À la veille de la célébration du 49ᵉ anniversaire de son indépendance, la République de Djibouti entre dans une nouvelle ère de souveraineté sanitaire. Sous le haut patronage du Président Ismaïl Omar Guelleh, le tout premier département de chirurgie cardiaque a été mis en service au sein de l’Hôpital militaire. Cette infrastructure de pointe permet désormais de réaliser des opérations à cœur ouvert sur le territoire national, mettant fin aux évacuations coûteuses vers l’étranger. Focus sur un établissement où l’excellence technologique, l’engagement humain et l’ambition nationale s’unissent pour sauver des vies et projeter Djibouti comme futur pôle médical de la Corne de l’Afrique.

Pendant des années, les patients djiboutiens atteints de graves pathologies cardiaques n’avaient qu’une seule solution, partir pour n’importe quel pays du monde, disposant d’un bloc opératoire capable d’ouvrir un thorax et de réparer un cœur qui, à l’intérieur, battait de travers. Ces voyages coûteux, souvent accompagnés de longues attentes administratives et médicales, appartiennent désormais au passé.

Un département de chirurgie cardiaque capable de réaliser des interventions à cœur ouvert, parmi les opérations les plus complexes de la médecine moderne, est dorénavant opérationnel au sein de l’Hôpital militaire de Djibouti.

Il s’agit du tout premier département du genre dans l’histoire de Djibouti. Une infrastructure de haute technologie, pensée pour prendre en charge des patients atteints de maladies coronariennes, d’affections des valves cardiaques, de certaines dissections aortiques ou encore de plusieurs formes de malformations cardiaques congénitales.

Inaugurée officiellement, après une série d’interventions réussies dans sa phase pilote, le 25 juin dernier, par le Président de la République, Son Excellence M. Ismail Omar Guelleh, cette unité spécialisée, l’une des avancées médicales les plus importantes jamais réalisées dans le pays, est conçue pour répondre aux standards internationaux les plus exigeants.

La mise en service de cette nouvelle infrastructure sanitaire intervient dans un contexte où Djibouti poursuit la modernisation de son système de santé à travers le développement des soins spécialisés, la formation des compétences nationales et l’investissement dans des équipements de très haute technologie.

Des blocs opératoires aux standards des plus grands hôpitaux mondiaux

À première vue, rien ne distingue véritablement ce bâtiment des autres structures hospitalières. Il dispose de deux blocs opératoires entièrement dédiés aux interventions cardiovasculaires complexes. Chaque salle répond aux standards internationaux les plus exigeants en matière de stérilisation, de sécurité et de contrôle des infections. « Les équipements que nous disposons sont les mêmes que ceux que l’on trouve dans mon précédent service à Édimbourg en Écosse ou à Rome. En d’autres termes, ils répondent aux standards internationaux les plus élevés. Nous n’avons plus qu’à les mettre en service : les machines sont là, prêtes à être utilisées » affirme le professeur Ciro Campanella cardio-chirurgien italien, formateur de l’équipe de chirurgien djiboutien. « Nous travaillons aujourd’hui dans des conditions optimales. J’ai trouvé un environnement très réceptif, et le programme de chirurgie cardiaque concernera à la fois les adultes et les enfants » déclare le cardio-chirurgien. Moniteurs multiparamétriques, respirateurs de dernière génération, colonnes d’anesthésie, systèmes d’imagerie, dispositifs de surveillance continue, matériel de perfusion… tout a été pensé pour permettre la réalisation d’interventions parmi les plus délicates de la chirurgie moderne.

Mais c’est la machine de circulation extracorporelle qui reste au cœur de cette organisation. Pendant une chirurgie à cœur ouvert, cet appareil remplace temporairement les fonctions du cœur et des poumons, permettant aux chirurgiens d’intervenir sur un cœur totalement arrêté. Une prouesse technologique qui nécessite une parfaite coordination entre chirurgiens, anesthésistes-réanimateurs, perfusionnistes, infirmiers spécialisés et techniciens biomédicaux.

