De Dire Dawa à Harar, immersion au cœur des vacances estivales des familles djiboutiennes

À peine franchie la frontière de Dewele, le paysage change progressivement. Les plaines arides cèdent la place à des reliefs plus verdoyants, l’air devient plus léger et la température baisse de plusieurs degrés. Pour des milliers de Djiboutiens, ce changement marque le véritable début des vacances.

Chaque été, un même mouvement s’observe entre Djibouti et l’est de l’Éthiopie. Fonctionnaires, commerçants, étudiants, retraités et familles entières prennent la route ou montent à bord du train reliant Djibouti à Dire Dawa puis Addis-Abeba. Leur destination ? Les villes de Dire Dawa et surtout Harar, véritable joyau historique de la Corne de l’Afrique, où le climat tempéré, le patrimoine exceptionnel et l’accueil chaleureux offrent un contraste saisissant avec la chaleur estivale de Djibouti. Bien plus qu’un simple séjour touristique, ces escapades constituent aujourd’hui une tradition profondément ancrée dans les habitudes des familles djiboutiennes. Elles témoignent aussi de la vitalité des liens historiques, humains et économiques qui unissent Djibouti et l’Éthiopie. Pendant plusieurs jours, nous avons suivi ces vacanciers dans les rues de Dire Dawa, dans les ruelles séculaires de Harar, au cœur des marchés, des hôtels, des cafés et des sites historiques qui attirent chaque année un nombre croissant de visiteurs venus de Djibouti.

Dès les premières heures de la matinée, la gare de Nagad connaît une effervescence particulière. Des familles arrivent avec de nombreuses valises, des enfants courent sur le quai pendant que leurs parents vérifient une dernière fois les billets.

Le train électrique reliant Djibouti à Dire Dawa puis Addis-Abeba est devenu, au fil des années, l’un des moyens de transport préférés des vacanciers.

Confortable, moderne et ponctuel, il offre une alternative appréciée à la route. À bord, l’ambiance est déjà celle des vacances. Les conversations alternent entre français, arabe, somali et afar. Les enfants collent leur visage contre les larges vitres tandis que les adultes profitent du paysage qui défile.

Les montagnes apparaissent progressivement, les vallées remplacent les étendues désertiques et l’air devient plus frais à mesure que le train prend de l’altitude.

« Nous faisons ce voyage chaque année», raconte Mohamed, fonctionnaire dans une administration publique djiboutienne. « Le train est devenu notre premier choix. Les enfants aiment énormément ce trajet. Nous arrivons reposés à Dire Dawa et nous poursuivons ensuite vers Harar » confie Mohamed.

Pour d’autres voyageurs, ils reprennent  le train vers   Addis-Abeba.

Après quelques jours passés dans la capitale éthiopienne pour faire des achats ou rendre visite à des proches, ils reprennent le train vers Dire Dawa avant de terminer leurs vacances à Harar.

Abdallah, fonctionnaire lui aussi, a adopté ce circuit depuis plusieurs années. « Addis-Abeba permet de faire du shopping, Dire Dawa est parfaite pour retrouver des amis et Harar reste le meilleur endroit pour se reposer. C’est un itinéraire que je recommande à tous mes collègues  » souligne le vacancier djiboutien. Ceux qui choisissent la route apprécient également la facilité du trajet. En quelques heures seulement, ils passent des fortes chaleurs de Djibouti à la douceur des hauts plateaux éthiopiens.

Dire Dawa, une ville toujours aussi accueillante

Pour beaucoup de Djiboutiens, Dire Dawa constitue la première étape. La ville conserve un charme particulier, hérité de son histoire ferroviaire et de sa position stratégique entre Djibouti et Addis-Abeba. Ses larges avenues, ses marchés animés, ses cafés et ses restaurants attirent chaque jour des centaines de visiteurs venus de Djibouti.

Dans les hôtels comme dans les centres commerciaux, les accents djiboutiens sont omniprésents. Les commerçants connaissent parfaitement cette clientèle fidèle qui revient chaque été. « Les Djiboutiens sont ici chez eux », lance avec le sourire un restaurateur installé près du centre-ville.

