
Pêcheur de 60 ans, Ali Salem Hussein a quitté Dhubab avec son épouse et leur fils de neuf ans. Après plusieurs heures de traversée, la famille a trouvé refuge à Markazi. Entre la peur des bombardements et l’espoir d’une vie plus paisible, son récit raconte, avec des mots simples, le chemin de l’exil.
Rencontré jeudi dernier à Markazi, dans la région d’Obock, Ali Salem Hussein raconte son départ avec la sobriété de ceux qui ont dû prendre une décision dans l’urgence. Dimanche, il a quitté Dhubab, au Yémen, avec son épouse et leur fils de neuf ans. Leur destination : Djibouti. « Nous sommes partis dimanche du Yémen et nous sommes arrivés ici », raconte-t-il simplement.
Pêcheur de profession, Ali Salem a laissé derrière lui son activité, son quotidien et son environnement familier. La peur des bombardements et des combats a fini par l’emporter sur la volonté de rester. « Nous avons fui les tirs», explique-t-il avant d’ajouter: « Tout le monde a peur du bruit des avions. » Son récit ne cherche pas à décrire toute la guerre. Il parle surtout de ce qu’elle représente pour une famille ordinaire : la peur, l’incertitude et la nécessité de partir pour se mettre à l’abri.
À Dhubab, dit-il, la situation était devenue trop inquiétante. « Les Houthis étaient à l’intérieur. Ils ont pris toute la région. C’est entre leurs mains maintenant »,
affirme-t-il. Dans ces circonstances, les membres de la famille ont pris des directions différentes. Certains proches ont rejoint d’autres villes du Yémen, tandis que d’autres ont choisi de se diriger vers Djibouti. « Tout le monde est parti», raconte Ali Salem. « Certains sont allés dans d’autres villes du Yémen, d’autres sont venus ici. »
Le départ a eu lieu dans l’après-midi, au moment de la prière d’Al-Asr. Quelques heures plus tard, la famille atteignait Djibouti. Interrogé sur la traversée, Ali Salem reste fidèle à la sobriété qui caractérise son témoignage: « Le voyage s’est bien passé, Dieu merci. » Mais pour ce père de famille, le plus important était ailleurs : arriver avec son épouse et son enfant dans un endroit où ils pourraient être pris en charge.
Un nouveau départ à Markazi
À son arrivée, Ali Salem dit avoir été rassuré par l’accueil qui lui a été réservé. « Nous avons été très bien accueillis, Dieu soit loué », témoigne-t-il. La famille a ensuite été installée au village de Markazi, destiné à accueillir les nouveaux arrivants. « Ils nous ont installés dans le village de Markazi. Tout s’est bien passé. On nous a très bien traités », poursuit-il.
Pour cet homme qui vient de quitter son pays, Markazi constitue désormais une étape nouvelle, loin de son quotidien de pêcheur. Son avenir professionnel reste incertain, mais son témoignage ne s’attarde pas sur ce qu’il a perdu. Il parle avant tout de sa famille.
À ses côtés, son fils de neuf ans partage cette nouvelle vie, après avoir quitté son environnement habituel dans des circonstances difficiles. Pour Ali Salem, partir était avant tout une question de protection. « Tout le monde a peur des bombardements et des affrontements », répète-t-il. Quelques mots qui disent beaucoup de la réalité vécue par les populations prises dans les conflits : lorsque la peur devient quotidienne, partir devient parfois la seule décision possible. Aujourd’hui, Ali Salem Hussein ne sait pas encore ce que les prochains jours lui réservent. Il sait seulement qu’il a franchi une étape essentielle : mettre son épouse et son fils à l’abri. Avant de quitter Markazi, son regard se tourne vers l’avenir. Lorsqu’on lui demande comment il envisage cette nouvelle étape de sa vie, il répond avec la même simplicité : « Que Dieu nous apporte le meilleur. »
Mohamed Chakib










































