Les 2 et 3 septembre prochains, Djibouti-Ville accueillera le premier Forum national consacré à l’intelligence artificielle. Organisé par le ministère délégué chargé de l’Économie numérique et de l’Innovation, en partenariat avec le Secrétariat général du Gouvernement, sous le haut patronage du président de la République, ce rendez-vous entend réunir pouvoirs publics, entreprises, startups, universitaires et acteurs de la société civile autour des enjeux liés à l’IA. Mais au-delà des débats sur les nouvelles technologies, le forum devrait surtout mettre en lumière une réalité en pleine émergence : des jeunes Djiboutiens commencent à investir un domaine longtemps considéré comme réservé aux grands pôles technologiques mondiaux.

L’intelligence artificielle n’est plus seulement une technologie que l’on observe de l’extérieur. Elle devient progressivement un champ d’études, d’expérimentation et d’activité pour une nouvelle génération de développeurs, d’ingénieurs et de chercheurs.

Parmi eux figure Ali Dabale, récemment admis à Centrale Supélec, l’une des grandes écoles françaises d’ingénieurs. Au cours d’un stage, il a notamment travaillé sur une solution d’analyse prédictive reposant sur l’intelligence artificielle, destinée à répondre à des besoins d’optimisation de la performance d’un acteur économique majeur du pays.

Son parcours illustre une évolution qui pourrait prendre de l’ampleur dans les prochaines années : celle de jeunes Djiboutiens capables de mobiliser leurs compétences scientifiques et numériques sur des problématiques directement liées à l’économie nationale.

Le Forum national sur l’intelligence artificielle entend précisément créer un espace permettant à ces profils de se rencontrer, de présenter leurs travaux et d’échanger avec des professionnels plus expérimentés. Parmi les intervenants annoncés figure également Omar Daher, fondateur de Smart Solution AI, une entreprise basée au Canada et spécialisée dans les solutions d’intelligence artificielle conversationnelle appliquées notamment au domaine de la santé. Son parcours est marqué par une longue expérience dans les systèmes de télécommunications d’entreprise. Il a notamment travaillé plusieurs années au Programme des Nations unies pour le développement à Djibouti, avant de poursuivre sa carrière au Canada. Il s’est ensuite tourné vers les technologies vocales et l’intelligence artificielle. Sa société développe notamment Smart Triage AI, un outil d’aide à la décision clinique et au triage hospitalier. Selon les informations communiquées dans le cadre du forum, la solution est déjà utilisée dans une clinique privée à Djibouti et fait l’objet de discussions avec d’autres acteurs du secteur de la santé dans plusieurs pays africains.

Ce parcours met en évidence une autre dimension du développement de l’écosystème numérique djiboutien : le rôle que peuvent jouer les compétences acquises à l’étranger dans le développement de projets et de solutions destinés au marché local.

Autre profil attendu au Forum, celui du Dr Abdourahim Ibrahim, enseignant-chercheur en mathématiques à l’Université Sorbonne Paris Nord et docteur en mathématiques pures. Ses travaux portent notamment sur la topologie de basse dimension, les groupes de type tresse et certaines structures algébriques susceptibles de trouver des applications dans la cryptographie. Son intervention devrait permettre de rappeler une dimension parfois oubliée dans le débat public sur l’intelligence artificielle : derrière les applications visibles se trouvent des disciplines scientifiques fondamentales, parmi lesquelles les mathématiques, les statistiques, l’optimisation et la théorie de l’information. Avec plusieurs années d’expérience dans l’enseignement supérieur et un passage par l’Université de Djibouti, le chercheur entend notamment montrer aux jeunes que la maîtrise des fondements scientifiques demeure déterminante pour comprendre les technologies qui transforment actuellement l’économie mondiale.

Un rendez-vous pour structurer l’écosystème numérique

Le Forum national devrait également aborder les applications concrètes de l’intelligence artificielle dans l’économie et les services. Automatisation des tâches, analyse des données, traitement documentaire, cybersécurité ou encore accompagnement de la prise de décision figurent parmi les domaines dans lesquels l’IA pourrait progressivement trouver sa place à Djibouti.

L’enjeu est désormais de dépasser la simple découverte de ces technologies pour réfléchir à leurs usages dans le contexte national. Pour les entreprises comme pour les administrations, l’intelligence artificielle pourrait notamment contribuer à améliorer certains processus, à gagner en efficacité et à développer de nouveaux services.

Cette évolution pose cependant des questions importantes sur la formation, la protection des données, la cybersécurité, l’éthique et la souveraineté numérique. Autant de sujets qui devraient occuper une place importante lors des échanges des 2 et 3 septembre. Le Forum prévoit également l’installation d’un village IA au Palais du Peuple. Entreprises et startups djiboutiennes et internationales pourront y présenter leurs activités et leurs solutions. Cet espace devrait offrir une visibilité particulière aux initiatives portées par de jeunes entrepreneurs et développeurs.

Pour Djibouti, l’enjeu dépasse donc la seule adoption d’une technologie nouvelle. Il s’agit aussi de préparer les compétences nécessaires à une économie de plus en plus numérique et de donner aux jeunes les moyens de participer à cette transformation. La réussite de cette ambition dépendra toutefois de la capacité à transformer l’intérêt actuel pour l’intelligence artificielle en formations, en emplois, en projets et en entreprises durables.

Le premier Forum national sur l’IA arrive ainsi à un moment où le pays cherche à consolider son écosystème numérique. Il offrira une première occasion de mesurer les compétences disponibles, d’identifier les besoins et de rapprocher les jeunes talents des entreprises, des chercheurs et des décideurs. À Djibouti comme ailleurs, la révolution de l’intelligence artificielle ne se jouera pas uniquement dans les laboratoires ou les grandes entreprises technologiques. Elle se construira aussi dans les universités, les startups et les parcours de jeunes qui choisissent aujourd’hui de se former pour participer à l’économie numérique de demain.