Un ensemble de gestes parfaitement maîtrisés par l’équipe du département de la chirurgie de l’hôpital militaire, qui a permis à la réussite des premières opérations à cœur ouvert.

Une équipe médicale hautement qualifiée

Si l’équipement est impressionnant, il ne serait rien sans les mains qui le manient. Le département dispose d’une équipe médicale hautement qualifiée, composée d’un professeur en chirurgie cardiaque, d’un chirurgien spécialisé et d’un médecin réanimateur. Ces professionnels ont suivi des formations rigoureuses, accumulé une expérience significative sur de nombreux cas complexes, et ont su transposer leur expertise dans un contexte djiboutien.

Le professeur Campanella qui a exercé auparavant dans des services prestigieux à Édimbourg en Écosse et à Rome, n’a pas caché sa fierté : « Les médecins, les infirmiers, les anesthésistes et les autres professionnels de santé ont tous déjà reçu une formation solide. Ils disposent des compétences de base nécessaires ; il ne restait plus qu’à mettre en place une organisation logistique adaptée au fonctionnement de la structure » souligne-t-il

Cette affirmation témoigne que Djibouti dispose désormais de ressources humaines locales capables d’assurer la pérennité du service.

Parmi les visages de cette réussite, figure le médecin-capitaine Amir Aden Ali occupe une place à part. Chirurgien cardiaque exerçant à l’hôpital militaire de Djibouti, issu de la première promotion de la faculté de médecine du pays, il incarne la continuité entre une formation locale et une expertise désormais reconnue à l’échelle internationale.

Dans son bureau, le médecin djiboutien ne cache pas son émotion. « C’est une immense fierté d’avoir pu réaliser la première opération, la première chirurgie à cœur ouvert à Djibouti. C’est une première au niveau national et même au niveau régional. Au niveau de la qualité, nous avons les meilleures performances » a-t-il dit sourire aux lèvres.

Les deux premières opérations : une réussite historique

Tout a commencé quelques jours avant l’inauguration officielle, lorsque le service a réalisé avec succès des opérations à cœur ouvert très délicates. L’équipe médicale du département a en effet réussi à soulager deux patients souffrant de graves valvulopathies cardiaques. Ces affections, qui altèrent le bon fonctionnement des valves du cœur, compromettant la circulation sanguine et entraînant progressivement une insuffisance cardiaque pouvant, à terme, mettre la vie de ces malades en danger.

« Les patients souffraient de valvulopathies sévères. Leurs valves cardiaques ne fonctionnaient plus correctement. Nous avons dû arrêter le cœur, assurer artificiellement la circulation sanguine grâce à la machine de circulation extracorporelle, retirer les valves défectueuses puis les remplacer par des prothèses » explique le médecin-capitaine Amir Aden Ali, qui figure parmi les acteurs de cette réussite.

Son collègue Mahamoud Moussa Mahmoud réanimateur, se souvient parfaitement de ces longues heures passées au bloc au cours des deux premières interventions. « Lorsque nous avons conduit le premier patient au bloc opératoire, beaucoup pensaient qu’une telle intervention était impossible à réaliser ici. Pourtant, grâce à notre formation, à notre expérience et à la préparation minutieuse de toute l’équipe, l’opération a duré trois heures et demie et s’est déroulée dans d’excellentes conditions » confie-t-il

Six heures après l’intervention, les premiers examens confirmaient, selon lui, la stabilité du patient.

Pour ce médecin djiboutien spécialiste en réanimation, la chirurgie cardiaque demeure l’une des disciplines les plus exigeantes de la médecine. « Elle demande une connaissance scientifique approfondie, une grande précision technique mais aussi une capacité à prendre des décisions en quelques secondes. Chaque membre de l’équipe joue un rôle déterminant » ajoute Mahamoud Moussa.

