Avec l’appui du Japon et de l’ONUDI, Djibouti a lancé hier matin un ambitieux projet destiné à valoriser sa filière halieutique. Entre renforcement de la chaîne du froid, réduction des pertes post-récolte et création d’emplois, cette initiative entend faire de la pêche un levier majeur de sécurité alimentaire et de diversification économique.

Dans un pays où les contraintes climatiques limitent fortement les capacités agricoles, la mer apparaît plus que jamais comme une ressource stratégique. C’est dans cette perspective que le ministère de l’Agriculture, de l’Élevage, de la Pêche, de l’Eau et des Ressources halieutiques a procédé, en partenariat avec l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI), au lancement officiel du projet de renforcement de la chaîne de valeur de la pêche à Djibouti pour l’amélioration de la sécurité alimentaire.

La cérémonie s’est tenue hier matin dans la grande salle de réunion du MAEPERH en présence de plusieurs personnalités, parmi lesquelles le secrétaire général du ministère, M. Ibrahim Elmi Mohamed, l’ambassadeur du Japon à Djibouti, M. Okochi Akihiro, le coordonnateur résident du système des Nations Unies, M. José Barahona, le représentant régional de l’ONUDI pour l’Egypte, Djibouti, la Lybie, la Somalie et la Palestine, le professeur Patrick Jean Gilabert, le directeur du département de la pêche du MAEPERH, M. Ahmed Darar Djibril, ainsi que des nombreuses autres cadres de ce ministère et des partenaires internationaux.

Cette rencontre a permis de mettre en lumière les enjeux d’un secteur encore sous-exploité mais doté d’un potentiel considérable pour contribuer au développement économique du pays.

Valoriser une richesse encore insuffisamment exploitée

Avec près de 370 kilomètres de côtes bordant la mer Rouge et le golfe d’Aden, Djibouti dispose d’importantes ressources halieutiques. Pourtant, la pêche demeure encore marginale dans l’économie nationale comparativement à d’autres secteurs. Pour les responsables nationaux et leurs partenaires internationaux, cette situation représente avant tout une opportunité. Le projet lancé hier matin vise justement à lever les principaux obstacles qui freinent l’essor de la filière, notamment les difficultés de conservation des produits de la pêche et les pertes importantes enregistrées après les captures. Il est à noter que ledit projet bénéficie d’un don du peuple japonais.

Dans son intervention, le professeur Patrick Jean Gilabert qui s’est exprimé le premier, a souligné que Djibouti possède des ressources marines significatives qui méritent d’être mieux valorisées. Selon lui, le renforcement des capacités de conservation, de transformation et de commercialisation des produits halieutiques permettra non seulement de réduire les pertes post-récolte, mais également d’améliorer l’accès de la population à des aliments nutritifs tout en créant de nouvelles opportunités économiques.

Le représentant régional de l’ONUDI a rappelé que cette initiative illustre parfaitement l’importance de la coopération internationale au service du développement durable. Il a également réaffirmé l’engagement de son organisation à accompagner Djibouti dans la réalisation de ses priorités de développement définies dans le cadre du programme de coopération des Nations Unies pour la période 2025-2030.

La chaîne du froid au cœur du projet

L’un des principaux défis auxquels fait face le secteur de la pêche à Djibouti demeure l’insuffisance des infrastructures de conservation.

L’ambassadeur du Japon, M. Okochi Akihiro, a pour sa part, rappelé que de grandes quantités de poissons sont encore perdues faute d’un système de chaîne du froid suffisamment développé. Cette situation réduit considérablement la rentabilité de l’activité et limite l’approvisionnement régulier des marchés locaux.

