La Direction générale de la Population et de la Famille (DGPF) est engagée dans une profonde transformation de ses méthodes de travail et de ses services. Généralisation de la carte nationale d’identité biométrique, numérisation progressive des archives, développement de services numériques, renforcement de la proximité avec les citoyens et préparation de nouveaux outils comme l’ID Mobile : l’institution entend accompagner la modernisation de l’administration et répondre aux nouvelles attentes des usagers. Cette évolution s’accompagne également de défis, notamment en matière de ressources humaines, d’infrastructures et de gestion des archives. Dans cet entretien accordé à La Nation, le directeur général de la Population et de la Famille, M. Abdi Abdillahi Obsieh, revient sur les principales réformes engagées, les résultats obtenus, les difficultés rencontrées et les projets qui doivent contribuer à construire une administration plus moderne, plus accessible et davantage tournée vers les citoyens.

La Nation : Monsieur le Directeur général, la Direction générale de la Population et de la Famille est engagée dans un vaste processus de modernisation. Quelles sont les principales réformes entreprises ces dernières années ?

Abdi Abdillahi Obsieh : Je vous remercie pour votre visite et pour l’intérêt que vous accordez aux activités de notre institution. La Direction générale de la Population et de la Famille connaît effectivement une transformation importante. Notre objectif est de moderniser l’ensemble de nos services afin de mieux répondre aux attentes des citoyens. La réforme la plus importante est la généralisation de la carte nationale d’identité biométrique. Cette carte est dotée d’une puce électronique contenant les données biométriques de son titulaire, notamment les empreintes digitales, ce qui garantit un niveau de sécurité beaucoup plus élevé que l’ancien système. Depuis 2025, cette carte est délivrée sur tout le territoire national. Cette modernisation s’inscrit dans la volonté de construire une administration plus performante, plus transparente et davantage tournée vers les besoins des usagers.

Quelles mesures avez-vous prises pour accélérer le traitement des dossiers et améliorer la qualité des services ?

Nous avons engagé un vaste programme de numérisation des archives administratives. Auparavant, les agents devaient rechercher manuellement les dossiers papier, ce qui rallongeait les délais. Aujourd’hui, les actes de naissance, actes de mariage, photographies et autres pièces justificatives sont progressivement intégrés dans une base de données numérique. Les agents peuvent ainsi accéder immédiatement aux informations nécessaires, ce qui réduit considérablement les délais de traitement tout en améliorant la fiabilité des vérifications. Cette évolution permet également d’offrir un service plus rapide et plus efficace aux citoyens.

En quoi la carte nationale d’identité biométrique constitue-t-elle une avancée majeure dans la lutte contre la fraude ?

La biométrie représente aujourd’hui l’un des moyens les plus fiables pour sécuriser l’identité des citoyens. Chaque carte est liée aux données biométriques uniques de son titulaire. Cela rend pratiquement impossible toute falsification ou toute usurpation d’identité. Les administrations, les banques et d’autres organismes pourront vérifier instantanément l’authenticité de la carte grâce à notre base de données. Cette réforme renforce la confiance dans les documents officiels et protège les citoyens contre les fraudes.

La croissance démographique constitue-t-elle un défi pour votre administration ?

Oui, incontestablement. L’augmentation constante de la population entraîne une hausse importante des demandes de cartes d’identité et des autres documents administratifs. Pour répondre à cette évolution, nous avons multiplié les centres d’enrôlement dans les arrondissements de Djibouti-Ville ainsi que dans les préfectures des régions de l’intérieur. Cette politique de proximité permet aux citoyens d’effectuer leurs démarches plus facilement sans avoir à parcourir de longues distances.

Quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels fait face la Direction générale ?

Nos principaux défis concernent les ressources humaines et les infrastructures. Malgré l’augmentation de la demande, nos effectifs n’ont pas progressé au même rythme. Nous faisons également face à un manque d’espace pour les archives, qui continuent de recevoir un volume important de dossiers. Nous poursuivons donc nos efforts de numérisation tout en plaidant pour un renforcement des moyens humains et matériels.

Quels projets numériques préparez-vous pour les prochains mois ?

Nous travaillons actuellement sur plusieurs projets structurants. Le premier est l’ID Mobile, qui permettra aux citoyens de disposer de leur carte d’identité directement sur leur téléphone portable. Nous préparons également un portail numérique permettant d’effectuer certaines démarches administratives en ligne. Ces innovations simplifieront les procédures et réduiront les déplacements des usagers.

