
À l’extrême sud du pays, le village frontalier de Guélilé connaît une animation commerciale qui ne cesse de s’intensifier. Dès les premières heures de la journée, hommes et femmes convergent vers ce petit point de passage de la région d’Ali-Sabieh, brouettes à la main, à la recherche de produits de première nécessité. Entre les deux rives de la frontière, le commerce transfrontalier rythme désormais le quotidien de centaines de personnes et constitue une source de revenus pour une importante population locale.
Dans les rues de Guélilé, les sacs de riz, de sucre et de farine côtoient les cartons de pâtes, les boîtes de lait concentré, le thé, les produits d’entretien et autres denrées destinées à la consommation courante. Plusieurs maisons commerciales ont progressivement développé leurs activités pour répondre à une demande devenue particulièrement importante.
Du matin jusqu’au crépuscule, le va-et-vient est incessant. Acheteurs, commerçants, transporteurs et voyageurs se croisent dans une atmosphère de marché permanent. Les vacanciers djiboutiens qui se rendent en Éthiopie ou en reviennent participent eux aussi à cette animation, faisant de Guélilé un véritable point de convergence entre les deux pays. Dans cet univers commercial, la brouette reste l’un des moyens de transport les plus utilisés. Des centaines de jeunes, originaires notamment de Guélilé côté djiboutien et de Dawanlé côté éthiopien, tirent une partie de leurs revenus de cette activité.
Chargés de sacs et de cartons, ils assurent le transport des marchandises achetées par les particuliers et les petits commerçants. Pour ces derniers, les achats effectués à la frontière permettent soit de réapprovisionner leurs échoppes, soit de constituer des stocks destinés à la consommation familiale.
Les clients interrogés soulignent notamment l’intérêt économique de ces achats. Certains affirment que plusieurs produits de première nécessité sont proposés à des prix plus avantageux à Djibouti que de l’autre côté de la frontière. Cette différence de prix contribue à alimenter les échanges et à maintenir un flux régulier de consommateurs.
Mais le mouvement fonctionne dans les deux sens. Des habitants de Guélilé et d’Ali-Sabieh franchissent également la frontière pour acheter certains produits disponibles à des conditions jugées intéressantes en Éthiopie, notamment des piments, des lentilles et d’autres denrées.
Le change et les paiements électroniques accompagnent les échanges
L’intensité des échanges a également favorisé le développement d’une activité de change particulièrement visible autour du poste frontalier. De nombreuses femmes proposent aux voyageurs et aux commerçants des opérations de conversion entre le franc djiboutien et la monnaie éthiopienne.
Avec l’augmentation des transactions, les moyens de paiement électroniques prennent également une place croissante. Des services tels que WAFI de Salaam Bank côté djiboutien et E-Birr côté éthiopien sont utilisés par des clients et des voyageurs pour effectuer leurs paiements sans avoir à transporter d’importantes sommes d’argent liquide. Une changeuse rappelle d’ailleurs les risques liés au transport de fortes sommes en espèces dans les deux monnaies. Pour les usagers, les solutions électroniques offrent ainsi davantage de sécurité et facilitent certaines transactions.
Du côté des commerçants, l’activité semble suffisamment soutenue pour justifier des approvisionnements réguliers. Certains propriétaires de magasins expliquent faire venir de grandes quantités de marchandises chaque semaine afin de répondre à la demande. Et le secteur continue d’attirer de nouveaux opérateurs, signe d’un marché qui conserve un potentiel de développement.
Cette effervescence commerciale s’accompagne naturellement d’un dispositif de contrôle important. Le poste frontalier tenu par les Forces armées djiboutiennes fait l’objet de contrôles stricts à l’entrée comme à la sortie du territoire. La présence d’une caserne moderne des FAD renforce également le dispositif de sécurité dans cette zone stratégique.
La circulation des poids lourds et des camions-remorques constitue l’une des principales activités observées au niveau de cette frontière. Ces véhicules, qui empruntent quotidiennement l’axe dans les deux sens, sont soumis aux vérifications des agents des douanes de la région d’Ali-Sabieh.
Les douaniers doivent notamment lutter contre les tentatives d’introduction de marchandises prohibées ou dangereuses. Des produits interdits sont régulièrement découverts lors des contrôles. Selon les agents, certains trafiquants tentent de dissimuler des substances illicites dans différentes parties des poids lourds, notamment dans les pneus ou dans des espaces difficiles à détecter.
Ces opérations de contrôle constituent ainsi un enjeu majeur à la fois pour la sécurité du territoire et pour la protection des consommateurs.
Un village appelé à se développer
L’activité commerciale de Guélilé s’inscrit par ailleurs dans un environnement en pleine transformation. Les infrastructures et l’habitat connaissent progressivement une évolution qui pourrait renforcer l’attractivité du village.
Une cinquantaine de logements sociaux ont notamment été construits à proximité de l’école de base de Guélilé, tandis que de nouvelles habitations familiales apparaissent progressivement dans le secteur. Le peuplement croissant de cette zone pourrait, à terme, contribuer à élargir la clientèle des commerces et à renforcer l’activité économique locale.
Cette dynamique démographique, associée à l’intensification des échanges transfrontaliers, laisse entrevoir de nouvelles perspectives pour Guélilé. Le village pourrait ainsi progressivement s’affirmer comme un véritable pôle commercial de proximité au bénéfice des populations des deux côtés de la frontière. Au-delà des échanges de détail, certains acteurs locaux nourrissent des ambitions plus importantes pour cette zone stratégique. Dans le cadre du marché commun de l’Afrique orientale et australe, le COMESA, des acteurs de la région évoquent notamment la possibilité de créer un port sec dans le secteur frontalier.
Une telle infrastructure permettrait de renforcer la fonction logistique de cette zone et de mieux valoriser sa position sur l’un des principaux axes commerciaux entre Djibouti et l’Éthiopie. L’enjeu est d’autant plus important que l’économie éthiopienne dépend largement des infrastructures portuaires djiboutiennes pour ses importations.
La création d’un port sec pourrait ainsi constituer une nouvelle étape dans le développement des échanges, en favorisant le stockage, la distribution et le transit des marchandises.
Pour l’heure, Guélilé vit au rythme de ses échanges quotidiens. Brouettes chargées de marchandises, commerçants, changeuses, voyageurs et poids lourds composent le visage d’une frontière devenue un espace économique à part entière.
Dans cette petite localité d’Ali-Sabieh, le commerce transfrontalier ne représente plus seulement une activité de subsistance. Il fait vivre des centaines de personnes, attire de nouveaux commerçants et contribue à rapprocher les populations des deux côtés de la frontière. Une dynamique qui pourrait encore prendre de l’ampleur avec le développement des infrastructures et la concrétisation de nouveaux projets logistiques.
Ali Ladieh









































