Elles ont traversé la mer avec leurs enfants dans les bras. Certaines étaient enceintes, d’autres venaient à peine de donner naissance. À Obock, la nouvelle vague de réfugiés yéménites donne à l’exode un visage essentiellement familial. Depuis le 10 septembre, 2 776 nouveaux arrivants ont été enregistrés dans la région au 16 septembre, parmi lesquels une forte proportion de femmes, d’enfants et de personnes âgées. Derrière cette statistique se dessine une urgence silencieuse : protéger ceux que la guerre a rendus les plus vulnérables.

Le golfe d’Aden est franchi au prix de longues heures d’incertitude. Pour ces familles, la mer n’est pas une destination, mais le passage obligé vers une terre qu’elles espèrent sûre. À l’arrivée, les visages portent les traces de la fatigue, de la chaleur et de l’épreuve vécue en mer.

Parmi les nouveaux arrivants, les enfants occupent une place centrale. Nourrissons, jeunes enfants et adolescents ont eux aussi subi les conditions éprouvantes de la traversée. La chaleur, la déshydratation et le manque d’eau potable constituent des risques particulièrement importants pour les plus jeunes. L’UNICEF a ainsi identifié l’accès à l’eau, l’hygiène, l’assainissement et la protection de l’enfance comme des priorités de son intervention à Obock.

Pour les femmes, l’urgence est également sanitaire. Certaines arrivent enceintes, parfois après avoir déjà traversé plusieurs épreuves avant de prendre la mer. Sur le site de Markazi, quatre naissances ont été enregistrées en seulement 48 heures parmi les nouveaux arrivants, tandis que deux autres femmes enceintes ont été identifiées. Des fournitures médicales, des médicaments et des kits de dignité ont été acheminés afin de renforcer la prise en charge des femmes et des nouveau-nés.

À terre, le dispositif d’accueil s’organise autour du site de Markazi. Les autorités djiboutiennes, l’ONARS, le HCR, les agences des Nations unies et leurs partenaires se mobilisent pour enregistrer les arrivants, identifier les personnes vulnérables et répondre aux besoins immédiats.

Mais l’urgence ne se résume pas à l’accueil des premières heures. Il faut de l’eau, de la nourriture, des abris, des vêtements, des produits d’hygiène, des soins et des services de protection. Pour une ville comme Obock, l’arrivée de plusieurs milliers de personnes en quelques jours représente une pression considérable sur les capacités existantes.

La solidarité djiboutienne vient compléter cette réponse. Le 17 septembre, l’Union nationale des femmes djiboutiennes s’est rendue à Obock pour apporter une assistance à plus de 700 familles nouvellement arrivées. Couvertures, nattes, vêtements, chaussures, ustensiles de cuisine et produits d’hygiène figuraient notamment parmi les articles distribués.

Cette mobilisation intervient alors que Djibouti et les Nations unies ont appelé les partenaires internationaux à renforcer leur soutien. La rapidité de l’afflux fait craindre une augmentation des besoins, notamment dans les domaines de la santé, de l’eau, de l’assainissement, de l’hébergement et de la protection de l’enfance.

À Obock, les chiffres donnent la mesure de la situation, mais ils ne racontent pas tout. 2 776 arrivants, ce sont aussi des milliers de destins, des mères, des pères, des enfants et des nouveau-nés dont la vie a été bouleversée par la guerre.

Ils ont franchi le Bab el-Mandeb pour échapper au fracas des armes. Sur la terre d’Obock, ils découvrent désormais une autre épreuve : celle de reconstruire, jour après jour, une vie interrompue. Pour les femmes et les enfants, la première victoire ne sera pas seulement d’avoir atteint la rive ; ce sera de pouvoir enfin y vivre à l’abri, soignés, protégés et dignement accueillis.

Ali Salfa