
À la Direction générale de la Population et de la Famille (DGPF), la modernisation de l’identité nationale est désormais une réalité concrète. Chaque jour, des citoyens viennent y accomplir les démarches liées à leur nouvelle carte nationale d’identité biométrique. Derrière les guichets et les équipements numériques se déploie un système fondé sur la sécurisation des données et la fiabilisation de l’état civil. Empreintes digitales, photographie, signature électronique et données biométriques sont désormais intégrées aux dossiers des usagers. La numérisation progressive des archives facilite également les recherches et permet de détecter certaines incohérences ou situations complexes. Cette réforme transforme en profondeur les méthodes de travail de l’administration et le parcours des citoyens. Reportage au cœur d’une institution engagée dans la construction d’une identité nationale plus fiable et sécurisée.

À l’entrée du siège central de la Direction générale de la Population et de la Famille, les usagers se succèdent. Certains viennent pour une première demande, d’autres pour remplacer leur ancienne carte numérique ou régulariser une situation administrative. Dans les espaces d’accueil, les agents orientent les citoyens et vérifient leurs dossiers. Plus loin, dans les salles d’enrôlement, les équipements numériques prennent le relais : photographie, empreintes digitales, signature électronique et capture de l’iris.
Derrière cette succession d’étapes administratives se joue une transformation beaucoup plus profonde. La généralisation de la carte nationale d’identité biométrique ne concerne pas uniquement la délivrance d’un nouveau document. Elle marque une nouvelle étape dans la gestion de l’identité nationale, la modernisation de l’état civil et la sécurisation des données personnelles.

Au cœur de cette réforme, la Direction générale de la Population et de la Famille s’appuie désormais sur des outils numériques destinés à renforcer la fiabilité des informations, à réduire les risques de fraude et à faciliter les démarches des citoyens. Mais la biométrie révèle également une autre réalité. En permettant de croiser les données et de comparer les informations enregistrées, elle fait apparaître des doublons, des incohérences et parfois des situations d’identité particulièrement complexes, dont certaines remontent à plusieurs décennies.

L’enrôlement biométrique
L’histoire des documents d’identité à Djibouti reflète l’évolution progressive de l’administration nationale.
Durant la période coloniale, les habitants utilisaient une carte d’identité française délivrée par l’administration de l’époque. Après l’indépendance, cette carte a progressivement laissé place à la célèbre carte nationale jaune, longtemps utilisée comme principal document d’identification des citoyens.

Avec l’évolution technologique, une carte numérique a ensuite été introduite afin de moderniser la gestion des données administratives.
La carte biométrique constitue aujourd’hui une nouvelle étape de cette évolution.
Contrairement aux anciens documents, elle ne repose plus uniquement sur les informations d’état civil inscrites sur une carte. Elle associe l’identité déclarée à des données biométriques propres à chaque individu. Les empreintes digitales, la photographie numérique, la signature électronique et l’image de l’iris sont enregistrées dans le système informatique national.

À ces données s’ajoute le Numéro National d’Identification, le NNI, attribué à chaque citoyen. Cet identifiant devient la référence permettant de rattacher une personne à son identité administrative.
Pour les responsables de la DGPF, l’objectif est de garantir à chaque citoyen une identité unique, sécurisée et reconnue par les différentes administrations publiques.

Pour l’usager, le parcours commence par l’accueil. Les agents déterminent la nature de la demande et procèdent à une première vérification. Une recherche est effectuée dans la base nationale de la population afin de déterminer si la personne dispose déjà d’un dossier ou s’il s’agit d’une première demande. Cette étape permet notamment d’éviter les doublons et de retrouver les informations déjà enregistrées.
Le dossier est ensuite intégré à la plateforme du Registre national des personnes physiques.
Avant toute délivrance de la carte, les documents présentés par le demandeur sont contrôlés. Actes de naissance, copies des cartes d’identité des parents, certificats de scolarité ou de travail et autres pièces justificatives sont examinés par les agents.

