
L’institut français de Djibouti a accueilli dans la soirée de mercredi, une conférence scientifique intitulé “ les oiseaux migrateurs de Djibouti à l’heure du changement climatique”. Animée par Mathieu Mahamoud Issa, chercheur franco-djiboutien spécialiste en écologie et comportement animal, aujourd’hui responsable des programmes scientifiques de l’association DECAN.

La conférence scientifique a rassemblé, un auditoire composé, d’étudiants, de chercheurs et de passionnés d’environnement. Lors de cette soirée, le conférencier a dressé une présentation détaillée de la richesse ornithologique de Djibouti et des enjeux liés à la migration des oiseaux entre l’Europe, l’Asie et l’Afrique. A l’issue de cette conférence, Mathieu Issa a présenté les résultats des recherches et des observations menées sur les oiseaux migrateurs dans la Corne de l’Afrique.
Dès le début de son intervention, Mathieu Mahamoud Issa a rappelé que Djibouti possède une diversité ornithologique remarquable malgré son territoire relativement modeste et son climat aride. Selon les données scientifiques les plus récentes, le pays compte désormais au moins 410 espèces d’oiseaux recensées.
Ce chiffre résulte de décennies d’observations et de travaux scientifiques réalisés notamment par des spécialistes ayant commencé leurs recherches dans les années 1980. Plus récemment, deux nouvelles espèces ont été documentées dans le sud du pays, confirmant l’importance de poursuivre les inventaires ornithologiques à l’échelle nationale.
Le chercheur a expliqué que cette richesse biologique s’explique par la diversité des habitats présents à Djibouti : forêts du Day, mangroves, zones humides, littoraux et îles. Chaque milieu accueille des espèces spécifiques adaptées à leur environnement.
Le conférencier a rappelé également que la forêt du Day, constituent par exemple un refuge essentiel pour certaines espèces rares et endémiques, dont le francolin de Djibouti, classé en danger critique d’extinction. La conférence a également permis de mieux comprendre les différentes catégories d’oiseaux présentes à Djibouti. Certaines espèces sont résidentes et vivent toute l’année dans le pays, tandis que d’autres effectuent des déplacements régionaux en fonction des conditions climatiques et de la disponibilité des ressources alimentaires. Mais ce sont surtout les oiseaux migrateurs qui ont constitué le cœur de la présentation. Ces espèces parcourent chaque année des milliers de kilomètres entre leurs zones de reproduction situées en Europe ou en Asie et leurs quartiers d’hivernage en Afrique.
Mathieu Mahamoud Issa a expliqué que les migrations répondent avant tout à un besoin de survie et de reproduction. Les oiseaux se déplacent selon les saisons afin de trouver des ressources alimentaires suffisantes et des conditions favorables à leur reproduction.
Grâce à leurs capacités d’orientation exceptionnelles, les oiseaux migrateurs utilisent le soleil, les étoiles, les paysages et même le champ magnétique terrestre pour se repérer durant leurs longs voyages.
Dans un autre volet de la conférence, le scientifique a particulièrement insisté sur l’importance géographique de la Corne de l’Afrique dans les routes migratoires mondiales. Situé à proximité du détroit de Bab-el-Mandeb, Djibouti représente un corridor naturel emprunté chaque année par des centaines de milliers d’oiseaux. Les oiseaux évitent généralement les longues traversées maritimes et privilégient les passages les plus étroits entre les continents. Le détroit reliant la péninsule arabique à la Corne de l’Afrique constitue ainsi une véritable autoroute aérienne pour de nombreuses espèces migratrices. Durant certaines périodes de migration, des concentrations impressionnantes de rapaces peuvent être observées dans les régions montagneuses du pays, notamment autour du massif du Goda et des hauteurs dominant le golfe de Tadjourah.
Au-delà des observations de terrain, Mathieu Mahamoud Issa a présenté les différentes méthodes scientifiques utilisées pour étudier les migrations. Le baguage des oiseaux constitue l’un des principaux outils de suivi. Cette technique consiste à capturer temporairement les oiseaux afin de leur poser une bague d’identification avant de les relâcher.
Les chercheurs peuvent ensuite recueillir des informations précieuses sur leurs déplacements, leur longévité ou encore leur état de santé.
Les nouvelles technologies permettent également d’améliorer considérablement les connaissances scientifiques.
Des balises GPS sont désormais utilisées pour suivre les grands oiseaux migrateurs, tandis que des géolocalisateurs miniatures peuvent être installés sur certaines petites espèces. Ces dispositifs permettent de reconstituer avec précision les itinéraires migratoires entre l’Europe, l’Asie et l’Afrique.
Dans le cadre de ses travaux, Mathieu Mahamoud Issa collabore notamment avec la Station ornithologique suisse afin d’identifier les principaux sites utilisés par les oiseaux migrateurs à Djibouti et de renforcer les programmes internationaux de conservation.
Au cours de la conférence, plusieurs zones importantes pour la conservation des oiseaux ont été présentées. Djibouti compte actuellement plusieurs sites reconnus pour leur importance écologique, notamment les massifs montagneux du nord, les zones littorales, les mangroves et les zones humides.
Pour le chercheur, la préservation de ces habitats demeure indispensable face aux menaces croissantes liées à la dégradation des écosystèmes, à la pression humaine et aux effets du changement climatique.
À travers cette conférence scientifique, Mathieu Mahamoud Issa a ainsi rappelé que Djibouti occupe une place majeure dans les grandes routes migratoires mondiales et que la protection des oiseaux migrateurs constitue aujourd’hui un enjeu écologique international nécessitant davantage de recherches, de coopération scientifique et d’actions de conservation.
SOUBER HASSAN





































