
Face aux défis croissants des déplacements forcés dans la Corne de l’Afrique, Djibouti renforce son modèle d’accueil et d’intégration des réfugiés. Une formation de formateurs destinée aux leaders des communautés hôtes et des réfugiés a été lancée à Obock afin de faire de ces acteurs de terrain des relais essentiels du dialogue, de la cohésion sociale et de la prévention des conflits.

Dans la grande salle de réunion du siège du conseil régional d’Obock, les visages venus d’horizons différents racontent une même réalité : celle d’une région où les mouvements de populations, les crises humanitaires et les défis sociaux imposent de nouvelles réponses fondées sur le dialogue et la solidarité. C’est dans cet esprit que l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), en partenariat avec le gouvernement djiboutien à travers l’Office national d’assistance aux réfugiés et sinistrés (ONARS), a lancé le mardi 4 août une formation de formateurs à l’intention des leaders des communautés réfugiées et hôtes.
La cérémonie d’ouverture, présidée par le préfet adjoint de la région d’Obock, M. Mohamed Awad Mohamed, a réuni plusieurs responsables institutionnels et acteurs engagés dans la gestion des questions liées aux déplacements forcés. Étaient notamment présents le directeur de la division santé et développement social de l’IGAD, l’ambassadeur Moussa Ali Meigag, le secrétaire exécutif de l’ONARS, Mohamed Ali Kamil, le président du conseil régional par intérim, les autorités locales, les représentants des communautés réfugiées et hôtes ainsi que les partenaires impliqués dans cette initiative.
Au-delà d’un simple atelier de formation, cette rencontre traduit une volonté commune : placer les communautés elles-mêmes au cœur des mécanismes de prévention, de médiation et de consolidation de la paix.

Former des relais communautaires pour prévenir les tensions
Dans son allocution d’ouverture, le préfet adjoint d’Obock a insisté sur l’importance stratégique de cette initiative dans un contexte régional marqué par des crises multiples. Selon lui, la formation répond à un besoin concret : renforcer les capacités des acteurs communautaires afin qu’ils puissent mieux accompagner les populations, favoriser le dialogue et prévenir les tensions susceptibles d’apparaître dans les zones d’accueil. « Cette formation répond à un besoin réel de renforcer la cohésion sociale, de promouvoir le dialogue et de prévenir les conflits au sein des communautés accueillant des réfugiés », a-t-il souligné. Les leaders communautaires occupent en effet une position particulière. Au contact direct des populations, ils sont souvent les premiers interlocuteurs des familles confrontées aux difficultés quotidiennes. Leur rôle dépasse désormais la simple représentation communautaire : ils deviennent des médiateurs, des relais d’information et des acteurs de proximité capables d’orienter les populations vers les services adaptés.
Cette approche repose sur une conviction forte : la protection des réfugiés ne peut être durable sans l’implication active des communautés qui les accueillent.
Le secrétaire exécutif de l’ONARS, Mohamed Ali Kamil, a rappelé à cette occasion que Djibouti demeure fidèle à une longue tradition d’hospitalité et de solidarité envers les personnes contraintes de fuir leur pays en raison des conflits ou des crises humanitaires. « La République de Djibouti demeure fidèle à sa tradition d’accueil et de protection des réfugiés », a-t-il rappelé, mettant en avant la confiance accordée à l’ONARS ainsi que l’engagement constant des autorités nationales en faveur de solutions durables pour les réfugiés et les communautés d’accueil.
Djibouti, un modèle régional d’accueil et d’intégration
Située au cœur d’une Corne de l’Afrique confrontée à d’importants défis humanitaires, la République de Djibouti accueille depuis plusieurs décennies des populations réfugiées et demandeuses d’asile. Les conflits prolongés, les effets du changement climatique, les catastrophes naturelles et les difficultés économiques continuent de provoquer d’importants déplacements de populations dans la région. Dans ce contexte, Djibouti a développé une politique fondée sur l’accueil, la protection et l’intégration, conformément aux conventions internationales et au cadre juridique national.
