À l’heure où les compétences scientifiques et technologiques deviennent un levier incontournable de développement, l’association Women in STEM Djibouti multiplie les initiatives pour encourager les jeunes filles à embrasser les carrières scientifiques. À travers des formations, du mentorat, des concours et des partenariats, elle œuvre à bâtir une communauté féminine capable de participer pleinement à l’innovation, à la recherche et à la transformation économique du pays.

À l’ère de la révolution numérique, de l’intelligence artificielle et de l’économie fondée sur la connaissance, les métiers des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques (STEM) s’imposent comme les principaux moteurs de la croissance et de l’innovation. Pourtant, partout dans le monde, les femmes restent encore insuffisamment représentées dans ces secteurs stratégiques.

À Djibouti, cette réalité est progressivement en train d’évoluer grâce à l’engagement d’acteurs qui placent l’égalité des chances au cœur de leurs priorités. Parmi eux, l’association ‘‘Women in STEM Djibouti’’ se distingue par une ambition claire : permettre aux filles et aux femmes d’acquérir les compétences scientifiques et technologiques nécessaires pour devenir les ingénieures, chercheures, développeuses, entrepreneures et innovatrices de demain.

Au-delà de la promotion des sciences, l’association défend une vision plus large : celle d’une société où les femmes participent pleinement à la production des connaissances, à l’innovation et aux décisions qui façonnent l’avenir du pays.

Susciter des vocations dès le plus jeune âge

Convaincue que les choix d’orientation se construisent très tôt, ‘‘Women in STEM Djibouti’’ concentre une grande partie de ses actions sur la sensibilisation des jeunes filles aux carrières scientifiques.

L’association organise régulièrement des ateliers spécialisés, des sessions de formation, des programmes de mentorat ainsi qu’un accompagnement académique destiné aux élèves et aux étudiantes souhaitant poursuivre des études dans les disciplines scientifiques.

Elle facilite également les échanges entre étudiants, chercheurs, enseignants et professionnels afin de rapprocher le monde académique de celui de l’entreprise et de la recherche.

Programmation informatique, intelligence artificielle, robotique, sciences appliquées ou encore innovation numérique figurent parmi les domaines proposés aux participantes, avec l’objectif de leur permettre d’acquérir des compétences adaptées aux besoins des métiers de demain.

Les mathématiques comme porte d’entrée vers les sciences

Cette année, l’association s’est fortement investie dans la Semaine nationale des mathématiques, organisée en partenariat avec l’association Adam Math.

À cette occasion, elle a lancé un concours intitulé ‘‘Girls in Mathematics’’, une initiative nationale destinée à valoriser les talents féminins dans les disciplines scientifiques.

L’originalité de cette édition réside dans sa dimension inclusive : les épreuves ont été organisées simultanément à Djibouti-ville ainsi que dans les cinq régions de l’intérieur afin d’offrir les mêmes opportunités à toutes les participantes, quel que soit leur lieu de résidence. «Je suis chercheure en microbiologie au CERD. Cette année, en partenariat avec l’association Adam Math, nous avons organisé plusieurs activités dédiées à la promotion des mathématiques. Parmi elles, figurent le concours « Girls in Mathematics », que nous avons déployé à grande échelle, avec deux centres de compétition à Djibouti-ville ainsi que dans les cinq régions du pays. Notre objectif est d’offrir les mêmes opportunités à toutes les jeunes filles, qu’elles vivent dans la capitale ou dans les régions. À travers cette initiative, nous souhaitons les encourager à s’intéresser davantage aux sciences, à la technologie, à l’ingénierie, aux arts et aux mathématiques (STEM), et les inciter à poursuivre des études supérieures ainsi que des carrières scientifiques. Cette année, nous avons également organisé une conférence autour du même thème afin de sensibiliser les jeunes filles à l’importance des mathématiques et de valoriser leur place dans les disciplines scientifiques » explique Djaltou Boubakar Osman présidente de ‘‘Women in STEM Djibouti’’.

Selon elle, ces compétitions permettent aux jeunes filles de prendre confiance en leurs capacités, de découvrir leur potentiel scientifique et de se projeter dans des études supérieures souvent perçues comme difficiles ou réservées aux garçons.

