Faire de la transformation économique un véritable moteur de création d’emplois, de développement des compétences et de renforcement de la protection sociale. Tel est l’enjeu majeur de l’atelier national de concertation et de finalisation de la feuille de route 2026-2030 du ministère du Travail, chargé de la Formalisation et de la Protection sociale, ouvert hier à l’hôtel Ayla.

Durant deux jours, représentants des institutions de la République, partenaires techniques et financiers, système des Nations unies, secteur privé, organisations d’employeurs et syndicats sont réunis pour définir les grandes priorités qui devront guider l’action du ministère au cours des cinq prochaines années.

L’ouverture de cet atelier traduit la volonté de faire de l’emploi et du capital humain des composantes essentielles de la prochaine étape du développement national. Les transformations économiques engagées ces dernières années ont permis de renforcer les infrastructures, les capacités logistiques et la connectivité du pays. Elles ont également consolidé sa position stratégique dans la région.

Mais pour le ministère du Travail, cette dynamique doit désormais produire davantage d’effets sur le marché de l’emploi et sur les perspectives offertes à la population, notamment aux jeunes et aux femmes.

Dans son allocution d’ouverture, le ministre du Travail, chargé de la Formalisation et de la Protection sociale,  M. Yonis Ali Guedi, a insisté sur la portée stratégique de la rencontre. Il a souligné que l’atelier ne devait pas être considéré comme un simple exercice administratif, mais comme une étape destinée à construire collectivement les priorités de l’action publique.

La question centrale est désormais de savoir comment faire en sorte que la transformation économique du pays génère davantage d’opportunités pour les citoyens, tout en favorisant l’émergence d’un marché du travail moderne, inclusif et protecteur.

Le ministre a rappelé que le développement d’un pays ne se mesure pas uniquement à la qualité de ses infrastructures ou au volume de ses investissements. Il doit également être apprécié à travers sa capacité à offrir à sa population des emplois dignes, des compétences adaptées et les moyens de construire son avenir.

Cette approche place ainsi le capital humain au cœur de la nouvelle étape du développement national. Femmes, hommes et particulièrement jeunes doivent devenir les principaux acteurs et bénéficiaires de la transformation de l’économie.

Une feuille de route fondée sur des résultats concrets

Pour Yonis Ali Guedi, la feuille de route 2026-2030 doit constituer un véritable instrument de transformation de l’action du ministère. Elle ne saurait se limiter à une compilation d’activités. Elle doit fixer un cadre clair et opérationnel, permettant de définir les priorités, de préciser les responsabilités, de mobiliser les ressources et surtout de mesurer les résultats.

Plusieurs axes structurants devraient guider l’action du département. L’emploi et l’insertion professionnelle figurent naturellement au premier plan, avec le développement des compétences et leur adéquation aux besoins d’une économie en pleine évolution.

La promotion du travail décent, le dialogue social, la formalisation de l’économie et le renforcement de la protection sociale constituent également des priorités majeures. La modernisation de l’administration du travail, l’amélioration de la gouvernance et l’instauration d’une véritable culture du résultat complètent cet ensemble.

Ces différents domaines sont étroitement liés. Une insertion professionnelle durable nécessite des compétences adaptées.

La compétitivité économique dépend de ressources humaines qualifiées. Le travail décent suppose un dialogue social constructif, tandis qu’une protection sociale efficace passe notamment par une progression de la formalisation de l’économie.

Prenant la parole à son tour,  M. Kwami Nyarko Badohu, représentant de la FAO à Djibouti et coordonnateur résident par intérim du Système des Nations unies, a salué l’approche participative retenue pour l’élaboration du document. Il a souligné que la feuille de route porte sur des enjeux essentiels pour le développement du pays : emploi, insertion professionnelle, formation, qualifications, travail décent, formalisation de l’économie, protection sociale et modernisation de l’administration.

Au-delà de ces priorités, a-t-il relevé, l’ambition consiste à placer les personnes au cœur du développement. Cette orientation rejoint les priorités des Nations unies en matière de dignité humaine, de bien-être des populations et de travail décent.

Elle trouve également un écho dans le Cadre de coopération des Nations unies pour le développement durable 2025-2030, élaboré avec le gouvernement djiboutien, dont le deuxième pilier est consacré au développement du capital humain.

La jeunesse occupe, dans cette stratégie, une place particulière. La ministre de la Jeunesse et de la Culture,  Mme Fardoussa Moussa Egueh, a estimé que la feuille de route dépassait largement le cadre d’un simple exercice administratif. Elle engage directement, selon elle, l’avenir de la jeunesse et, à travers elle, celui du pays.

Elle a plaidé pour une meilleure articulation entre les politiques de jeunesse, de culture, de formation et d’emploi. « Insérer un jeune dans la vie professionnelle, c’est lui rendre sa place, son droit de bâtir son propre avenir », a-t-elle déclaré.

La ministre a également rappelé la priorité accordée à la jeunesse et à la valorisation de ses talents dans le cadre de la vision Djibouti 2035. Elle a appelé à renforcer les synergies entre les différents départements concernés, estimant que la culture et le travail participent d’un même objectif : valoriser le potentiel humain.

« La culture forme les talents : le travail leur ouvre les portes », a-t-elle souligné.

Au terme de ces deux journées de concertation, l’objectif est de disposer d’une feuille de route réaliste, cohérente et mesurable. Le défi sera ensuite de transformer ses orientations en actions concrètes et en résultats tangibles.

Pour les jeunes en quête d’insertion, les travailleurs, les entreprises et l’ensemble des acteurs économiques, la réussite de cette stratégie se mesurera avant tout à sa capacité à créer davantage d’opportunités, à renforcer les compétences et à améliorer durablement la protection sociale.

Mohamed Chakib