Réunis hier dans la salle de conférence du ministère de l’économie et des finances chargé de l’industrie (MEFI) pour le lancement officiel du Rapport Pays 2026 de la Banque africaine de développement, les décideurs nationaux et les partenaires internationaux ont dressé un diagnostic de l’économie djiboutienne. Si les perspectives de croissance demeurent solides, le rapport appelle à une mobilisation accrue des ressources publiques et privées afin d’accélérer la transformation économique du pays dans un contexte mondial de plus en plus incertain.

Sous la présidence du ministre de l’Économie et des Finances chargé de l’Industrie, M. Ilyas Moussa Dawaleh, s’est tenu hier la cérémonie officielle de lancement du Rapport Pays 2026 de la Banque africaine de développement (BAD) consacré à Djibouti. Placée sous le thème « La mobilisation des ressources à grande échelle pour le financement du développement de Djibouti dans un monde fragmenté », cette publication annuelle se veut un véritable outil stratégique pour accompagner le pays dans la réalisation de ses ambitions de développement.

L’événement a réuni dans la salle de conférence du Ministère de l’Economie et des Finances, chargé de l’Industrie MEFI, un large éventail d’acteurs institutionnels et économiques, parmi lesquels le Coordonnateur résident du Système des Nations unies à Djibouti, José Barahona, la Représentante résidente de l’UNICEF, Ramatou Touré, un haut responsable de la Banque centrale de Djibouti, Ali Daoud, ainsi que Malik Mohamed Garad, économiste-pays de la Banque africaine de développement. Depuis le siège de la BAD, Guy Blaise Nkamleu, économiste en chef de l’institution, est intervenu en visioconférence pour partager son analyse des grands défis économiques auxquels le continent africain est confronté.

Des principaux partenaires techniques et financiers, des représentants des administrations publiques, des opérateurs du secteur privé, des universitaires, des organisations de la société civile et des médias ont participé à cette rencontre en vue de réfléchir aux mécanismes permettant de financer durablement le développement de Djibouti.

Une croissance solide, mais des défis persistants

Publié chaque année dans le cadre des Perspectives économiques en Afrique, le Rapport Pays de la BAD offre une analyse détaillée de la conjoncture économique des 54 États africains. Véritable instrument d’aide à la décision, il fournit aux gouvernements et à leurs partenaires une lecture approfondie des performances économiques, des vulnérabilités et des perspectives de chaque pays.

Pour Djibouti, le rapport met en évidence une économie qui continue d’afficher une croissance robuste, soutenue principalement par les activités portuaires, logistiques, les télécommunications ainsi que le commerce.

Dans son allocution d’ouverture, le ministre de l’Économie et des Finances, M. Ilyas Moussa Dawaleh, a salué la qualité de cette nouvelle édition ainsi que l’accompagnement constant de la Banque africaine de développement dans la mise en œuvre des priorités nationales. « Cette édition intervient dans un contexte international marqué par de nombreuses incertitudes économiques et géopolitiques. Dans un tel environnement, la question du financement du développement est plus que jamais au cœur des préoccupations de nos pays », a-t-il déclaré avant d’indiquer que les conclusions du rapport confirment la bonne dynamique de l’économie nationale, tout en rappelant les défis structurels auxquels le pays demeure confronté.

« Le rapport montre que l’économie djiboutienne continue d’enregistrer une croissance soutenue, portée principalement par les activités portuaires, logistiques, les télécommunications et le commerce » a souligné le ministre Ilyas Moussa Dawaleh.

Evoquant par la suite, les défis auxquels le pays doit faire face, le ministre de l’économie et des finances a indiqué que le rapport souligne « une base fiscale limitée, un secteur informel important, des besoins d’investissements élevés et des contraintes budgétaires toujours plus rigoureuses des finances publiques ».

Pour les relever, le rapport recommande notamment de renforcer la mobilisation des recettes intérieures, d’améliorer l’efficacité de la dépense publique, de développer les partenariats public-privé et de consolider la gouvernance économique ainsi que la transparence dans la gestion des finances publiques.

Selon le ministre, ces recommandations s’inscrivent pleinement dans les orientations du Plan national de développement 2025-2030, qui constitue l’une des principales étapes de mise en œuvre de la Vision Djibouti 2035, destinée à bâtir une économie plus diversifiée, plus compétitive et davantage résiliente face aux chocs extérieurs.

Le capital humain, un investissement stratégique

Intervenant au nom des Nations unies, la Représentante résidente de l’UNICEF à Djibouti, Ramatou Touré, a insisté sur la nécessité de placer le développement du capital humain au cœur des politiques publiques.

Elle a rappelé que la croissance économique ne saurait être durable sans des investissements conséquents dans les secteurs sociaux, notamment l’éducation, la santé, la protection sociale et l’autonomisation des jeunes.

« Lorsqu’on regarde le Plan national de développement de Djibouti, on voit clairement que l’investissement dans le capital humain est une priorité. Pour construire une croissance durable, il est indispensable d’investir dans les secteurs sociaux et dans la population, en particulier les enfants et les jeunes qui construiront le Djibouti de demain », a-t-elle précisé.

Une feuille de route pour renforcer la résilience économique

Au cours de la présentation du Rapport Pays 2026 de Djibouti, Malik Mohamed Garad, alors économiste-pays de la BAD a exposé les principaux indicateurs macroéconomiques, les perspectives de croissance ainsi que les recommandations formulées par l’institution financière africaine pour accompagner la transformation économique du pays.

Il est à noter que le rapport souligne que Djibouti dispose d’atouts considérables : une position géographique stratégique au carrefour des grandes routes commerciales mondiales, des infrastructures portuaires et logistiques modernes, ainsi qu’un rôle de plateforme régionale incontournable pour le commerce et les services.

Toutefois, dans un environnement international marqué par la fragmentation des échanges, les tensions géopolitiques et le durcissement des conditions de financement, la BAD estime que le pays devra accélérer les réformes destinées à élargir sa base fiscale, attirer davantage d’investissements privés, développer des instruments de financement innovants et consolider ses partenariats avec les institutions financières internationales.

Les recommandations formulées dans le Rapport Pays 2026 convergent toutes vers un même objectif : permettre à Djibouti de financer plus efficacement son développement, de renforcer la résilience de son économie face aux chocs extérieurs et de promouvoir une croissance durable, inclusive et créatrice d’emplois. À travers cette publication, la Banque africaine de développement confirme ainsi son rôle de partenaire stratégique de Djibouti et met à la disposition des décideurs un précieux outil d’analyse pour orienter les politiques publiques, soutenir les réformes économiques et accompagner les ambitions du pays vers une prospérité durable.

Sadik Ahmed