Cette vérification est essentielle. Elle permet de s’assurer que les informations qui seront enregistrées dans la base nationale reposent sur des documents fiables.
En cas d’anomalie ou de dossier incomplet, le traitement est suspendu jusqu’à la régularisation de la situation. Selon les responsables du service, de nombreux retards sont liés à l’absence de certaines pièces obligatoires ou à des documents incomplets.
Une fois cette étape franchie, le demandeur accède à la phase d’enrôlement biométrique.
Dans une salle équipée d’ordinateurs et d’appareils spécialisés, les agents enregistrent les données démographiques et biométriques. La photographie est prise directement sur place. Les empreintes digitales sont capturées à l’aide d’un scanner électronique. La signature numérique est intégrée au dossier et le système procède également à la capture de l’iris.
Toutes ces informations sont ensuite enregistrées dans une base de données sécurisée.
À l’issue de l’enrôlement, le système attribue automatiquement au citoyen son Numéro National d’Identification. Ce numéro accompagne la personne tout au long de sa vie administrative. Il permet de retrouver plus rapidement les informations qui lui sont associées et contribue à faciliter les recherches, à améliorer la coordination entre les services publics et à réduire les risques d’erreurs.
Quand la technologie révèle les identités multiples
C’est au service central du Numéro National d’Identification que sont notamment traités les dossiers les plus complexes. Les agents y vérifient les informations contenues dans les registres et recherchent des solutions aux situations particulières qui peuvent parfois nécessiter l’intervention des autorités judiciaires. Pour Mme Saada Abdillahi Miguil, cheffe du service du siège central du NNI, la carte biométrique représente bien plus qu’un nouveau document d’identité.
« Nous avons complètement changé notre manière de travailler. Aujourd’hui, toutes les informations sont enregistrées dans une plateforme sécurisée. Les dossiers sont numérisés, les pièces justificatives sont scannées et les contrôles sont beaucoup plus fiables qu’auparavant », explique-t-elle.
L’un des changements majeurs réside dans la constitution d’une base de données nationale regroupant les informations relatives à l’identité des citoyens.
Les actes de naissance, les actes de mariage, les copies intégrales, les décisions judiciaires ainsi que les actes de décès sont progressivement archivés sous format électronique. Cette organisation permet aux agents d’accéder plus rapidement aux informations nécessaires lorsqu’un citoyen revient pour un renouvellement, une rectification ou une nouvelle démarche administrative.
Mais la technologie ne sert pas uniquement à accélérer les recherches. Elle permet également de détecter certaines anomalies.
« Lorsque nous enregistrons les empreintes digitales et les autres données biométriques, le système effectue automatiquement des comparaisons avec les informations déjà présentes dans la base. C’est ainsi que nous détectons certaines incohérences ou des doublons », précise Mme Saada Abdillahi Miguil.
Les empreintes digitales, la photographie numérique et les autres données biométriques permettent ainsi de vérifier si une personne possède déjà une identité enregistrée ou si des informations contradictoires apparaissent dans son dossier.
Parmi les situations les plus délicates figurent les cas de personnes ayant utilisé pendant de nombreuses années les documents d’identité d’une personne décédée.
« Certaines personnes ont vécu toute leur vie avec une identité qui ne leur appartenait pas. Elles ont travaillé, fondé une famille, eu des enfants et effectué toutes leurs démarches administratives sous cette identité », raconte la responsable.
Avec le système biométrique, de telles situations peuvent désormais apparaître lors des contrôles.
Chaque dossier fait alors l’objet d’une étude approfondie en collaboration avec le parquet et les autorités judiciaires. Lorsque les circonstances le permettent, une procédure judiciaire est engagée afin de rechercher une solution conforme à la loi et de régulariser la situation administrative de la personne concernée.