Former, accompagner et créer des modèles inspirants

Dans ses activités diverses, l’association ‘‘Women in STEM Djibouti’’ organise également des conférences scientifiques, des rencontres avec des chercheurs, des séances d’orientation, des ateliers d’innovation ainsi que des programmes de mentorat permettant aux étudiantes d’être accompagnées par des professionnelles expérimentées. Ces échanges favorisent la transmission d’expériences, renforcent la confiance des jeunes participantes et leur offrent des modèles de réussite dans des domaines encore largement masculins.

L’association encourage aussi la participation des filles aux concours scientifiques, aux hackathons, aux projets d’innovation et aux initiatives entrepreneuriales afin de développer leur créativité et leur esprit d’initiative. Parallèlement, elle tisse des partenariats avec l’Université de Djibouti, les établissements d’enseignement, les centres de recherche ainsi que les entreprises technologiques pour renforcer les passerelles entre la formation, la recherche et l’emploi. Son action bénéficie à un public particulièrement diversifié : élèves du secondaire, étudiants universitaires, chercheurs, jeunes diplômés ainsi que femmes déjà engagées dans les métiers scientifiques et technologiques.

Révéler des talents parfois insoupçonnés

Pour les membres de l’association, les différentes compétitions organisées démontrent chaque année l’existence d’un important vivier de jeunes talents.

« Nous sommes très heureux de participer à la Semaine nationale des mathématiques. Cet événement permet aux élèves de démontrer leurs compétences et leurs talents en mathématiques. Nous avons constaté leur excellente capacité de calcul, de raisonnement et de résolution de problèmes. Ces activités mettent en lumière un potentiel remarquable et permettent de mesurer les progrès accomplis par les élèves » souligne Amina Samir Adam membre de cette association de femmes scientifiques. Ces résultats confirment que les capacités scientifiques des jeunes filles ne constituent nullement un frein à leur réussite. Les principaux obstacles résident davantage dans les représentations sociales, le manque d’information sur les carrières scientifiques ou encore l’absence de modèles féminins suffisamment visibles.

Faire des STEM un moteur de l’autonomisation des femmes

Au-delà des compétences techniques, ‘‘Women in STEM Djibouti’’ considère les sciences comme un puissant levier d’émancipation économique et sociale.

Une présence accrue des femmes dans les secteurs scientifiques permettrait non seulement d’améliorer leur accès à l’emploi qualifié, mais aussi d’augmenter leur représentation dans les postes de responsabilité, les laboratoires de recherche, les entreprises technologiques et les startups innovantes. La diversité des profils constitue également un facteur reconnu d’innovation. En intégrant davantage de femmes dans les équipes scientifiques et techniques, les organisations enrichissent leurs approches, stimulent la créativité et développent des solutions plus adaptées aux besoins de la société.

L’association contribue ainsi à la création d’un véritable réseau professionnel favorisant l’entraide, les collaborations et l’émergence d’une nouvelle génération de scientifiques djiboutiennes.

Des défis encore nombreux

Malgré les avancées enregistrées ces dernières années, plusieurs obstacles demeurent. Les femmes restent encore peu nombreuses dans certaines filières scientifiques, notamment l’ingénierie, les technologies de pointe et la recherche appliquée. Les stéréotypes de genre continuent parfois d’influencer les choix d’orientation dès le plus jeune âge, tandis que les opportunités de stages, de mentorat ou de financement demeurent limitées.

Face à ces défis, les acteurs engagés dans la promotion des femmes dans les sciences plaident pour un renforcement des campagnes de sensibilisation dans les établissements scolaires, le développement de bourses d’études, l’élargissement des partenariats entre les secteurs public et privé, ainsi qu’un soutien accru aux projets de recherche et d’innovation portés par les jeunes femmes.

Construire l’avenir par la science

En encourageant les filles à croire en leurs capacités et à investir les domaines scientifiques, ‘‘Women in STEM Djibouti’’ contribue à préparer une génération capable d’accompagner les grandes transformations économiques et technologiques du pays. À travers ses programmes de formation, ses concours, son réseau de mentorat et son engagement en faveur de l’innovation, l’association participe à l’émergence d’une communauté scientifique plus inclusive, où les talents féminins trouvent pleinement leur place.

Dans un monde où les défis du numérique, de la transition énergétique, de la santé ou encore du changement climatique exigent des compétences toujours plus pointues, investir dans les jeunes filles et leur ouvrir les portes des métiers des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques, apparaît non seulement comme une exigence d’équité, mais aussi comme un choix stratégique pour le développement et notamment l’autonomisation de la femme djiboutienne.

RB