
La signature de la Charte africaine des valeurs et principes de la décentralisation, de la gouvernance locale et du développement local marque une nouvelle étape dans l’engagement de Djibouti en faveur d’une gouvernance territoriale plus inclusive et plus proche des citoyens. Le 29 septembre 2026 à Addis-Abeba, l’ambassadeur de Djibouti en Éthiopie et représentant permanent auprès de l’Union africaine et de la Commission économique pour l’Afrique, Abdi Mahamoud Eybe, a apposé la signature du pays sur ce texte continental adopté par l’Union africaine en juin 2014, à Malabo, lors du 23e sommet des chefs d’État et de gouvernement.

Avec cette signature, Djibouti devient le 19e pays à s’engager formellement autour de cette Charte, conçue comme un cadre de référence pour renforcer la gouvernance locale, favoriser le transfert de compétences vers les collectivités et promouvoir le développement à l’échelle des territoires. Le texte est entré en vigueur le 14 janvier 2019, après que le seuil de 15 ratifications nécessaires à son application continentale a été atteint.
La Charte place la décentralisation au cœur des politiques de développement, de démocratie et de consolidation de l’État. Elle encourage notamment une participation accrue des populations à la gestion des affaires publiques locales, avec une attention particulière accordée aux femmes, aux jeunes et aux groupes marginalisés. Elle entend également renforcer la transparence, la responsabilité et l’efficacité des collectivités locales, afin de faire des régions et des municipalités de véritables espaces de développement économique et social.
L’un des principes essentiels du texte repose sur un transfert effectif des compétences de l’État vers l’échelon territorial le plus proche des citoyens. Ce transfert doit être accompagné des ressources financières et humaines nécessaires à l’exercice de ces responsabilités. La Charte insiste également sur la reddition régulière des comptes par les élus et les administrations locales, ainsi que sur une représentation accrue des femmes dans les instances de décision.
Pour les États ayant ratifié le texte, cet engagement s’accompagne d’un mécanisme de suivi. Tous les trois ans, un rapport doit être transmis à la Commission de l’Union africaine afin de rendre compte des progrès accomplis dans la mise en œuvre des politiques de décentralisation. L’UA a également institué, le 10 août de chaque année, la Journée africaine de la décentralisation et du développement local, destinée à maintenir la mobilisation autour de ces enjeux.
Un processus déjà engagé sur le terrain
Pour Djibouti, la signature constitue une étape importante, mais elle ne vaut pas encore ratification. Le traité devra être soumis à l’Assemblée nationale, qui devra autoriser sa ratification avant le dépôt de l’instrument officiel auprès de l’Union africaine. Cette procédure permettra de donner à l’engagement une pleine portée juridique dans l’ordre interne.
Le pays dispose toutefois d’un cadre institutionnel et d’une expérience déjà engagée dans le domaine de la décentralisation.
Piloté par le ministère délégué chargé de la Décentralisation, ce processus s’inscrit dans la Vision 2035, notamment à travers l’objectif de réduction des disparités territoriales entre la capitale et les régions de l’intérieur.
Le programme ADIL, consacré à l’appui à la décentralisation et aux initiatives locales, constitue l’un des principaux instruments de cette politique. Il a notamment accompagné le renforcement institutionnel des cinq régions de l’intérieur — Ali-Sabieh, Tadjourah, Dikhil, Obock et Arta —, la réhabilitation des locaux des conseils régionaux et le financement de projets de proximité. Sa deuxième phase a poursuivi cette dynamique à travers le développement d’infrastructures locales et l’amélioration de la gestion des projets portés par les conseils régionaux. La mise en place de mécanismes de fiscalité locale figure également parmi les objectifs visant à renforcer progressivement l’autonomie financière des collectivités.
Dans la capitale, le projet PROGOUV, dédié à la gouvernance de la ville de Djibouti, intervient notamment dans l’amélioration de la gestion urbaine des communes de Ras-Dika, Boulaos et Balbala. Il prévoit également l’accompagnement de projets portés par la société civile et les associations de quartier, tout en intégrant la question de la participation des femmes aux processus de décision locaux.
Cette dynamique s’appuie aussi sur une implication croissante de la société civile. La loi du 6 mars 2024 a fourni un cadre juridique reconnaissant les organisations de la société civile comme des acteurs du développement local. Des mécanismes d’accompagnement et une plateforme numérique permettent par ailleurs aux associations d’accéder à des opportunités de financement, de développer des projets et de renforcer leur mise en réseau.
La signature de la Charte africaine vient ainsi consolider un processus déjà engagé. Elle ouvre désormais la voie à une nouvelle étape : transformer cet engagement politique en ratification, puis poursuivre l’harmonisation des dispositifs nationaux avec les principes africains de gouvernance locale, de transparence, de participation citoyenne et d’équité.











































