
Il arrive sans faste ni protocole. Une poignée de main chaleureuse, un sourire mesuré et une simplicité qui contraste avec la carrière qu’il a construite depuis plus de trois décennies. Jeudi dernier, le quotidien La Nation a eu le privilège d’accueillir dans ses locaux l’ambassadeur de la République de Djibouti auprès de l’État d’Érythrée, Aden Ali Mahamade. Au fil d’un entretien empreint de sincérité, le diplomate s’est livré avec pudeur, évoquant son parcours, sa vision de la diplomatie, son engagement associatif et sa conviction profonde que le véritable service de l’État commence souvent loin des projecteurs.

À l’écouter, on comprend rapidement que l’homme n’est pas de ceux qui recherchent la lumière. Sa voix est calme, son regard posé, ses propos mesurés. Il préfère raconter les expériences, les rencontres et les actions plutôt que les distinctions ou les fonctions qu’il a occupées. Une modestie qui semble être le fil conducteur de toute son existence.
Originaire de la région de Tadjourah, Aden Ali Mahamade effectue ses études primaires et secondaires dans sa ville natale avant de poursuivre sa formation en France. Après un baccalauréat scientifique, il obtient un DEUG en sciences de la vie et de la Terre, puis un master en économie et relations internationales. Un parcours universitaire qui lui ouvre naturellement les portes du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale en 1993.
Commence alors une carrière diplomatique construite avec patience et constance. Conseiller à l’ambassade de Djibouti à Paris, puis directeur de la Coopération internationale entre 2006 et 2012, il contribue au renforcement des partenariats du pays avec ses partenaires étrangers. Depuis 2012, il représente Djibouti en qualité d’ambassadeur auprès de l’État d’Érythrée.
Sa mission se déroule dans une région où les équilibres géopolitiques restent sensibles. Dans ce contexte, chaque geste diplomatique, chaque échange et chaque dialogue comptent. Pour lui, la diplomatie n’est ni un exercice de prestige ni une succession de cérémonies officielles. Elle repose avant tout sur la confiance, l’écoute et la connaissance des hommes. « La diplomatie, c’est un métier, une carrière. Mais l’action associative, c’est une vocation », confie-t-il avec conviction.
L’engagement citoyen comme seconde nature
Cette phrase résume sans doute le mieux la personnalité d’Aden Ali Mahamade.
Car derrière le diplomate se cache un homme profondément attaché au développement de sa région et au bien-être des populations. Depuis plus de vingt ans, il consacre une partie importante de son temps libre à la vie associative. Membre fondateur de l’association Écologie du Village (EVA) ainsi que de l’association Pari, dont il est aujourd’hui président d’honneur, il multiplie les initiatives en faveur de la protection de l’environnement, du développement local et de la mobilisation citoyenne. Son engagement ne relève ni d’une stratégie de communication ni d’une ambition personnelle. Il répond à une conviction simple: « On est toujours dans la critique, mais on n’est pas dans la construction. Moi, j’ai choisi d’apporter quelque chose. »
Au fil des années, il participe à l’organisation de nombreuses actions communautaires, accompagne des projets de développement et mobilise les compétences locales autour d’initiatives concrètes. Pourtant, son nom apparaît rarement au premier plan. Cette discrétion est assumée.
« On gère discrètement et sans jamais paraître, ni à la télévision ni sur les réseaux sociaux. »
Cette philosophie l’a accompagné tout au long de son parcours. En 2016, il contribue activement à l’organisation de la visite présidentielle à Addaïlou, sans jamais chercher à apparaître devant les caméras.
Plus récemment, lors de l’élection présidentielle de 2026, il assure la direction de la campagne de l’UMP dans la région de Tadjourah. Là encore, il coordonne les équipes, organise les actions de terrain et veille au bon déroulement de la campagne avec la même discrétion qui le caractérise.
Au-delà des fonctions qu’il occupe, Aden Ali Mahamade défend une certaine idée de la responsabilité. Pour lui, les études, les voyages et les expériences professionnelles n’ont de valeur que s’ils permettent de servir son pays.
« Nous pouvons faire beaucoup de choses parce que nous sommes éduqués, parce que nous avons voyagé. La vraie question est : qu’est-ce que nous apportons au retour ? »
Cette interrogation revient à plusieurs reprises au cours de l’entretien. Elle traduit une conception exigeante de l’engagement public, fondée sur le devoir de transmettre et de contribuer au progrès collectif.
À l’heure où la visibilité est devenue un objectif en soi, Aden Ali Mahamade emprunte une voie différente. Celle de l’efficacité silencieuse, du travail patient et du service rendu sans recherche de reconnaissance. Diplomate de carrière, homme de dialogue et acteur engagé de la société civile, il incarne cette génération de serviteurs de l’État qui considèrent que les plus belles réussites sont souvent celles qui se construisent loin des projecteurs.
Et c’est peut-être là que réside sa véritable singularité : faire beaucoup, parler peu et laisser les réalisations témoigner à sa place.
Souber Hassan








































