
Dans un contexte mondial marqué par l’urgence climatique, la hausse des besoins énergétiques et la quête de souveraineté économique, la République de Djibouti vient de franchir une étape majeure dans la transformation de son secteur énergétique. Réunis à l’hôtel Ayla autour du ministre de l’Énergie chargé des Ressources naturelles, Dr Djama Mohamed Hassan, les principaux responsables gouvernementaux, partenaires techniques et financiers, représentants du secteur privé et acteurs de la société civile ont validé le Pacte national de l’énergie, un document stratégique appelé à redessiner l’avenir énergétique du pays.

Cet atelier national, organisé dans le cadre de l’initiative internationale « Mission 300 » avec l’appui de la Banque mondiale, marque un tournant décisif pour Djibouti. Plus qu’un simple document technique, ce Pacte se veut une véritable feuille de route nationale destinée à garantir un accès universel à une énergie propre, fiable, abordable et durable.
La cérémonie a réuni plusieurs membres du gouvernement, notamment le ministre du Budget, le ministre de l’Économie et des Finances chargé de l’Industrie, la ministre déléguée chargée des Investissements et du Développement du secteur privé, ainsi que la ministre des Affaires sociales et des Solidarités. Étaient également présents la représentante de la Banque mondiale, le coordinateur du système des Nations unies, les directeurs généraux des établissements publics, des représentants des partenaires au développement, du secteur privé et de la société civile.
Dès l’ouverture des travaux, le ministre de l’Énergie, Dr Djama Mohamed Hassan, a donné le ton en qualifiant cette rencontre de « moment fondateur » pour le pays. Prenant la parole pour la première fois dans ses nouvelles fonctions ministérielles, il a exprimé sa gratitude au président de la République, Ismail Omar Guelleh, pour la confiance placée en lui. « Le Pacte national de l’énergie est un acte de souveraineté, un acte de responsabilité envers nos concitoyens et un acte d’ambition pour notre avenir commun », a-t-il déclaré devant une assemblée attentive.
Le ministre a rappelé l’ampleur des défis auxquels Djibouti reste confronté. Malgré les progrès réalisés ces dernières années, près de 30 % de la population n’a toujours pas accès à l’électricité. La situation est encore plus préoccupante dans les zones rurales, où le taux d’électrification ne dépasse pas 17,8 %. À cela s’ajoute la forte dépendance des ménages à la biomasse traditionnelle pour la cuisson, une pratique qui touche plus de 65 % des familles et entraîne des conséquences sanitaires et environnementales importantes.
Pour les autorités, ces réalités justifient l’urgence d’une réforme profonde du secteur énergétique. Le Pacte national de l’énergie apparaît ainsi comme une réponse structurée aux défis économiques, sociaux et environnementaux du pays.
Une stratégie ambitieuse pour transformer durablement le secteur énergétique
Au cœur du Pacte figurent des objectifs particulièrement ambitieux à l’horizon 2030 et 2035. Les autorités djiboutiennes souhaitent atteindre l’accès universel à l’électricité d’ici 2035, avec une première étape fixée à 60 % d’accès en milieu rural dès 2030. Le document prévoit également une transition accélérée vers des solutions de cuisson propre afin de réduire progressivement l’utilisation de la biomasse.
L’ambition énergétique du pays repose aussi sur un virage massif vers les énergies renouvelables. Djibouti prévoit ainsi de porter la part des énergies renouvelables à 95 % du mix électrique national dès 2030, avant d’atteindre 100 % en 2035. Pour y parvenir, notre pays compte installer 220 mégawatts de capacités renouvelables supplémentaires grâce à l’exploitation du potentiel solaire, éolien et géothermique national.
Le financement constitue un autre pilier central de cette stratégie. Le gouvernement estime les besoins d’investissement à près de 1,745 milliard de dollars américains, dont plus de 728 millions devront être mobilisés auprès du secteur privé.
Dans son intervention, la représentante de la Banque mondiale a rappelé que l’énergie représente l’un des moteurs essentiels du développement économique de Djibouti. Elle a néanmoins souligné les difficultés structurelles qui freinent encore le secteur, notamment le coût élevé de l’électricité et les dettes accumulées par certaines institutions publiques envers l’entreprise nationale Électricité de Djibouti. Selon elle, le Pacte national de l’énergie permettra de moderniser les infrastructures, d’élargir l’accès à l’électricité, de renforcer la gestion du secteur public et de réduire progressivement les tarifs de l’électricité pour les ménages comme pour les entreprises.
La représentante de la Banque mondiale a également insisté sur la nécessité d’une mobilisation internationale autour de cette stratégie énergétique, réaffirmant l’engagement de son institution à accompagner Djibouti à travers des projets, des financements et un appui technique soutenu.
Le ministre de l’Économie et des Finances chargé de l’Industrie a, pour sa part, insisté sur la dimension économique et industrielle de cette réforme. Selon lui, le Pacte national de l’énergie constitue bien plus qu’un simple programme sectoriel : il s’agit d’une réforme structurante alignée sur la Vision Djibouti 2035 et le Plan national de développement durable PN3D-ADEEG 2025-2030.
