De la peur à l’abri, les familles arrivées de Dhubab racontent leur fuite et leurs premières heures sur le sol djiboutien.

À Obock, l’exil a un visage. Celui de femmes portant leurs enfants, de vieillards éprouvés par la traversée, de familles qui ont quitté précipitamment leur maison avec presque rien. Au village de Markazi, où sont accueillis les nouveaux arrivants venus du Yémen, les récits se croisent, encore marqués par la peur, la fatigue et le soulagement d’avoir enfin atteint une terre sûre.

Dès les premières heures de la matinée, l’équipe de La Nation s’est rendue sur place pour aller à la rencontre de ces familles récemment arrivées. Dans leurs témoignages, un même fil conducteur : la violence qui a précipité leur départ, la traversée maritime dans des conditions difficiles et, à l’arrivée, l’accueil des autorités et des populations d’Obock.

Les personnes enregistrées au camp de Markazi étaient alors au nombre de 2 806, réparties au sein d’environ 700 familles. Une population composée en grande partie de femmes, d’enfants et de personnes âgées, particulièrement vulnérables après un déplacement effectué dans l’urgence.

« Nous avons tout abandonné »

Nasima Said Humaidan vient de Dhubab. Son récit est celui d’un départ précipité sous les bombardements.

« Là-bas, il y a eu des bombardements et les avions ont tout détruit », raconte-t-elle. Une personne a été tuée, une autre blessée. Face à la violence, les familles qui le pouvaient ont pris la fuite. « Nous avons tout abandonné sur place dans la panique, sans rien emporter. »

Pour elle, l’arrivée à Djibouti marque avant tout la fin immédiate de la peur. Installée provisoirement sous un hangar, elle attend encore des conditions d’hébergement plus adaptées. Mais dans son regard, une priorité domine toutes les autres : la sécurité.

« Dieu soit loué, nous sommes en sécurité », confie-t-elle, avant d’adresser ses remerciements au Président de la République ainsi qu’à toutes les personnes et organisations mobilisées auprès des familles.

Son témoignage résume l’état d’esprit de nombreux nouveaux arrivants : après avoir quitté une zone de conflit, l’essentiel est d’abord de trouver un lieu où les enfants puissent dormir sans craindre les bombardements.

Pour Mohamed Issa Ibrahim, le départ s’est également effectué dans la précipitation. Avec son épouse, ses enfants, ses frères et sœurs et leurs enfants, il a rejoint les côtes djiboutiennes après avoir fui Dhubab.

Le voyage s’est déroulé à bord d’une petite embarcation. Une trentaine de personnes se trouvaient à bord, avec un seul moteur de 60 chevaux. La chaleur, la faim et la soif ont accompagné les passagers pendant la traversée.

« C’était une traversée extrêmement éprouvante », raconte-t-il. À l’arrivée à Obock, le contraste est saisissant. La marine était présente. Des camions ont assuré le transport des nouveaux arrivants vers Markazi. De l’eau, de la nourriture et des tentes leur ont été distribuées.

Pour ces familles qui venaient de traverser une période d’incertitude et de danger, les premiers gestes d’assistance ont constitué un point d’appui essentiel.

Abdo Ahmad Mahmoud Qunayni est lui aussi originaire de Dhubab. Il raconte une fuite provoquée par les bombardements et l’omniprésence de l’aviation.

Parti par la mer à 16 heures, il est arrivé le lendemain matin à Obock à bord du boutre Al-Alawi. Selon son témoignage, l’embarcation transportait plus d’un millier de personnes, parmi lesquelles des familles entières.

À l’arrivée, dit-il, « de l’eau, de la nourriture, des vêtements » étaient disponibles pour les nouveaux arrivants.

Sa famille compte une quarantaine de personnes. Une partie était partie dans un premier groupe avant qu’il ne rejoigne les siens avec ses enfants, ses frères, ses sœurs et leurs enfants. Son message est simple : « Nous sommes frères et nous sommes heureux d’être ici en sécurité. »

Ces mots reviennent comme un leitmotiv dans les témoignages recueillis par La Nation. Après la peur et la fuite, la sécurité retrouvée constitue la première étape d’un nouvel exil qui commence à Djibouti.

Une arrivée qui change tout

À Markazi, les besoins restent nombreux. Mais pour ces familles, le simple fait d’être arrivées sur une terre où elles ne sont plus directement exposées aux violences représente déjà un premier soulagement.

L’eau, la nourriture, les vêtements, les produits d’hygiène, les couvertures et les équipements de couchage deviennent alors les premiers éléments d’une prise en charge destinée à leur permettre de traverser les premiers jours.

Derrière les chiffres et les opérations d’assistance, ce sont donc des histoires individuelles qui se dessinent : des familles séparées puis réunies, des enfants ayant connu la peur, des traversées éprouvantes et, surtout, l’espoir de retrouver une vie normale.

Propos recueillis par Mohamed Chakib