voit dans cette activité l’occasion de gagner sa vie dignement et de subvenir aux besoins de sa famille.

« Malgré les difficultés liées à mon handicap, je reste déterminé à construire mon avenir par le travail. Cette cabine représente pour moi une véritable opportunité de gagner en autonomie et d’améliorer mes conditions de vie », confie-t-il. Houmed fait partie des premiers bénéficiaires du programme RSE. Avant de recevoir sa cabine, il a suivi plusieurs semaines de formation consacrées à l’entrepreneuriat, à la gestion d’une activité commerciale et au développement personnel. « Nous avons été formés pendant plus d’un mois à l’entrepreneuriat et à l’estime de soi. Ensuite, D-Money nous a accompagnés pour démarrer notre activité », explique-t-il.

Aujourd’hui, son commerce lui permet de générer en moyenne entre 2 500 et 3 000 francs djiboutiens par jour. « C’est suffisant pour aider ma famille, même si les revenus ont diminué depuis que les cabines sont devenues beaucoup plus nombreuses », reconnaît-il avec réalisme.

Comme lui, plusieurs centaines de jeunes Djiboutiens, parmi lesquels de nombreuses personnes vivant avec une mobilité réduite, ont trouvé dans ces structures une véritable alternative à l’emploi salarié.

Leur quotidien consiste à accompagner les clients dans leurs opérations numériques : dépôts et retraits D-Money, achats de crédits téléphoniques, paiements de services, impressions ou encore photocopies. Pour les habitants des quartiers, ces cabines représentent un gain de temps considérable. Les services, autrefois concentrés dans quelques agences, sont désormais accessibles à proximité des lieux de vie. Au-delà de leur vocation économique, ces kiosques illustrent également la transformation numérique que connaît Djibouti. L’essor des paiements électroniques et des services digitaux a profondément modifié les habitudes des citoyens, créant de nouveaux métiers et de nouvelles opportunités d’entrepreneuriat.

Une seconde vie pour les cabines… et pour leurs bénéficiaires

Là où l’on passait autrefois un appel téléphonique, on crée aujourd’hui une activité économique. Cette reconversion symbolise la capacité d’adaptation d’un pays engagé dans la transition numérique tout en plaçant l’inclusion sociale au cœur de son développement.

Pour Houmed Mohamed Ali, chaque client qui franchit le seuil de sa cabine est bien plus qu’un usager : il est la preuve qu’un projet bien pensé peut transformer une infrastructure abandonnée en véritable tremplin vers l’autonomie.

Derrière ces façades jaunes devenues familières dans les rues de la capitale, ce sont ainsi des centaines d’histoires de courage, d’espoir et de résilience qui s’écrivent chaque jour, démontrant que l’innovation peut aussi être un puissant levier d’inclusion et de dignité.

Sadik Ahmed