Pour répondre à cette problématique, le projet prévoit l’introduction d’équipements de réfrigération reposant sur des technologies japonaises spécialement adaptées aux conditions climatiques extrêmes de Djibouti. « En renforçant les capacités de conservation post-récolte, ce projet contribuera à réduire le gaspillage alimentaire et à améliorer la disponibilité de produits halieutiques nutritifs », a souligné le diplomate japonais. Au-delà de l’aspect technique, cette modernisation devrait permettre d’accroître la valeur ajoutée créée localement en offrant aux pêcheurs et aux opérateurs du secteur les moyens de mieux conserver, transformer et commercialiser leurs produits. Le Japon, déjà engagé à travers plusieurs projets de coopération technique menés par la JICA, voit dans cette nouvelle initiative un prolongement naturel de son soutien au développement du secteur halieutique djiboutien.

Pour le coordonnateur résident du système des Nations Unies, M. José Barahona, le projet dépasse largement le cadre de la seule sécurité alimentaire. Il constitue également un outil de diversification économique dans un contexte où Djibouti cherche à élargir les bases de sa croissance. Selon lui, la pêche représente une ressource encore largement sous-exploitée alors même qu’elle pourrait devenir une source importante de création de richesses et d’emplois. Il a notamment insisté sur la nécessité de développer des activités de transformation industrielle afin que les produits de la mer puissent être valorisés localement avant d’être commercialisés sur les marchés nationaux et internationaux.

Cette vision s’inscrit pleinement dans les orientations du nouveau Plan national de développement adopté par le gouvernement djiboutien, qui accorde une place importante à la diversification de l’économie et à l’industrialisation. « Nous avons la mer, nous avons les poissons. Nous avons aujourd’hui l’opportunité de gérer durablement cette ressource et de développer toute une industrie autour de sa transformation », a déclaré M. Barahona

Le responsable onusien a également souligné l’importance de la complémentarité entre ce projet et les efforts entrepris par les autorités pour améliorer l’accès à une énergie plus compétitive, condition essentielle à l’émergence d’activités industrielles durables.

Des bénéfices attendus pour les communautés côtières

Au-delà des considérations macroéconomiques, le projet devrait avoir des retombées directes sur les populations vivant de la pêche.

Dans son discours, le secrétaire général du ministère, Ibrahim Elmi Mohamed, a rappelé que le secteur constitue un levier important pour l’amélioration des revenus des communautés côtières et la création d’emplois. Les activités prévues comprendront notamment des actions de renforcement des capacités techniques des acteurs de la filière ainsi que l’amélioration des conditions de conservation et de valorisation des produits halieutiques.

Selon le secrétaire général du MAEPERH, Ibrahim Elmi, une attention particulière sera accordée à la formation à travers une approche dite de « formation de formateurs » (Training of Trainers). Cette méthode vise à transmettre durablement les compétences au sein des structures nationales afin de garantir la pérennité des acquis du projet bien après son achèvement.

Cette stratégie permettra de consolider les capacités institutionnelles de l’agence chargée de la pêche et de renforcer l’autonomie des acteurs locaux dans la gestion de la filière. Le lancement de ce projet illustre également la qualité du partenariat qui unit Djibouti, le Japon et les Nations Unies. Tous les intervenants ont insisté sur la nécessité de poursuivre cette coopération afin de maximiser l’impact des investissements consentis et de créer les conditions d’un développement durable du secteur halieutique.

Aligné sur la Vision Djibouti 2035 et notamment sur les priorités du nouveau Plan national de développement, le projet de renforcement de la chaîne de valeur de la pêche à Djibouti pour l’amélioration de la sécurité alimentaire, ambitionne de faire émerger une filière plus résiliente, plus compétitive et davantage créatrice d’emplois.

À travers cette initiative, Djibouti compte exploiter ses ressources marines pour non seulement renforcer la sécurité alimentaire et créer des opportunités économiques pour sa jeunesse mais accélérer également la diversification de son économie.

Dans un contexte marqué par les effets persistants du changement climatique et les tensions sur les approvisionnements alimentaires mondiaux, la valorisation du secteur de la pêche apparaît ainsi comme l’un des piliers d’un avenir plus résilient pour la nation djiboutienne.

RACHID BAYLEH