Le préfet adjoint d’Obock a rappelé que cette politique s’inscrit dans une tradition ancienne remontant aux premières années de l’indépendance du pays. Il a également souligné les avancées réalisées, notamment l’intégration progressive des réfugiés dans certains services nationaux essentiels, ainsi que l’adoption en 2017 de la loi relative au statut des réfugiés et de ses textes d’application.
Cette législation garantit notamment le droit d’asile et le principe de non-refoulement, deux piliers fondamentaux de la protection internationale. « La République de Djibouti est mondialement reconnue pour l’accueil et l’intégration des populations réfugiées », a déclaré Mohamed Awad Mohamed, rappelant que cette politique constitue un engagement national porté au plus haut niveau de l’État.
L’IGAD appelle à renforcer les capacités des communautés
Prenant la parole au nom du secrétaire exécutif de l’IGAD, le directeur de la division santé et développement social de l’organisation, l’ambassadeur Moussa Ali Meigag, a réaffirmé l’engagement de l’organisation régionale à accompagner ses États membres dans la recherche de réponses durables aux déplacements forcés. « Dans la politique nationale instaurée par le Président de la République, son Excellence M Ismail Omar Guelleh, a toujours privilégié d’atténuer les populations frappées par le conflit et les guerres dans notre région » a indiqué l’ambassadeur Moussa Ali.
La région de l’IGAD figure aujourd’hui parmi les espaces africains les plus touchés par les mouvements de populations. Des millions de personnes y vivent comme réfugiés, déplacés internes ou communautés affectées par les crises humanitaires.
Face à cette réalité, l’organisation régionale encourage une approche qui ne se limite pas à l’assistance humanitaire, mais qui renforce également la résilience des communautés. « La région de l’IGAD accueille aujourd’hui l’une des plus importantes populations déplacées de force du continent africain. Face à cette réalité, nous devons continuer à promouvoir des approches qui renforcent non seulement la protection des réfugiés, mais également les capacités des communautés hôtes qui les accueillent », a déclaré l’ambassadeur.
S’adressant directement aux participants, il a rappelé l’importance de leur mission : « Vous êtes les porte-voix de vos communautés, les facilitateurs du dialogue, les acteurs de la cohésion sociale et souvent les premiers à apporter des réponses aux préoccupations de vos concitoyens ».
Durant plusieurs jours, les participants ont été appelés à approfondir plusieurs thématiques essentielles, notamment la protection des réfugiés, leurs droits et devoirs, la gouvernance communautaire, la cohésion sociale, la redevabilité, la prévention de la fraude et de la corruption ainsi que la protection contre l’exploitation et les abus.
Faire des communautés des actrices de la paix
À travers cette formation, l’IGAD et l’ONARS ambitionnent de créer un réseau de formateurs communautaires capables de transmettre les connaissances acquises au sein de leurs communautés respectives.
L’objectif est clair : faire émerger des acteurs locaux mieux préparés à accompagner les changements sociaux, à identifier les tensions naissantes et à favoriser une coexistence harmonieuse entre populations réfugiées et communautés d’accueil.
Dans une région où les crises peuvent rapidement fragiliser les équilibres sociaux, cette démarche apparaît comme un investissement dans la paix durable.
À Obock, terre d’accueil située au carrefour des mobilités régionales, cette initiative rappelle que la solidarité ne se mesure pas uniquement à travers les dispositifs institutionnels, mais aussi à travers l’engagement quotidien des femmes et des hommes qui vivent au plus près des réalités communautaires.
En renforçant ces relais de proximité, Djibouti confirme une nouvelle fois son ambition de faire de l’accueil des réfugiés non seulement une obligation humanitaire, mais également un levier de cohésion nationale et de stabilité régionale.
RB









