Le soir, les terrasses se remplissent rapidement. Les familles se retrouvent autour d’un café ou d’un repas traditionnel avant de préparer leur départ pour Harar, distante d’une cinquantaine de kilomètres seulement.

Un Consulat au service des ressortissants djiboutiens

Cette forte fréquentation estivale s’accompagne d’un important dispositif d’accompagnement mis en place par le Consulat général de Djibouti à Dire Dawa.

Sous l’impulsion du consul général, Moussa Hadj, les services consulaires ont considérablement renforcé leur organisation afin d’assurer une assistance permanente aux milliers de ressortissants qui transitent ou séjournent dans la région. Dès leur arrivée, les voyageurs sont invités à s’enregistrer auprès du Consulat. Une démarche simple mais essentielle.

Elle permet aux autorités consulaires de disposer rapidement des coordonnées des ressortissants et d’intervenir efficacement en cas d’urgence, d’accident ou de problème administratif. Les vacanciers reçoivent également tous les numéros utiles, notamment ceux du Consulat et des services de sécurité locaux. Une permanence fonctionne vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, y compris durant les week-ends et les jours fériés. Cette disponibilité est unanimement saluée. « Nous voyageons avec nos enfants en toute sérénité », explique Farah, installé avec sa famille dans un café de Dire Dawa. « Savoir que le Consulat est joignable à toute heure est très rassurant. On sent que tout est organisé pour protéger les Djiboutiens » ajoute-t-il.

Le rôle du Consulat dépasse largement les démarches administratives. Les équipes consulaires interviennent régulièrement pour assister les ressortissants confrontés à des difficultés judiciaires, sanitaires ou familiales. Elles accompagnent également les familles lors de situations particulièrement douloureuses, comme les rapatriements de dépouilles ou les accidents. Cette présence permanente contribue largement au sentiment de sécurité des voyageurs.

Les excellentes relations entretenues par Moussa Hadj avec les autorités locales permettent par ailleurs de résoudre rapidement de nombreuses situations administratives.

Harar, la cité qui ne cesse de fasciner

Quelques kilomètres seulement séparent Dire Dawa de Harar.

À l’approche de la vieille cité, le décor change radicalement. Les remparts apparaissent peu à peu avant de laisser découvrir l’une des villes historiques les plus remarquables d’Afrique.

Classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, Harar conserve un patrimoine architectural exceptionnel. Ses ruelles étroites, ses maisons traditionnelles aux couleurs éclatantes, ses dizaines de mosquées historiques et ses marchés constituent un véritable musée à ciel ouvert.

Dès les premières heures de la journée, les visiteurs arpentent les ruelles pavées où flottent les parfums de café fraîchement torréfié et d’épices. Chaque porte ancienne raconte une histoire. Chaque place rappelle plusieurs siècles de commerce, d’échanges culturels et de rencontres entre les peuples de la Corne de l’Afrique. « Nous revenons ici tous les deux ou trois ans », raconte Farah. « Malgré toutes nos visites, nous découvrons toujours quelque chose de nouveau. Harar possède une âme particulière. On ne s’en lasse jamais.»

Une fois franchies les imposantes portes de Jugol, la vieille ville fortifiée de Harar, le visiteur a le sentiment de remonter le temps. Les ruelles étroites, pavées de pierres anciennes, serpentent entre des maisons aux façades blanches, bleues ou ocre, dont les balcons en bois sculpté témoignent d’un riche passé commercial. Ici, les voitures disparaissent presque totalement. Les habitants circulent à pied, les enfants jouent devant les maisons et les artisans perpétuent des métiers transmis de génération en génération.