Dans certains cas, lorsque la justice l’autorise, des procédures peuvent également permettre de résoudre des situations liées à des actes de décès et à des identités utilisées depuis de nombreuses années. La biométrie permet également d’identifier les situations dans lesquelles deux individus utilisent la même identité.
« Lorsque nous découvrons un doublon, nous procédons à toutes les vérifications nécessaires. La véritable personne récupère son identité. Pour l’autre personne, nous recherchons une solution conforme à la loi, car il s’agit parfois de personnes installées depuis très longtemps dans notre pays », explique Mme Saada Abdillahi Miguil.
Chaque situation est examinée au cas par cas, avec la nécessité de préserver les droits des personnes concernées tout en garantissant la fiabilité des registres nationaux.
Corriger les erreurs du passé
La numérisation des archives permet également de faire apparaître des erreurs qui peuvent remonter à plusieurs dizaines d’années.
Avant la réforme, certaines différences entre les actes d’état civil et les anciennes cartes d’identité pouvaient passer inaperçues. Aujourd’hui, les outils informatiques facilitent la détection de ces incohérences.
Mme Saada Abdillahi Miguil cite notamment le cas d’une personne dont la copie intégrale mentionnait une naissance en 1971 alors que son ancienne carte d’identité indiquait 1969. Une telle contradiction est désormais signalée lors du contrôle du dossier. Celui-ci peut être transmis au tribunal afin qu’une décision soit rendue et qu’une rectification officielle puisse être apportée. « Le système nous aide énormément à corriger les erreurs du passé. Les archives sont désormais numérisées et les informations sont beaucoup plus faciles à contrôler », souligne-t-elle.
La modernisation numérique devient ainsi un outil de régularisation. Elle permet de rapprocher les différentes sources d’information, de détecter les incohérences et de rétablir la cohérence des documents administratifs.
La DGPF accompagne également les familles djiboutiennes dont les enfants sont nés à l’étranger.
Dans ces situations, les enfants doivent d’abord faire l’objet d’une transcription de naissance auprès des services compétents. Cette formalité permet d’intégrer leur acte de naissance dans les registres de l’état civil djiboutien avant toute demande de carte nationale d’identité.
Une fois cette étape accomplie, la procédure suit le même parcours qu’une première demande. Les données sont enregistrées dans le Registre national des personnes physiques avant l’enrôlement biométrique.
Le travail de la DGPF concerne également les personnes ayant acquis la nationalité djiboutienne par décret présidentiel de naturalisation ainsi que celles dont les documents d’identité sont délivrés à la suite d’une décision des juridictions compétentes.
Les actes de mariage, les jugements supplétifs et différentes procédures d’état civil sont également enregistrés dans la plateforme nationale. Cette coopération entre les services administratifs et les autorités judiciaires constitue un élément important du dispositif. Elle permet de garantir la conformité juridique des documents délivrés.
Une réforme qui change le quotidien
Dans les espaces d’accueil de la DGPF, les usagers rencontrés témoignent d’une perception positive de la modernisation engagée.
Abdi, étudiant venu déposer son dossier pour obtenir sa première carte biométrique se dit agréablement surpris par la rapidité de la procédure. « Avant de venir, j’avais entendu parler de longues démarches administratives. Finalement, tout s’est déroulé assez rapidement. Les agents m’ont expliqué les différentes étapes et mon dossier a été traité dans de bonnes conditions. Cette carte sera très utile pour mes études et pour toutes mes démarches administratives », témoigne-t-il.
Comme de nombreux jeunes, il considère la modernisation de l’identité comme une évolution naturelle dans une société de plus en plus numérique. « Aujourd’hui, tout devient numérique. Il est normal que notre identité soit également sécurisée et modernisée. »
Une mère venue remplacer son ancienne carte numérique partage également cette satisfaction. « J’avais préparé toutes les pièces demandées avant de venir. Les agents m’ont très bien accueillie et ils m’ont expliqué chaque étape. Tout est désormais informatisé. Je pense que cette réforme facilitera beaucoup les démarches des familles, surtout pour les générations futures. Nous aurons des documents plus fiables et mieux protégés. »
