Il est des réunions qui dépassent le cadre administratif pour marquer un véritable changement de cap. Celle présidée cette semaine par le Premier ministre, Abdoulkader Kamil Mohamed, appartient à cette catégorie. Au-delà des consignes techniques, c’est une nouvelle philosophie de l’action publique qui a été clairement affirmée : celle d’un État où la coordination n’est plus une recommandation, mais une exigence.

Pendant longtemps, la gouvernance a souvent souffert d’une logique sectorielle. Chaque département ministériel élaborait ses programmes, poursuivait ses objectifs et évaluait ses résultats selon ses propres priorités. Cette organisation a permis des avancées dans plusieurs domaines, mais elle a également montré ses limites. Les grands défis du développement ne se découpent pas en compartiments étanches. Ils s’entrecroisent, se complètent et exigent des réponses transversales.

L’emploi, l’énergie, les infrastructures, l’éducation, la santé, le numérique ou encore la sécurité alimentaire sont autant de politiques publiques qui ne peuvent produire pleinement leurs effets si elles sont conçues isolément. Une route facilite l’accès à l’école, l’électricité soutient l’industrialisation, le numérique modernise les services publics, tandis que la formation prépare les compétences dont l’économie a besoin. Chaque secteur dépend désormais des autres.

C’est précisément cette réalité que le Premier ministre a choisi de placer au cœur de la méthode gouvernementale. Son message est simple : il ne suffit plus que chaque ministère réussisse individuellement ; c’est la cohérence de l’action gouvernementale dans son ensemble qui constitue désormais le véritable indicateur de performance.

Cette orientation prend une dimension particulière avec l’alignement de l’ensemble des politiques publiques sur la Vision Djibouti 2035 et le Plan national de développement ADEEG

2025-2030. En rappelant que tous les programmes devront s’inscrire dans ce cadre unique, la Primature ne cherche pas seulement à harmoniser les procédures administratives. Elle entend instaurer un langage commun, une même lecture des priorités nationales et une convergence durable des politiques publiques.

L’exigence de produire des documents stratégiques communs, précis et orientés vers les résultats traduit également une évolution profonde de la culture administrative. L’époque des rapports élaborés en vase clos semble céder la place à une démarche davantage fondée sur la concertation, le partage de l’information et la responsabilité collective.

Au fond, la coordination interministérielle ne constitue pas une contrainte supplémentaire. Elle apparaît comme une réponse aux exigences d’une administration moderne, confrontée à des défis de plus en plus complexes. Gouverner aujourd’hui ne consiste plus seulement à gérer efficacement son portefeuille ministériel ; il s’agit de contribuer à une œuvre collective où chaque décision renforce la cohérence de l’ensemble.

À mesure que Djibouti poursuit ses grandes réformes, cette culture de la convergence pourrait bien devenir l’un des principaux leviers de son efficacité administrative. Car dans une gouvernance tournée vers les résultats, la réussite ne se mesure plus au nombre de projets portés par un ministère, mais à la capacité de toutes les institutions à avancer dans une même direction.

Le signal envoyé depuis la Primature est donc sans équivoque. L’action publique entre dans une nouvelle phase où la performance ne sera plus l’addition de réussites individuelles, mais l’expression d’un État capable de mobiliser toutes ses compétences autour d’une vision commune. C’est sans doute là l’un des fondements d’une administration plus agile, plus cohérente et plus proche des attentes des citoyens.

Said Mohamed Halato