À chaque détour, une mosquée, une ancienne demeure ou une petite place rappelle que Harar est l’une des plus anciennes cités musulmanes d’Afrique. Avec ses dizaines de mosquées, ses sanctuaires et son architecture unique, la ville attire chaque année des visiteurs venus du monde entier, mais aussi un nombre toujours plus important de touristes djiboutiens. « Ce qui me plaît à Harar, c’est qu’on ne visite pas seulement une ville, on découvre une histoire », explique Mohamed, venu avec son épouse et leurs trois enfants. « Les enfants apprennent beaucoup de choses. Ils voient une autre facette de notre région, de notre patrimoine commun. »

Tout au long de la journée, des guides locaux accompagnent les visiteurs dans les dédales de la vieille ville. Ils racontent les grandes heures de Harar, son rôle de carrefour commercial entre la Corne de l’Afrique, le Moyen-Orient et l’océan Indien, ainsi que les influences culturelles qui ont façonné son identité.

Sur les traces d’Arthur Rimbaud

Parmi les lieux incontournables figure la célèbre Maison de Rimbaud, devenue l’une des attractions majeures de Harar.

L’ancien poète français, qui abandonna très jeune la littérature pour devenir négociant, séjourna plusieurs années dans cette région à la fin du XIXe siècle. Aujourd’hui transformée en musée, cette demeure expose des photographies, des documents historiques, des objets d’époque et plusieurs témoignages retraçant le passage de l’écrivain dans la ville.

Dans les différentes salles, les visiteurs découvrent l’histoire de cet homme qui, après avoir révolutionné la poésie française, choisit une vie totalement différente en Afrique orientale.

Hibo, fonctionnaire dans le secteur de l’éducation, ne cache pas son émotion. « Nous avions étudié Rimbaud à l’école. Voir cette maison de nos propres yeux donne une autre dimension à son histoire. C’est une visite que je recommande à tous les Djiboutiens. »

À quelques pas de là, plusieurs musées permettent également de mieux comprendre l’histoire de Harar, les traditions locales, les costumes anciens, les objets artisanaux ainsi que les échanges commerciaux qui ont longtemps relié cette cité à Djibouti.

Les nourrisseurs de hyènes, un spectacle unique au monde

Lorsque le soleil commence à disparaître derrière les remparts, un autre rendez-vous attire quotidiennement des centaines de visiteurs. À l’extérieur de la vieille ville, les célèbres nourrisseurs de hyènes prennent place. Cette tradition vieille de plusieurs générations constitue aujourd’hui l’un des symboles de Harar. Sous les regards fascinés des touristes, les hyènes sauvages sortent progressivement de l’obscurité pour venir chercher la nourriture que leur tend le gardien. Le spectacle est saisissant.

Certaines hyènes prennent délicatement les morceaux de viande directement dans la bouche du soigneur, tandis que d’autres les attrapent au bout d’un bâton. Les appareils photo crépitent.

Les enfants observent la scène avec des yeux émerveillés. « Au début, j’avais un peu peur », reconnaît Farah en riant.

« Mais tout est parfaitement maîtrisé. C’est un spectacle impressionnant que l’on ne peut voir nulle part ailleurs. »

Pour Abdallah, qui découvre Harar pour la première fois, cette expérience restera gravée dans sa mémoire. « J’avais vu plusieurs reportages à la télévision, mais assister à cette scène est totalement différent. On ressent une émotion particulière. »

Le Royal Sunshine, “Boureyeh”, la maison des Djiboutiens

S’il existe un lieu où l’on mesure immédiatement l’importance du tourisme djiboutien à Harar, c’est sans doute le Royal Sunshine Hotel, plus connu des habitués sous son ancien nom de « Boureyeh ».

Chaque matin, le hall de l’établissement se transforme en véritable point de rencontre des familles djiboutiennes. Les conversations se déroulent en français, en arabe, en somali et en afar. Les enfants jouent ensemble pendant que les parents échangent leurs programmes de visites. Le parking de l’hôtel est rempli de véhicules immatriculés à Djibouti. « Nous réservons plusieurs semaines à l’avance », explique Mohamed. « Si l’on attend le dernier moment, il devient difficile de trouver une chambre pendant les vacances. »

Le succès de l’hôtel s’explique autant par son confort que par la qualité de son accueil. Le personnel connaît parfaitement les habitudes de la clientèle djiboutienne. Les chambres familiales, la restauration et la disponibilité des équipes sont particulièrement appréciées.