Il est à noter que la réussite d’une chirurgie cardiaque repose sur une mobilisation d’un ensemble de personnel hautement qualifié. Dans le bloc opératoire, chaque geste est minuté. Pendant plusieurs heures, chirurgiens, anesthésistes, et personnels soignants travaillent dans une coordination parfaitement synchronisée. Dans un environnement où la sécurité et la stérilisation sont non négociables, chaque geste a été pensé, répété, exécuté. À quelques mètres seulement, l’unité de soins intensifs prend immédiatement le relais. Les premières heures qui suivent une chirurgie cardiaque sont déterminantes.

Chaque patient bénéficie d’une surveillance continue permettant de détecter instantanément la moindre complication. Une fois stabilisés, les malades rejoignent l’unité d’hospitalisation spécialisée où débute l’étape de la récupération, la rééducation et le retour progressif à une vie normale. Un ensemble de soins qui est désormais assuré dans ce département à l’instar des plus grands hôpitaux du monde.

Rappelons que la réussite de ces deux premières opérations est le fruit d’une vision politique et d’investissements constants. Elle est surtout celle d’une équipe d’hommes et de femmes, dirigée par le Dr Madian Mohamed Saïd, qui a cru en la possibilité d’offrir aux patients djiboutiens en cardiologie, des soins répondant aux normes internationales.

En ce qui concerne les perspectives d’avenir du programme de chirurgie cardiaque. Il prendra également en charge les enfants selon les responsables du département. « La première phase a démarré avec les pathologies adultes les plus courantes, notamment les maladies des valves et les affections coronariennes. Mais l’ambition est plus large : couvrir l’ensemble des pathologies cardiaques complexes, y compris pédiatriques, sans que les patients aient à franchir une frontière » toujours selon eux.

Une ambition régionale et un pôle de formation des spécialistes de demain

Les djiboutiens pourront désormais bénéficier d’une prise en charge spécialisée sans quitter leur pays, dans leur environnement familial et culturel. Une proximité qui certes favorisera un meilleur suivi post-opératoire et une continuité des soins essentielle à la réussite des traitements. Mais au-delà de son impact immédiat sur le système de santé national, l’ouverture du département de chirurgie cardiaque porte une ambition beaucoup plus large. Pour les responsables du projet, il ne s’agit pas seulement d’apporter une réponse aux besoins des patients djiboutiens, mais de poser les bases d’un véritable centre d’excellence cardiovasculaire capable de rayonner à l’échelle régionale. Cette nouvelle structure incarne ainsi une volonté de faire de Djibouti un acteur de référence dans un domaine médical hautement spécialisé.

Dans une région où l’accès à la chirurgie cardiaque demeure encore limité et où les infrastructures dédiées restent rares, Djibouti dispose désormais d’un atout stratégique majeur. Grâce à des équipements modernes, à une équipe médicale qualifiée et à une structure répondant aux standards internationaux, le département pourrait progressivement accueillir des patients venus des pays voisins, notamment ceux qui doivent parcourir de longues distances pour bénéficier de soins spécialisés.

Cette perspective ouvre une nouvelle étape dans le développement du secteur de la santé djiboutien. Au-delà du bénéfice pour les familles qui n’auront plus à supporter les contraintes liées aux évacuations sanitaires à l’étranger, le projet contribue à renforcer la position du pays comme un hub régional de services médicaux de haute qualité. Une ambition qui s’inscrit dans une vision de long terme : faire de la médecine d’excellence un nouveau vecteur de coopération et de rayonnement pour Djibouti dans la Corne de l’Afrique.

A l’avenir ce département servira de terrain de formation pour les jeunes djiboutiens mais également des pays de la région désireux de se spécialiser dans ce domaine sans quitter le pays.

Cette dynamique favorisera l’émergence d’une nouvelle génération de chirurgiens, d’anesthésistes, de perfusionnistes et d’infirmiers spécialisés.

À moyen terme, cette montée en compétences contribuera à renforcer durablement les capacités nationales dans l’ensemble des disciplines de haute spécialisation.

RACHID BAYLEH