Comment garantissez-vous l’accès aux services pour les personnes vulnérables ou vivant dans les zones éloignées ?

Nous avons mis en place des équipes mobiles équipées de kits biométriques. Elles interviennent auprès des personnes âgées, malades, hospitalisées ou à mobilité réduite, ainsi que dans les localités les plus éloignées. Notre objectif est qu’aucun citoyen ne soit privé de son droit à l’identité pour des raisons de santé ou d’éloignement géographique.

Quels sont les résultats les plus marquants obtenus depuis le lancement de ces réformes?

Parmi les réalisations majeures figurent la généralisation de la carte biométrique, la numérisation des archives, l’ouverture de guichets dans toutes les régions et l’amélioration des délais de traitement. Nous avons également rapproché l’administration des citoyens en développant les services de proximité, ce qui constitue une avancée importante.

Quels sont vos objectifs prioritaires pour les prochains mois ?

Notre priorité est de réduire davantage les délais de délivrance des cartes nationales d’identité. Nous souhaitons également renforcer les capacités de traitement dans les arrondissements afin d’éviter les transferts systématiques de dossiers vers les archives centrales. Nous poursuivrons aussi le développement des services numériques.

Comment envisagez-vous l’interconnexion avec les autres administrations publiques ?

Nous travaillons sur un système d’interopérabilité qui permettra aux administrations publiques, ainsi qu’à certaines institutions comme les banques ou les organismes de protection sociale, de vérifier en temps réel l’authenticité d’une carte nationale d’identité. Cette interconnexion renforcera la sécurité des démarches administratives et facilitera les échanges entre les différentes institutions.

Quels bénéfices ces réformes apporteront-elles directement aux citoyens ?

Les citoyens bénéficieront de démarches plus rapides, de documents plus sécurisés, d’une réduction des déplacements et d’un accès simplifié aux services publics. Les nouvelles technologies permettront également de limiter les erreurs administratives et d’améliorer la qualité globale des prestations offertes par la Direction générale.

Comment la Direction générale traite-t-elle les actes d’état civil, notamment les actes de naissance et de mariage ?

La gestion des actes d’état civil constitue une mission essentielle de notre administration. Nous avons entrepris de sécuriser et de centraliser progressivement ces documents afin d’en faciliter la conservation et la consultation. La numérisation permet de limiter les pertes, les détériorations et les erreurs de classement. Elle améliore également la rapidité de délivrance des copies et des extraits demandés par les citoyens. Notre objectif est de garantir un service fiable, accessible et conforme aux exigences administratives modernes.

Quelles actions menez-vous pour renforcer les compétences de vos agents ?

La modernisation de l’administration ne peut réussir sans un investissement important dans la formation du personnel. Nous organisons régulièrement des sessions de renforcement des capacités pour familiariser les agents avec les nouveaux outils numériques, les procédures biométriques et les méthodes de traitement électronique des dossiers. Nous insistons également sur l’accueil du public, la rigueur administrative et le respect des délais. Un personnel bien formé est indispensable pour offrir un service public de qualité.

Quelle est votre vision à long terme pour la Direction générale de la Population et de la Famille ?

Notre vision est de faire de la Direction générale de la Population et de la Famille une administration entièrement modernisée, interconnectée et proche des citoyens. À long terme, nous voulons disposer d’un système intégré permettant une gestion rapide, sécurisée et transparente de l’identité et de l’état civil. Nous souhaitons également développer davantage les services numériques afin de simplifier la vie des usagers. Notre ambition est de bâtir une institution exemplaire, capable d’accompagner durablement la transformation administrative du pays.

Quel message souhaitez-vous adresser aux citoyens djiboutiens pour conclure ?

J’invite tous les citoyens, en particulier les jeunes atteignant l’âge de 18 ans, à effectuer leur demande de carte nationale d’identité sans attendre. Ce document est indispensable pour accéder à de nombreux services et exercer pleinement ses droits. La Direction générale de la Population et de la Famille poursuivra ses efforts afin d’offrir une administration moderne, efficace et proche des citoyens. Notre engagement est d’améliorer continuellement la qualité des services publics et de garantir à chaque Djiboutien une identité sécurisée et reconnue.

Interview réalisée par Zouhour Abdillahi