Farah ne cache pas sa satisfaction. « Ici, nous sommes reçus comme des membres de la famille. Dès notre arrivée, tout le monde nous accueille avec le sourire. Les enfants connaissent même certains employés qui les reconnaissent d’une année sur l’autre. »

Les soirées sont souvent animées. Après une journée de visite, les familles se retrouvent autour d’un thé ou d’un café éthiopien. Les discussions portent sur les découvertes de la journée, les prochaines excursions ou les bonnes adresses à ne pas manquer.

Les marchés, le café et les saveurs de Harar

Impossible de quitter Harar sans flâner dans ses marchés. Les étals débordent de cafés, d’épices, de tissus colorés, d’objets artisanaux, de bijoux traditionnels et de produits locaux.

Les Djiboutiens apprécient particulièrement le café de Harar, réputé bien au-delà des frontières éthiopiennes. Dans les petites échoppes, les vendeurs proposent volontiers une dégustation avant l’achat. Les cérémonies traditionnelles du café attirent également de nombreux visiteurs. L’encens embaume les pièces tandis que les grains sont torréfiés devant les clients selon un rituel ancestral.

Hibo repartira avec plusieurs kilos de café. « Toute la famille m’en a commandé. C’est devenu une tradition. On ne rentre jamais à Djibouti les mains vides. »

Les boutiques de tissus, de vêtements traditionnels et d’artisanat connaissent elles aussi une forte affluence. Les commerçants reconnaissent volontiers que les vacanciers djiboutiens représentent une clientèle essentielle durant toute la saison estivale.

Au fil des années, les vacances des Djiboutiens à Dire Dawa et Harar sont devenues bien plus qu’un simple phénomène touristique. Elles participent au dynamisme économique de toute la région. Les hôtels affichent souvent complet.

Les restaurants, les taxis, les guides, les commerces et les artisans bénéficient directement de cette fréquentation. De leur côté, les visiteurs profitent d’une destination proche, abordable, riche en découvertes et dotée d’un climat particulièrement agréable. Cette proximité favorise également les échanges humains entre les populations des deux pays.

Au détour d’un marché ou d’un café, les conversations s’engagent naturellement entre Éthiopiens et Djiboutiens. Les liens historiques, commerciaux et familiaux se renforcent au fil des rencontres.

Lorsque les vacances touchent à leur fin, les valises se remplissent rapidement. Café de Harar, épices, tissus, objets artisanaux et souvenirs prennent place aux côtés des photographies accumulées tout au long du séjour.

Les familles reprennent ensuite la route ou embarquent à bord du train vers Djibouti, emportant avec elles bien davantage que quelques achats. Elles rapportent le souvenir d’une hospitalité sincère, d’un patrimoine exceptionnel, d’un climat apaisant et de moments précieux passés en famille.

Pour beaucoup, le rendez-vous est déjà pris pour l’été prochain. Car entre Dire Dawa, porte d’entrée accueillante de l’est éthiopien, et Harar, cité millénaire où histoire, culture et traditions se mêlent harmonieusement, les Djiboutiens ont trouvé depuis longtemps leur destination estivale de prédilection.

Le développement du train Djibouti-Éthiopie, la qualité des infrastructures touristiques, le professionnalisme des hôteliers, notamment celui du Royal Sunshine, et le travail remarquable du Consulat général de Djibouti à Dire Dawa, dirigé par Moussa Hadj, qui assure une assistance permanente aux ressortissants djiboutiens, contribuent aujourd’hui à faire de ces vacances un séjour aussi agréable que sécurisé.

À seulement quelques heures de Djibouti, Dire Dawa et Harar offrent finalement ce que recherchent la plupart des vacanciers : un climat doux, une richesse culturelle incomparable, une hospitalité authentique et le sentiment, réconfortant, d’être accueillis comme des voisins et des amis. C’est sans doute là le secret du succès grandissant de ces deux villes, devenues au fil des ans les véritables capitales estivales des familles djiboutiennes.

Kenedid Ibrahim Houssein