Pour le ministre, l’énergie représente désormais le socle de la transformation économique du pays. Le coût élevé de l’électricité, les pertes techniques et commerciales, la dépendance énergétique extérieure et les disparités territoriales freinent aujourd’hui la compétitivité économique et les ambitions industrielles de Djibouti. En garantissant un accès plus large à une énergie abordable, les autorités espèrent stimuler l’investissement, soutenir l’industrialisation et favoriser la création d’emplois.
Le ministre a également souligné que la question énergétique dépasse largement le seul cadre économique. Elle touche directement les domaines de l’éducation, de la santé, de l’accès à l’eau, du numérique et du développement des régions de l’intérieur. Il a salué le rôle central joué par Électricité de Djibouti dans le fonctionnement du système énergétique national, tout en appelant à la poursuite des réformes destinées à renforcer la performance et la viabilité financière de l’entreprise.
La transition énergétique au cœur de la souveraineté nationale
Le Pacte national de l’énergie repose sur cinq grands piliers stratégiques. Le premier concerne le développement d’infrastructures énergétiques compétitives afin de répondre à la demande croissante du pays. Le deuxième vise à renforcer l’intégration régionale, notamment à travers la construction d’une deuxième ligne d’interconnexion électrique.
Le troisième pilier porte sur l’accès universel à une énergie propre et abordable jusqu’aux régions les plus reculées du pays, ainsi que sur la promotion de solutions de cuisson propre pour les ménages.
Le quatrième axe stratégique concerne la mobilisation du secteur privé. Le gouvernement entend renforcer l’attractivité de
Djibouti pour les investisseurs grâce à un cadre réglementaire plus stable et à l’opérationnalisation complète des mécanismes de régulation du secteur.
Enfin, le cinquième pilier vise à assurer la viabilité financière et l’efficacité opérationnelle du système énergétique national, notamment par la réduction des pertes techniques et commerciales et la digitalisation progressive du réseau électrique.
Le ministre du Budget a lui aussi insisté sur l’importance stratégique de cette réforme pour l’avenir du pays. Il a rappelé que la souveraineté énergétique constitue désormais un enjeu central pour la stabilité économique et sociale de Djibouti.
Selon lui, malgré les difficultés liées à la dépendance énergétique extérieure et aux inégalités d’accès entre zones urbaines et rurales, Djibouti dispose d’atouts considérables grâce à ses ressources naturelles abondantes, notamment dans les domaines solaire, éolien et géothermique.
Le gouvernement entend ainsi investir massivement dans les infrastructures énergétiques, développer les énergies renouvelables et améliorer la gestion financière du secteur afin d’assurer une meilleure stabilité économique.
Le ministre a également annoncé le renforcement des relations financières entre l’État et Électricité de Djibouti afin de consolider les capacités opérationnelles de l’entreprise nationale. Au-delà des chiffres et des projets techniques, les différents intervenants ont insisté sur la dimension humaine de cette transition énergétique.
Dans une allocution particulièrement remarquée, Dr Djama Mohamed Hassan a rappelé que l’accès à l’énergie représente avant tout une question de dignité humaine et de justice sociale. « La transition énergétique n’est pas qu’une question de mégawatts ou de lignes de haute tension », a-t-il affirmé.
« C’est donner à une mère vivant dans un village rural la possibilité de cuisiner sans s’intoxiquer. C’est permettre à un jeune entrepreneur de faire fonctionner son activité et de créer des emplois. C’est offrir à notre pays les moyens de son indépendance énergétique. »
Le ministre a également lancé un appel solennel aux partenaires internationaux, aux investisseurs privés et aux institutions financières afin qu’ils accompagnent Djibouti dans cette transformation historique.
Le gouvernement estime que le pays dispose aujourd’hui des principaux atouts nécessaires pour attirer les investissements : stabilité politique, volonté politique affirmée, potentiel énergétique important et cadre réglementaire en cours de consolidation.
La validation du Pacte national de l’énergie apparaît ainsi comme un signal fort envoyé à la communauté internationale. Pour les autorités djiboutiennes, cette réforme marque le début d’une nouvelle phase de développement fondée sur la durabilité, l’inclusion sociale et la souveraineté énergétique.
À travers cette stratégie, Djibouti ambitionne non seulement de répondre aux besoins croissants de sa population, mais aussi de devenir un modèle régional de transition énergétique en Afrique de l’Est.
L’atelier national de validation du Pacte national de l’énergie aura surtout permis de mettre en évidence une conviction désormais partagée par l’ensemble des acteurs : l’avenir économique, social et industriel du pays dépendra largement de sa capacité à garantir une énergie accessible, durable et compétitive pour tous.
En clôturant les travaux, le ministre de l’Énergie a résumé l’esprit de cette ambition nationale par une déclaration qui résonne désormais comme une feuille de route pour les années à venir : « Djibouti est prête, Djibouti est déterminée, Djibouti avance. »
Zouhour Abdillahi







