Un fonctionnaire rencontré sur place souligne, lui aussi, l’organisation du nouveau dispositif.
« J’ai été agréablement surpris par l’organisation mise en place. Dès mon arrivée, j’ai été orienté vers le bon service et les différentes étapes se sont déroulées avec professionnalisme. Les agents prennent le temps d’expliquer les procédures et de vérifier les dossiers. Cette nouvelle carte est plus sécurisée et nous rassure. C’est une évolution importante pour notre pays. »
Pour lui, la numérisation permettra également de gagner du temps dans les démarches futures. « Nous vivons dans une époque où toutes les administrations évoluent vers le numérique. Cette réforme montre que Djibouti suit cette dynamique et prépare l’avenir. »
Au-delà de la délivrance du document, la réforme touche désormais de nombreux aspects de la vie quotidienne. Une identité fiable est indispensable pour accomplir des démarches administratives, accéder aux services bancaires, effectuer des inscriptions scolaires ou universitaires, répondre à certaines procédures de recrutement ou accomplir des formalités liées aux voyages.
La centralisation des informations dans le Registre national des personnes physiques doit également permettre aux différentes administrations de disposer de données plus fiables et de limiter les erreurs et les délais de traitement. La réussite du dispositif dépend toutefois aussi du respect des procédures par les citoyens.
Les responsables de la DGPF invitent les demandeurs à préparer soigneusement leurs dossiers avant de se présenter auprès des services compétents. Les documents incomplets ou périmés restent en effet une source importante de retard. La déclaration rapide des naissances et la transcription des actes concernant les enfants nés à l’étranger sont également encouragées afin d’éviter des difficultés administratives ultérieures.
Une identité plus sûre, une administration tournée vers l’avenir
La généralisation de la carte nationale d’identité biométrique représente une évolution majeure dans la modernisation de l’administration. Elle ne se limite pas au remplacement d’un ancien document par une carte plus moderne. Elle s’inscrit dans une transformation plus large de la gestion de l’état civil, de la numérisation des archives et de la sécurisation des données relatives à l’identité.
À la DGPF, la technologie permet désormais de détecter des incohérences, d’identifier des doublons et de retrouver certaines situations administratives qui pouvaient rester invisibles dans l’ancien système. Elle offre également aux agents de nouveaux moyens pour accompagner les citoyens confrontés à des erreurs anciennes ou à des situations particulières nécessitant parfois l’intervention de la justice.
Pour les usagers, la nouvelle carte représente un document plus sécurisé et plus fiable. Pour l’administration, elle constitue un outil destiné à améliorer la qualité des services publics et la fiabilité des données nationales.
Au siège de la DGPF, derrière les écrans, les scanners et les équipements biométriques, ce sont ainsi des milliers de parcours individuels qui sont enregistrés, vérifiés et sécurisés.
Chaque dossier raconte une histoire différente : une première carte, un renouvellement, une naissance enregistrée à l’étranger, une erreur ancienne à corriger, une identité à retrouver ou une situation complexe à régulariser.
Toutes ces histoires convergent désormais vers un même objectif : garantir à chaque citoyen une identité fiable, unique et sécurisée. La carte biométrique est ainsi appelée à devenir bien plus qu’un document administratif. Elle symbolise une administration en pleine mutation, où la technologie accompagne la modernisation de l’État et cherche à mettre la gestion de l’identité au service du citoyen.
Dans cette transformation, le défi est désormais de poursuivre la modernisation tout en veillant à ce que chaque citoyen puisse disposer d’une identité reconnue, protégée et conforme à la réalité de son état civil.
À la Direction générale de la Population et de la Famille, la nouvelle identité nationale s’écrit désormais aussi à l’ère du numérique.
Zouhour Abdillahi








































